08/12/2010

Midi de la Méditerranée – Le Moyen-Orient dans tous ses Etats

 

Les Midis de la Méditerranée (16)

Le Moyen-Orient dans tous ses Etats

par

Antoine Sfeir
Directeur des Cahiers de l’Orient
Président du Centre d’études et de réflexions sur le Proche-Orient
Professeur en relations internationales au CELSA

Avec la participation de

Dominique Baudis
Député européen et Président de l’Institut du Monde Arabe

08 décembre 2010

organisée par le Mouvement européen-Belgique et l’Institut MEDEA
à la représentation de la Commission en Belgique

Compte-rendu: Iman Bahri

 

Présentation de l’intervenant

par Charles-Ferdinand Nothomb, Ministre d’Etat et administrateur l’Institut MEDEA

Directeur des Cahiers de l’Orient, revue trimestrielle qui se veut une fenêtre ouverte sur la Méditerranée et le Proche-Orient, Antoine Sfeir préside également le Centre d’études et de réflexions sur le Proche-Orient. Il est en outre professeur en relations internationales au CELSA. Spécialiste du Monde oriental et des relations internationales, il est régulièrement sollicité pour commenter l’actualité de la région dans les médias et la presse écrite.

 

Le Moyen-Orient dans tous ses Etats

par Antoine Sfeir

La mer Méditerranée est depuis plus de 6000 ans un champ de bataille perpétuel: ce n’est que pendant 80 ans (à la chute de l’Empire et grâce au commerce des phéniciens et romains) qu’elle connaîtra la paix.

Aujourd’hui encore les différences institutionnelles (monarchies de droit divin, monarchies constitutionnelles, régimes présidentiels, régimes parlementaires, régimes autoritaires…), les divergences économiques et les disparités sociales font de la Méditerranée une zone à risques. Elle possède néanmoins tous les ingrédients qui pourraient en faire un « lac de paix ».

Antoine Sfeir dresse un panorama géographique et stratégique, politique et économique, religieux et social, de ce « Moyen-Orient dans tous ses Etats ».

Le Moyen-Orient est une région aujourd’hui caractérisée par le repli communautaire et le rejet de l’autre. Les différents peuples de la région s’enferment de plus en plus dans des identités étroites et rigides. Des antagonismes émergent entre des populations semblant pourtant culturellement proches.

Le référent religieux occupe une place de premier choix dans ce phénomène. Les antagonismes se renforcent entre Musulmans et Chrétiens, mais également au sein même de l’Islam, entre Sunnites et Chiites. Dans la région, le vouloir vivre ensemble paraît avoir disparu au profit d’un communautarisme dangereux.

 

Atouts et fragilités de l’Iran comme acteur régional

Dans cette région éclatée, la deuxième guerre du Golfe a permis de faire émerger un nouvel acteur : l’Iran, qui ambitionne de jouer un rôle politique grandissant dans la région.

La position stratégique de l’Iran à la lisière des pays arabes et de la Turquie ainsi que la présence de minorités chiites dans plusieurs pays de la région favorisent l’implication de la République islamique dans les affaires arabes, notamment au Liban, en Irak, etc.

La montée en puissance de l’Iran après les évènements post-2001, nourrit la crainte dans plusieurs pays sunnites de voir émerger un arc chiite sous influence iranienne, source potentielle d’instabilité régionale.

Cette crainte du monde arabe sunnite s’inscrit dans l’histoire des relations conflictuelles arabo-persanes et chiites-sunnites. En effet, depuis les débuts de l’islam le sunnisme dominant a toujours combattu les branches dissidentes.Le chiisme n’a pas fait exception étant considéré comme une hérésie. Ces deux branches de l’Islam sont profondément différentes dans leur doctrine, organisation et dogme.

Le chiisme s’est constitué autour d’une question capitale : celle de la succession du prophète Mahomet, sur laquelle il diverge du Sunnisme.

En outre, alors que le Sunnisme se caractérise par l’absence de clergé en son sein, il existe au sein du Chiisme un clergé organisé selon un ordre hiérarchique démocratique. L’interprétation y reste ouverte et les problèmes nouveaux peuvent recevoir une solution nouvelle.

Au sommet de la pyramide chiite, il y a le marja’ (ou grand ayatollah, considéré comme la « référence religieuse »), puis viennent les ayatollah (qui sont un collège de docteurs en théologie qui se cooptent entre eux), les hojjat al-islâm (= « preuve de Dieu ») et les simples mollahs.

Dans les années 60, Khomeyni a imposé une théorie du pouvoir au sein du Chiisme, le gouvernement du Guide ou Wilayat al-Faqih, qui est inscrite dans la constitution iranienne et qui joue depuis 1979 un rôle central.

Cette théorie érige en dogme la tutelle du clergé sur la masse des croyants. Le guide (Faqih), qui détient un savoir religieux incontesté, n’est pas soumis aux aléas de la politique et fixe les orientations qui s’imposent aux croyants.

Khomeyni sera le guide jusqu’à sa mort en 1989 et sera alors remplacé à ce poste par Ali Khamenei.

