15/11/2010

Traitement de faveur risqué

Le 1er novembre 2010, 46 fidèles chrétiens sont tués dans une attaque terroriste contre une église Chaldéenne en plein centre de Bagdad, Irak. Dans sa revendication de l’attaque, l’Etat Islamique d’Irak, groupuscule irakien d’Al Qaïda, déclare que «tous les centres chrétiens, les organisations et les institutions, les dirigeants et les fidèles, sont des cibles légitimes pour les moudjahidines partout où ils peuvent les atteindre» (France 24, 3 novembre 2010).

Ces attaques, et l’insécurité persistante des communautés chrétiennes en Irak, ont été condamnées à travers le monde. Avec de nouvelles attaques contre les communautés chrétiennes en Irak, le Conseil de sécurité des Nations Unies ainsi que le Vatican ont condamné la violence contre ces communautés locales et ont appelé les autorités irakiennes à leur fournir une meilleure protection (La Libre Belgique, 10 novembre 2010).

L’exposition de ces communautés à des attaques violentes comme celles du 1er novembre 2010, ont accéléré l’important exode des communautés chrétiennes et le risque de les voir disparaître bientôt du Moyen Orient, car considérablement affaibli par le passé dû à leur marginalisation et discrimination persistante au sein de la région. En Grande-Bretagne, des personnalités chrétiennes ont en effet appelé les fidèles chrétiens toujours présents en Irak à fuir le pays (BBC News, 7 novembre 2010), tandis qu’Eric Besson, ministre français de l’Immigration, a accordé l’asile à 150 victimes chrétiennes des attaques du 1er novembre (Le Monde, 11 novembre 2010).

Incontestablement, la condamnation sans équivoque de ces actes terroriste est, et doit être, la réaction appropriée. Toutefois, le traitement et l’attention accordée aux victimes de violence sectaire en Irak ne doit pas différer selon l’appartenance ethnique des victimes. Hosham Dawod, anthropologue et chroniqueur pour Le Monde, met en lumière ces lacunes potentielles (Le Monde, 9 novembre 2010). M. Dawod pointe du doigt l’action humanitaire menée par le ministre français de l’Immigration, Eric Besson, qui a accordé l’asile à 150 victimes irakiennes des attaques du 1er novembre. M. Dawod parle d’une sélection qui « choque » de par le traitement de faveur de ces victimes par les autorités françaises; les autorités françaises n’avaient, en effet, auparavant jamais offert un tel traitement spécial aux nombreuses autres victimes irakiennes des attaques quotidiennes perpétrées depuis 2003. Pour M. Dawod, toutes les victimes du terrorisme doivent être traitées de façon égalitaire, qu’elles soient musulmanes, chrétiennes ou de toute autre origine religieuse.

Les attaques terroristes menées par Al-Qaïda au nom du djihad ont systématiquement nourri des réactions collectives fortes et un sentiment d’identité collective. Octroyer l’asile politique et une attention particulière aux chrétiens irakiens victimes de ces attaques terroristes est bien une réponse humanitaire, mais le faire différemment de toute autre victime du terrorisme peut aussi renforcer la différenciation des «autres» selon des lignes religieuses et, plus encore, favoriser l’association simpliste faite par Al-Qaïda entre christianisme et Occident. Ces amalgames ne feront qu’exposer les communautés chrétiennes au Moyen-Orient à une animosité grandissante et ne feront qu’intensifier la croisade mondiale d’Al-Qaïda contre un Occident chrétien.

Andrew Bower