par Jean-Philippe Timmermans,
Politologue
et collaborateur de l’Institut MEDEA

Alors que le Monde Arabe se révolte contre la plupart de ses dirigeants autoritaires, on peut s’étonner du calme relatif qui règne en Syrie. En effet, ce pays est un des plus répressifs au monde. Il est mené d’une main de fer depuis plus de 40 ans par une famille, les Al-Assad, issue de la minorité religieuse alaouite qui bénéficie des largesses de la famille dirigeante. Les geôles syriennes sont pleines de prisonniers politiques, les forces de sécurité sont omniprésentes, la torture est très répandue et la censure est quotidienne. Alors qu’attendent les syriens pour emboiter le pas ?

On peut citer plusieurs raisons expliquant le fait que la sauce révolutionnaire n’ait pas (encore) prise en Syrie. Il y a tout d’abord l’économie qui n’est pas suffisamment mauvaise pour justifier un changement de système. En effet, bien qu’ayant un PIB par habitant parmi les plus faible de la région, la dette publique, le taux de chômage et le pourcentage de la population en dessous du seuil de pauvreté ne sont pas si mauvais que ça.  Mais la situation économique de la Tunisie et de la Libye était également loin d’être catastrophique et n’a pas empêché le vent de la contestation de souffler et de faire tomber ces régimes.

Il y a aussi le caractère répressif du régime syrien. Discriminations, intimidation et détention arbitraire font partie du quotidien des Syriens. Bien qu’en recul ces dernières années, la torture reste régulièrement pratiquée en Syrie. Il y aurait aujourd’hui près de 18000 personnes enlevées par les services de renseignements et dont les familles n’ont aucune nouvelle. Les services de renseignements quadrillent la société de manière si efficace que tout mouvement de contestation est tué dans l’œuf. Si un citoyen se dresse contre le régime, le retour de manivelle est extrêmement violent. Mais la brutalité de Ben Ali et de Kadhafi a également immobilisé de crainte leurs populations pendant des années. Cela ne les a pas empêché de se révolter face à ces injustices.

Ensuite, il y a le fait que le peuple syrien constitue une véritable mosaïque ethnique et religieuse. Les multiples fractures au sein de la population sont incomparables par rapport à l’Egypte et la Tunisie. D’un point de vue ethnique, on retrouve une majorité d’Arabe, mais également des Kurdes, des Assyriens, des Turkmènes, des Arméniens, des Circassiens, etc. D’un point de vue religieux, deux écoles sunnites regroupent la majorité de la population. Il y a également trois branches chiites (dont les alaouites au pouvoir), des Druzes, au moins cinq églises chrétiennes, etc. Le caractère très hétérogène de la population rend plus difficile une mobilisation de masse. Cependant, cette mobilisation a pourtant été possible dans un pays aussi tribal et éclaté que la Lybie.

Enfin, le régime syrien défend depuis toujours le panarabisme, la lutte contre Israël et contre l’influence occidentale dans les affaires de la région. Ces valeurs sont largement partagées par la population, ce qui fait que Bachar Al-Assad bénéficie d’une certaine popularité au sein de son peuple. Grâce au contrôle des médias et à une communication très subtile, le régime a réussi à tourner les événements actuels en sa faveur. La diplomatie changeante de l’Occident et des Etats-Unis en particuliers est présentée comme une preuve de leur hypocrisie. La crise égyptienne est présentée uniquement comme une révolte du peuple face à la politique complaisante avec Israël et les États-Unis. En ce sens, le régime syrien fait passer la chute de Moubarak comme une victoire et un soutien du peuple arabe envers leur propre idéologie. Toutefois, les Syriens ne sont pas dupes. Eux aussi ont accès à une information non étatique via internet.

Alors qu’aucun de ces arguments ne suffit à lui seul, ils forment dans l’ensemble une combinaison crédible afin expliquer le manque de contestation populaire en Syrie. De là à dire qu’il n’y aura pas de mouvements de masse dans ce pays, il y a un pas qu’il  ne faut pas franchir. La situation régionale est explosive et la Syrie reste un buisson sec prêt à s’embraser à la moindre étincelle. Mais même si le vent de la révolte finit par atteindre la Syrie, il est fort probable que le lion de Damas défende son autorité par les griffes. Compte tenu des enjeux ethno-confessionnel, de la détermination du régime et la férocité avec laquelle il maintien l’ordre et le calme dans le pays, une explosion sociale a de grandes chances de prendre une tournure aussi dramatique qu’en Libye. Chaque Syrien se souviendra alors qu’il y a 30 ans de cela, la révolte de Hama fut réprimée dans le sang par Hafez Al-Assad, père de l’actuel président Bachar Al-Assad (Bachar « le lion » en arabe), faisant entre 10000 et 25000 victimes parmi les habitants de cette petite ville non loin de Damas.

