14/01/2011

Tunisie : une réaction française ambigüe

La crise sociale qui secoue la Tunisie depuis près d’un mois a écorné plusieurs mythes mis en avant par le régime depuis 23 années, pour se forger une légitimité à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Les revendications économiques et sociales ont montré que le miracle économique n’était qu’une vitrine fragile et que la libéralisation économique, vantée par les organisations internationales et les pays occidentaux, n’a en fait profité qu’à une frange minoritaire de la société.  Le régime tunisien, qui s’est arrogé le droit tout au long de son règne d’étouffer toutes libertés politiques et de bafouer cyniquement les droits de sa population, a pourtant toujours été courtisé, au nom d’une hypothétique lutte contre l’avancée de l’islamisme au Maghreb et contre l’immigration clandestine, comme un régime ami et modéré par les pays européens, la France, l’Espagne et l’Italie en tête.

Il faut dire que ces pays ont de nombreux intérêts dans le « pays proche ». Ainsi, la France est l’un des premiers investisseurs étrangers en Tunisie et il existe en outre des liens historiques forts entre politiques français et tunisiens. La politique étrangère de la France à l’égard de la Tunisie a ainsi toujours été de flatter ceux qui ont le pouvoir et avec qui ils font des affaires juteuses. Pour ne pas fâcher le régime tunisien, la France fait mine de ne pas voir les atteintes à la liberté et méprise, de cette manière, le peuple tunisien et ses revendications.  Face aux manifestations et à la répression du régime, la proposition de renforcement de la coopération sécuritaire et l’absence de condamnation univoque montrent le déni de réalité dans lequel est repliée la France et le mépris des valeurs démocratiques dont elle se fait pourtant le porte-drapeau dans d’autres parties du monde. L’ère post-Ben Ali qui se prépare risque de voir un déclin de son influence dans le pays.

Après la réaction des Etats-Unis survenue vendredi 7 janvier 2011 et un week-end caractérisé par une répression sanglante, le silence de l’Union européenne et de la France se faisait pesant et était pointé du doigt par de nombreux observateurs comme signe de complaisance, sinon de complicité. Néanmoins, l’Union européenne, quoique de manière tardive probablement dû aux pressions de Paris, a eu une réaction bien moins ambiguë que la France. En effet, en réclamant la libération des manifestants, en condamnant les dérives du régime mais aussi en usant de son pouvoir de pression, en tant que principal bailleur de fonds de la Tunisie dans le cadre de la politique européenne de voisinage et en conditionnant l’avancée des négociations sur le statut avancé à l’ouverture politique et au respect des droits de l’homme dans le pays, l’UE s’est montré plus respectueuse et à l’écoute du peuple tunisien et de ses revendications.

Iman Bahri