10/12/2010

Processus de paix : Israël mène le jeu

Les Etats-Unis ont annoncé, mardi 8 décembre 2010, renoncer à obtenir d’Israël un nouveau gel de la colonisation comme préalable à la reprise des négociations.

Les pourparlers de paix avaient repris en septembre à Washington pour être suspendus assez vite à l’expiration d’un moratoire de 10 mois sur la colonisation. Les négociateurs palestiniens avaient alors imposé le gel des constructions comme une condition de retour à la table des négociations, condition qui avait été acceptée par les Etats-Unis. Malgré des efforts américains soutenus et une avantageuse enveloppe de mesures incitatives promise à Israël, les Etats-Unis et Israël ne sont pas parvenus à un accord sur sa formulation écrite. De plus, de nombreux colons et politiques se sont mobilisés contre l’éventualité d’un second moratoire. L’histoire s’est finalement traduite par une fin de non-recevoir adressée aux Américains.

Alors que le porte-parole du Département d’Etat américain, Philip Crowley, parle d’un changement de tactique de la part des Etats-Unis sans pour autant renoncer à un accord sur le statut final des territoires, cette décision sonne plutôt comme un aveu d’échec et d’impuissance face à Israël pour les Palestiniens. Washington prévoit une rencontre entre négociateurs palestiniens et israéliens, la semaine prochaine, pour discuter une nouvelle approche des pourparlers en se concentrant sur les « problèmes centraux » du conflit, à savoir le tracé des frontières, la question des réfugiés et le statut de Jérusalem. Mais cet échec risque d’avoir pour effet de discréditer la diplomatie américaine et de pousser les Palestiniens à se tourner vers d’autres acteurs et d’autres options. Le président Mahmoud Abbas a d’ailleurs parlé d’une crise grave et envisagé de contourner les négociations de paix.

Par son refus catégorique d’un nouveau moratoire, l’Etat hébreu fait une fois de plus obstacle au processus de paix. Après avoir exigé des conditions inacceptables pour les Palestiniens telles que la reconnaissance du caractère juif d’Israël, et après avoir permis l’adoption de mesures telles que la prestation d’un serment d’allégeance à Israël et la tenue d’un referendum avant tout retrait des territoires palestiniens annexés illégalement, le gouvernement Netanyahou démontre l’ambiguïté de sa position dans le processus de paix. L’Etat continue de prôner la politique des faits accomplis en retardant l’adoption d’un accord sur un futur Etat palestinien. Cela lui permet en outre de resserrer les liens de sa coalition gouvernementale et de satisfaire une opinion israélienne de plus en plus radicalisée. Cependant, elle risque de lui valoir une isolation politique de plus en plus grande et d’écorner son image auprès de l’opinion internationale.

L’Union Européenne (UE) a, pour sa part, déploré l’intransigeance israélienne et rappelé que la colonisation est illégale au regard du droit international et nuisible aux efforts de paix. De plus, un rapport des chefs de mission des pays de l’Union européenne à Jérusalem, obtenu mardi par l’AFP, dénonce la politique israélienne à Jérusalem-Est.  Néanmoins, l’UE s’est limitée, comme à son habitude, à une condamnation purement rhétorique, sans envisager la moindre sanction. Les accords d’association n’ont jamais été remis en question. Cette attitude européenne n’est pas de nature à bousculer le gouvernement israélien. L’UE passe ainsi à côté d’une occasion de prendre un poids politique dans le dossier.

Dans le contexte de blocage actuel, des scénarios alternatifs sont évoqués par l’Autorité palestinienne.  Une reconnaissance d’un Etat palestinien dans ses frontières de 1967 pourrait être sollicitée auprès de l’ONU et des Etats-Unis. Les reconnaissances brésilienne et argentine survenues cette semaine et les reconnaissances à venir donnent plus de crédit à cette option. Mais en cas d’échec, Mahmoud Abbas pourrait demander la dissolution de l’Autorité, comme il l’a envisagé dans un entretien du 3 décembre sur une télévision palestinienne. Cette issue pourrait mettre au chômage 150.000 fonctionnaires palestiniens et mener à un embrasement de violence dans les territoires. Cette option à haut risque semble montrer le scepticisme et l’abattement des Palestiniens qui semblent ne plus avoir grand-chose à perdre.

Iman Bahri