 

 
The wave of protests sweeping across the Arab World marks a new era for the peoples’ of North Africa and the Middle East, which have proven to the world that peaceful revolutions are bringing about real change in a region infamous for its instability and unrest. These movements have slowly but surely been welcomed by the EU, its Member States and other Western powers. Western powers  unanimously condemned all  violent repressions of demonstrations, which have most recently taken a dramatic turn in Libya. (suite…)
 

La vague de protestations déferlant sur le monde arabe marque une nouvelle ère pour les peuples de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, qui ont su prouver au monde que les révolutions pacifiques peuvent apporter un réel changement dans une région célèbre pour son instabilité et ses conflits. Ces mouvements ont prudemment reçu le soutien moral de l’Union européenne, de ses États membres et d’autres puissances occidentales. Ces puissances, dans le plus grand respect des valeurs démocratiques, ont unanimement condamné toute répression violente des manifestations à travers la région, qui ont récemment pris une tournure dramatique en Libye. (suite…)

 

– A old discontent (Un mécontentement qui ne date pas d’hier) 23/2/2011 – The National (The Courier International)

Structural problems in Yemen are much more serious according to James Spencer that the insurrection of the Houthis in the north, the rebellion of the Movement of the South or the murderous operations of al Qaeda in the Arabian Peninsula: demographic growth is increasing, the population is in majority made of young people and underemployed, and a rapid decline in resources. The problem of qat cultivation illustrates well the complex situation of the country.

– Europe’s Ties with Libya Questioned 22/2/2011 – Wall Street Journal

The response of the EU and its member states to what is happening in Libya came, but is still criticized for having been late. The WSJ raises questions about the reasons for this delay, and questions thus Europe’s interests in Libya. Europe has not hesitated to get highly implicated in business with Qaddafi in recent years. First of all Italy is completely dependent on Libya’s oil supply but benefits also greatly from Libyan petrodollars. England has for its part recently released the alleged perpetrator of the Lockerbie bombing in exchange for a lucrative contract for BP.

– Jordanians demand changes 21/2/2011- Al Jazeera (opinion)

If they do not seek regime change, Jordanians demand sweeping reforms. First targeted is the executive power of the King which is according to them too extended. For now, King Abdullah seemed willing to meet the aspirations of the people leaving demonstrations occur, and dismissing the former government. But the Jordanians will not be satisfied by this kind of cosmetic reforms. The peace treaty with Israel is one of the policies challenged by the population.

– Netanyahu should view U.S. veto at the UN as a warning 21/2/2011 –Haaretz

The United States finally vetoed the draft resolution proposed by the Palestinian Authority to make the settlements illegal, despite the 14 other Security Council members voted in favor. An editorial in Haaretz noted that this vote shows the isolation of the Netanyahu government, and embarrasses the United States revealing it as two-faced. Netanyahu should better consider this resolution as a warning and impose a new moratorium on the settlement if he does not want to end up in a dangerous position considering the current democratic movements in the Arab world.

 

 

Un mécontentement qui ne date pas d’hier 23/2/2011 – The National (dans le Courrier International)

Les problèmes structurels du Yémen sont selon James Spencer autrement plus criant que l’insurrection des Houthis du nord, la rébellion du Mouvement du Sud ou les opérations meurtrières d’al Qaida dans la péninsule arabique : une croissance démographique en hausse, une population majoritairement jeune et sous-employée, une diminution rapide des ressources. Le problème de la culture du qat illustre bien la situation complexe dans laquelle se trouve le pays. (suite…)

 

Prieuré of Val Duchesse
24 February 2011

Roundtable organised by the MEDEA Institute and the Egmont Institute

Arab Revolutions: what next?

What European policy in the Arab World?

Report

This roundtable brought together different actors active in the Arab World, at institutional, academic or civil society levels. The roundtable sought to offer an opportunity for the different actors to exchange views and think about how to optimise actions in the region in the context of the Euro-Mediterranean dialogue.

A number of observations on the path taken and, most importantly, the failures of the foreign policy of the EU were brought forward during this in house discussion, as well as various suggestions to be taken into consideration for the future. This document offers a synthesis of these ideas.

