21/01/2011

Période d’incertitude politique au Liban

Le Liban traverse actuellement une crise institutionnelle grave sur fond de conflit autour du Tribunal Spécial pour le Liban (TSL) chargé de juger les assassins de Rafic Hariri. La démission de onze membres du gouvernement d’union nationale, issus des partis de l’opposition composée du Hezbollah et de ses alliés, a en effet porté un coup dur aux institutions et à la stabilité du pays. Cependant, cette crise n’est pas une surprise au vu des nombreux sujets de mésentente qui existaient au sein du gouvernement depuis sa formation, dont le principal concerne le TSL. Alors que le Hezbollah et ses alliés remettent en cause l’impartialité du Tribunal international et considère celui-ci comme un instrument politique dans les mains des puissances occidentales pour déstabiliser le Moyen-Orient et mettre au pas les partis chiites qui sont en train de prendre de l’importance dans la région, les partis de la majorité, le courant du futur en tête, refusent de le désavouer en lui retirant ses financements.

La situation créée par ce Tribunal et par la publication de l’acte d’accusation est d’autant plus tendue qu’elle implique de nombreux acteurs régionaux et internationaux qui ont des intérêts dans le pays du Cèdre. La Syrie et l’Iran, par exemple, ont tout intérêt à sécuriser leurs alliances au Liban et seraient affectés par une mise en cause de membres du parti de Dieu alors que l’Arabie saoudite cherche à pérenniser son alliance avec Saad Hariri. Enfin, les Etats-Unis et Israël souhaitent le désarmement et la neutralisation du Hezbollah, seul force politique au Liban, capable de faire face à l’Etat hébreu. Sur le plan interne, chacun cherche évidemment à gagner des points dans le rapport de forces perpétuel qui opposent les deux coalitions.

Avec l’échec de la médiation syro-saoudienne, suite à des pressions américaines, et avec l’officialisation imminente de l’acte d’accusation du TSL, la fin du gouvernement Hariri était inéluctable. De plus, la faiblesse de la structure institutionnelle libanaise fait le jeu des puissances régionales et internationales, qui trouvent dans le Liban, un terrain de confrontation propice. Dans ces conditions, l’acte d’accusation, qui visera très certainement des membres du Hezbollah, a de fortes chances d’être accueilli dans une situation de vacance institutionnelle, étant donné les difficultés à former un gouvernement et les pressions contradictoires, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. La question, aujourd’hui, est de savoir si cette tension politique risque de dégénérer en violences et ainsi de replonger le pays dans les pires heures de son histoire.

Iman Bahri