Ce dogme est contesté par de nombreuses personnalités dans le monde chiite.

Actuellement, la scène politique iranienne est tiraillée de toutes parts. Des mouvements de contestation s’organisent vis-à-vis du Guide Ali Khamenei du fait de son soutien indéfectible au Président Ahmadinejad et à sa politique risquée,ce qui lui vaut quelques inimitiés parmi les ayatollah.

Contrairement à l’image véhiculée, le pouvoir politique iranien est très éclaté et a de plus en plus de difficultés à fédérer le peuple.

Le régime iranien essaie de se positionner comme le porte-drapeau de la cause palestinienne usant d’une rhétorique antisioniste.Le  message est en fait avant tout adressé aux autres pays de la région et non aux Iraniens, ceux ci étant majoritairement pro-Israël et anti-arabes.

En instrumentalisant la question palestinienne, l’Iran cherche à gagner les faveurs des populations arabes et à les exciter contre leur régime impuissant dans le dossier.

 

Le repli identitaire dans la région

Les initiatives porteuses de dialogue intercommunautaire ou interreligieux ne font plus écho dans la région. Le vouloir vivre ensemble paraît avoir cédé la place à l’impératif de coexistence sans rechercher la connaissance mutuelle.

Tout d’abord, le Liban, par son relief montagneux unique dans la région, a toujours été un pays ayant accueilli les populations opprimées.C’est d’ailleurs ce qui explique la diversité religieuse qui le caractérise, le pays comptant en effet dix-huit confessions reconnues officiellement.

La communauté chiite, combattue par les différents empires sunnites successifs, a trouvé refuge dans le Sud du pays et dans la Bekaa.

Cependant, ces territoires ne sont pas homogènes en termes de peuplement et accueillent également d’autres communautés.

Ainsi, les Chiites libanais n’ont pas de territoire propre,ce qui leur pose problème dans un contexte libanais de repli communautaire. Ainsi cette communauté se tourne de plus en plus vers l’Iran, à travers son soutien au Hezbollah, dont elle est pourtant beaucoup moins proche culturellement que des autres communautés libanaises.

Une autre illustration de ce renfermement communautaire, en 2002, alors que la Ligue arabe proposait à Israël l’Initiative arabe de paix, projet qui offrait une normalisation des relations avec l’ensemble des pays arabes en échange de l’application de la résolution 242 (à savoir le retrait des territoires occupés moyennant des accords territoriaux).

Il n’y a jamais eu de réponse officielle israélienne. Le dialogue israélo-arabe est rompu et  chacun est tenté de retourner à son scepticisme.

En 2007,  les capitales du monde méditerranéen se reprennent à espérer la paix avec le lancement de l’Union pour la Méditerranée par N. Sarkozy, projet qui doit promouvoir le dialogue entre les différents pays des rives Nord, Sud et Est de la Méditerranée.

Mais une fois de plus, les logiques politiques prennent le dessus et le projet est, dans un premier temps, rejeté par certains pays de l’Union Européenne qui ne tiennent pas compte de ses potentialités ni ne cherchent à se l’approprier.

Depuis lors, l’UpM vivote au gré des négociations israélo-palestiniennes.


Réactions et Débat

par Dominique Baudis

L’UpM représente une belle initiative et a obtenu quelques succès politiques dans sa courte histoire.

Tout d’abord, le Sommet de Paris en 2008 pour le lancement de l’initiative a permis de réunir à une même table tous les dirigeants de la région, à l’exception de M. Kadhafi. De plus, la construction de l’Union au niveau des chefs de gouvernements dénote d’une volonté politique et d’un engagement forts.

L’initiative permet en outre de rééquilibrer les rapports Nord/Sud au niveau de l’institutionnel avec une coprésidence Nord/Sud et une plus grande autonomie vis-à-vis des structures de l’Union Européenne par rapport au processus de Barcelone. L’effet de levier créé par le sommet de 2008 a permis de débloquer la situation politique au Liban avec l’aide de la Syrie et prouve que la mécanique peut fonctionner.

L’impasse à laquelle l’UpM fait face aujourd’hui est due à l’offensive israélienne « Plomb durci » sur Gaza et aux élections israéliennes qui ont vu l’avènement d’une coalition d’extrême-droite. Ces deux évènements ont mené à une rupture du dialogue entre Israéliens et Palestiniens, rendant ainsi difficile la poursuite des travaux de l’Union.


LES MIDIS DE LA MÉDITERRANÉE SONT ORGANISÉS CONJOINTEMENT PAR L’INSTITUT MEDEA ET LE MOUVEMENT EUROPÉEN BELGIQUE.

INSTITUT MEDEA

Contact : Nathalie Janne d’Othée

Tel : +32 2 231 13 00

Email : Medea@medea.be

Site webwww.medea.be

 

MOUVEMENT EUROPEEN-BELGIQUE

Contacts: Laetitia de Fauconval et Lin Vanwayenbergh

Tel +32 2 231 06 22

Email : info@mouvement-europeen.be

Site web :www.mouvement-europeen.bewww.europese-beweging.be