 

OBSERVATIONS

 

A critical eye on Euro-Arab relations

Europe, and the Western as a whole, holds its share of responsibility in the prevailing situation in Arab countries.

While the creation of the European External Action Service, under the supervision of Catherine Ashton, was meant to create a true European diplomatic culture, breaking away from national foreign policies to pursue European strategic interest, foreign policy has remained a national prerogative for European Heads of State. EU has failed in the past to fight against the consolidation of privileged bilateral relations such as those enjoyed by Italy and France with Libya and Tunisia respectively. These strong intergovernmental relations are now jeopardizing the influence of EU diplomacy. They can thus be held responsible for the lack of European reactivity to revolts in the Arab World.

In addition to its lack of credibility, the EU has committed many mistakes in its approach to the region:

  • The EU has faced increasing criticism regarding its role in the democratisation of the Arab World, criticised for pursuing a « double standard » policy. Indeed, Article 2 of the Association Agreements sets a conditionality of respect of democratic principles and fundamental rights. However, facts show that the EU has contributed to maintaining certain authoritarian regimes in power, while proving much less complacent with the Syrian regime that happens to have refused to sign an Association Agreement. In general terms, the EU can be blamed for a lack of political transparency in the Mediterranean region.
  • The European Neighbourhood Policy was built as economic partnership tool, which has proven to benefit European interests and provide a security cordon around Europe, often at the expense of the peoples.
  • The recent Union for the Mediterranean (UfM) is very unpopular in the Arab World. Similar to its predecessor the Barcelona Process, this initiative is considered a means for the EU to impose Israel, from which the latter excludes itself through its rhetoric and political actions. With the UfM failing to win the trust of the peoples concerned, the Euro-Arab dialogue should be revived.
  • The European Union has not granted any support to the real civil society nor to opponents to dictatorial regimes, although it has contributed to the creation of a class of civil society entrepreneurs, in line with regimes in place, hand-picked to receive western funds while nourishing a positive image of their respective countries. The real civil society has thus lost confidence in the European institutions that has systematically failed to support its actions.
  • In general terms, the EU can be blamed for a lack of transparency of its policy in the Mediterranean region, along with its slow-moving and complex bureaucratic structures.

 

Wrong interpretation of events

Until now, Europe has considered democracy in the Arab World a risk, as it has judged the socio-political developments of the region through three negative angles : Islamism ; instability ; and insecurity for Israel.

Moreover, the EU has had a distorted vision of reality as it has for too long exclusively consolidated links with the entrepreneurial fringe of most westernised fringes of civil society, often ignorant of the reality to which is confronted the majority of the population. In addition, the main objectives of these fringes of civil society have been to represent the embodiment of the regimes in major international gatherings. The real society has been marginalised as it failed to correspond to the predefined criteria set by foreign powers and their diplomacies; this element supports the case made for better linguistic and cultural training of EU and Member States representatives in these countries.

Today, European institutions are overworked. Their understanding of events is built upon old paradigms of Arab exception, which excuse the absence of democracy and the existence of autocratic regimes on the basis of culturalist arguments, and on the necessity to support « stable » regimes to confront mass immigration and terrorism. From this has resulted great hesitation in the positions to be taken, when the EU should have demonstrated unconditional support for ongoing democratic developments. Europe, the symbol of democratic values through its speeches and declarations, is faced with its contradictions: the aspirations of the Arab peoples do not appear to be at the centre of its preoccupations.

 

Democratic movements and the Israeli-Palestinian conflict

The outbreak of democratic aspirations throughout the Arab World has consequences on the Israeli-Palestinian conflict that cannot be overlooked.

The Palestinian people have criticised Europe for its « double standard » attitudes. Palestinians are witnessing popular revolts obtaining results and suddenly recognised by the international community, while they have struggled for years with their demands largely unheard. Human rights violations by Israel remain systematically unpunished.

On the other hand, both Lebanon and Palestine, former bastions of democracy in the Arab World, both find themselves in an unstable and divided situation. Europe can be partly held responsible as, having pushed Palestinians to carry out elections in 2006 they failed to recognised the results, thus contributing to the current division of the Palestinian leadership. This observation seems to call for a necessity to establish and develop safeguards in the democratic process to avoid the total domination of one group over another and to thus securitise democracy and its international recognition.

Finally, the outbreak of these democratic movements threatens Israel. The official reason is the concern that the phase of transition will profit Ismalist parties. But another concern is that Israel will no longer be in a position to invoke the argument that it is the sole democracy in the Middle East. Furthermore, there is a risk for the Jewish State that the Egyptian regime rethinks its foreign policy vis-à-vis Israel, a policy which its population considers humiliating.

