04/12/2010

L’immigration des élites arabes dans l’UE

Par Professeur Bichara Khader
CERMAC, UCL

 

Série Immigration arabe 2/3

L’écrasante majorité des expatriés arabes ou d’origine arabe, résidant en Europe,  est constituée de travailleurs.  Mais cela ne doit pas occulter ni l’émergence d’une nouvelle classe de petits entrepreneurs, fonctionnaires, et employés, ni à fortiori, la présence d’une élite  arabe, bien présente dans tous les domaines : la médecine, l’architecture, la pharmacie, la banque, la littérature, la musique, la culture, la chanson  et les sports.
Il a été déjà fait mention de l’Angleterre et plus particulièrement de Londres où se trouvent concentrés prés des deux tiers des 300.000 arabes résidant dans ce pays.

Mais c’est la France qui demeure le pôle d’attraction de cette élite , et cela pour plusieurs raisons :

  1. le fait que la France accueille prés de 4 millions  sur 6 millions d’arabes  installés dans les pays de l’UE;
  2. Le passé colonial de la France au Maghreb;
  3. Les liens hérités de la France mandataire en Syrie et au Liban;
  4. L’accueil réservé par la France aux exilés arabes et aux opposants religieux ou politiques (notamment libanais, syriens, algériens, marocains et tunisiens)
  5. L’exode massif, vers la France, de milliers de professionnels et intellectuels libanais pendant et après la guerre civile de 1975 à 1989;
  6. L’émigration de nombreux journaux et magazines arabes à Paris;
  7. Le rôle positif joué par l’Institut du Monde Arabe à Paris en tant que pôle culturel important et lien indispensable entre les intellectuels et les communautés arabes;
  8. La multiplication des maisons d’édition intéressées par les thématiques arabes et par les traductions des textes arabes comme Sindbad, Actes Sud ou Publisud, ainsi que les revues spécialisées (Revue d’Etudes palestiniennes, Arabies etc.);
  9. La percée significative  de professionnels et de managers arabes dans les métiers de l’industrie, de l’hôtellerie, de la restauration et de la banque;
  10. L’apparition d’une véritable génération d’écrivains francophones du Maghreb et du Machrek qui se sont taillés une magnifique place dans le monde de la littérature et des arts et dont certains ont obtenu des prix prestigieux  comme le prix Goncourt (Tahar Ben Jelloun et Amin Ma’alouf);
  11. L’émergence d’une élite arabe dans le domaine musical, tant sur le plan de la musique traditionnelle, le Ray, (Khaled) ou celui de la musique classique (Abdel Rahman Pacha, pianiste libanais, lauréat du prestigieux concours Reine Elisabeth);
  12. La percée significative des Arabes d’origine immigrée dans les domaines du cinéma, du théâtre, de l’animation de télévision et du sport.

A des degrés divers,  cette élite  joue un rôle important dans le paysage littéraire, musical, culturel et sportif de la France. Elle est cependant moins présente dans le  » système politique » et  » médiatique ». En outre, elle ne se perçoit pas comme une sorte de relais entre l’Europe et le Monde Arabe, car si elle demeure concernée par tout ce qui se passe dans le monde arabe, elle rechigne à apporter son soutien aux régimes arabes dont elle est souvent très critique. D’ailleurs, cette élite fonctionne sur le mode individuel et ne se considère pas comme un  » lobby organisé » capable d’influencer les décideurs politiques. D’abord, elle n’est pas organisée en  » groupe de pression » et, ensuite, elle ne le souhaite pas, car ses origines et ses affiliations idéologiques sont diverses et sa relation avec les pays d’origine est problématique soit parce qu’elle trop critique ou parce qu’elle trop dépendante des régimes en place.

Il n’empêche que par sa présence, de plus en plus visible et reconnue dans de nombreux domaines, elle contribue à corriger quelque peu les images négatives sur les Arabes et les Musulmans et s’impose comme une partie intégrante du paysage économique, intellectuel  culturel et sportif des pays d’accueil.

 

Série Immigration arabe 3/3