 

PROPOSITIONS

On the basis of these observations, it is possible to draw out certain conclusions and make certain propositions for the future of our relations with the Arab world.

 

Redefining European policies vis-à-vis the Arab world

It is by going beyond grand declarations and implementing concrete and courageous changes in its foreign policy that the EU will gain in credibility in the Arab and Mediterranean world. This will allow the EU to position itself as an influential actor capable of supporting the democratic aspirations of the peoples while supporting simultaneously defending its strategic interests in the region.

Until now, the package offered to the South had failed to be harmonious. It is important to calculate the consequences of our choices on the long-term. With the events currently taking place in the Arab world, the EU cannot allow itself to overlook a precise and concerted redefinition of its interests in the region, while developing a better understanding of the situations of our Mediterranean neighbours. The EU must therefore take the time to fully reconsider its Neighbourhood policy in line with its Southern neighbourhood.

Furthermore, the development of bureaucracy has never been an adapted response. It is crucial to rethink bureaucracy and EU representations in the Arab world – as well as worldwide – in terms of quality rather than quantity.

In addition, the role of European and national parliaments in foreign policy must be enhanced to avoid a remake of past mistakes.

Finally, the Union for the Mediterranean is very unpopular in the Arab world. It is now moribund and has failed to allow the achievement of set objectives. A suggestion offered is to bring back to life the Euro-Arab dialogue.

 

Support of the democratic transition process

The transition period is crucial. The roots of tomorrow’s democratic regimes must be built today. However, the time at hand appears too limited to allow a real democratic debate. The holding of elections is not an objective in itself, as democracy without pluralism has no value. It is essential to allow first of all for all voices to be heard.

The EU and its Member States must focus on two aspects for now: listen and be informed on the one hand, and help in the development of tools necessary to create platforms for debate on the other hand. Two European attitudes are putting this in jeopardy:

–          Its tendency to want to secure as soon as possible its economic and business relations with these countries ;

–          A temptation to dictate the rules of the democratic game to exclude the forces that do not correspond to its expectations ;

Despite fears of political Islam and the impacts of these revolts on the stability of the region, the UE must accept the uncertainties caused by this transition phase in the Arab world. It is thus not a question of supporting one or the other party, but to ensure the conditions for a good transition in the region. The EU must evaluate correctly the limits of its intervention to avoid any accusation of interference.

Furthermore, the international community must bear in mind that the forces in power are not elected forces. To negotiate the future of our relations with them implies the failure to take into account the voices of the peoples. The question of the debt has, for instance, already been brought up by the transitional Tunisian government. But many insist that an important part of this debt is execrable and has thus never been put at the profit of the Tunisian people. Another example is the organisation of a Congress in Carthage, Tunisia, between the transitional government and representatives of the international community; those attending risk staining their image amongst those who have led the revolution.

In a phase of transition, supposed to lay the constitutional ground for future democracies, our parliaments, both national and European, have a role to play, know-how to share.

 

  1. Support of Arab civil society

European civil societies have never stopped enjoying close contacts with Arab civil societies. It would be wise for the European institutions and EU Member States to make good use of these civil societies ties in working closely with Arab civil society.

In this context, the European and national parliaments can also serve as safeguards in requesting greater transparency of the types of civil society organisations supported by the European Commission and national governments.

 

 

 

 

 

En partenariat avec l’Institut Egmont, l’Institut MEDEA a organisé une conférence sur les changements en cours dans les sociétés arabes depuis les soulèvements populaires qui ont lieu en Tunisie, en Égypte, au Yémen, en Algérie et en Jordanie.

Au vu des évolutions qui se profilent actuellement dans le monde arabe, il est urgent de nous interroger sur le rôle à jouer par les acteurs européens dans ces changements et dans l’installation et la consolidation de régimes démocratiques dans le cadre du dialogue euro-méditerranéen. La conférence « Révolutions arabes : et après ? » est revenue sur les évènements récents et à venir dans cette région et a tenté d’apporter des éclairages sur leur signification pour ces sociétés et comment ils pourraient influencer l’avenir de leurs populations mais aussi de mettre en lumière les enjeux et les risques pour la Belgique et ses alliés européens.

MODÉRATEUR:

Marc Trenteseau, Directeur général de l’Institut Egmont

PANEL:

  • Bichara Khader, Directeur du Centre d’Etudes et de Recherches sur le monde arabe contemporain, UCL
  • Salam Kawakibi, Directeur de Recherche au Centre Initiative pour une Réforme Arabe et chercheur au Département des Sciences Sociales et Politiques, Université d’Amsterdam
  • Jean-Louis Mignot, Ambassadeur honoraire

La conférence a eu lieu au prieuré de Val Duchesse le 24 février 2011, de 16h à 17h30.

Pour accéder au compte-rendu de cette conférence, cliquez ici.

 

 

Prieuré de Val Duchesse
24 février 2011

 

Table ronde organisée par l’Institut MEDEA et l’Institut Egmont autour du thème

Les révolutions arabes : et après ?

Quelle politique européenne dans le monde arabe ?

Cette table ronde restreinte a rassemblé les différents acteurs, que ce soit aux niveaux institutionnel, académique ou de la société civile, actifs dans le monde arabe. L’objectif de cette table ronde était d’amener ces acteurs à échanger leurs visions et à réfléchir à une optimisation des actions dans la région dans le cadre du dialogue euro-méditerranéen.

Cette discussion à huis clos a permis d’établir quelques constatations sur les tendances et surtout les échecs de la politique extérieure de l’UE, et d’ensuite lancer des propositions pour le futur. Une synthèse des idées discutées est reprise dans ce document.

 

CONSTATATIONS

 

Regard critique sur les relations euro-arabes

L’Europe, et plus largement le monde occidental, a une grande part de responsabilité dans la situation qui prévalait – et qui prévaut –dans les pays arabes.

Alors que la création du Service européen pour l’action extérieure dirigé par Catherine Ashton devait avoir pour objectif de créer une véritable culture diplomatique européenne, s’affranchissant des politiques étrangères nationales pour poursuivre les intérêts stratégiques de l’UE, la politique étrangère semble demeurer la prérogative nationale par excellence pour les chefs d’Etats européens. L’UE a fait l’erreur de permettre par le passé la consolidation de relations privilégiées entre l’Italie et la Libye, ou encore entre la France et la Tunisie. Ce sont ces relations intergouvernementales fortes qui limitent aujourd’hui le poids diplomatique de l’UE et ont donc une part importante de responsabilité dans le manque de réactivité de l’UE face aux révoltes arabes.

Mais au-delà de son manque de crédibilité, l’UE a également commis de nombreuses erreurs dans son approche de la région :

  • En ce qui concerne le rôle de l’UE dans la démocratisation du monde arabe, celle-ci est de plus en plus accusée de pratiquer la politique du « double poids double mesure ». En effet, l’article 2 des accords d’association prévoit une conditionnalité de respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux. Pourtant, dans les faits, l’UE a contribué à maintenir certains régimes autoritaires au pouvoir alors qu’elle fait preuve de nettement moins de complaisance vis-à-vis du régime syrien, par exemple, qui a d’ailleurs refusé de signer l’accord d’association. De manière plus générale, l’UE peut être blâmée pour le manque de transparence de sa politique dans la région méditerranéenne.
  • La Politique européenne de voisinage a été conçue comme un instrument de partenariat économique servant les intérêts de l’Union européenne, et destiné à construire un cordon sécuritaire autour de l’Europe souvent au détriment des peuples.
  • La récente Union pour la Méditerranée (UPM) est très peu populaire dans le monde arabe. L’initiative, comme le processus de Barcelone qui l’avait précédée, y est perçue comme un moyen pour l’Union Européenne d’imposer Israël dans une région dont cet Etat s’exclut lui-même par sa rhétorique et ses actions politiques. L’UPM ayant échoué à capter la confiance des peuples auxquels elle s’impose, le dialogue euro-arabe devrait être relancé.
  • L’Union Européenne n’a pas accordé d’appui à la société civile réelle ni aux opposants aux régimes dictatoriaux, alors qu’elle a contribué à créer une classe d’entrepreneurs de la société civile, en bonne intelligence avec les régimes en place, chargée de capter les fonds occidentaux tout en donnant une image positive de leur pays respectif. La réelle société civile arabe a donc perdu confiance dans les institutions européennes qui n’ont jamais soutenu ses actions.
  • De manière générale, l’UE peut être blâmée pour le manque de transparence de sa politique dans la région méditerranéenne, ainsi que pour la lourdeur et la complexité de ses structures bureaucratiques.
Mauvaise grille de lecture

L’Europe a jusqu’ici interprété la démocratie dans le monde arabe comme étant un risque, et cela parce qu’elle lit les développements sociopolitiques dans ces pays à travers trois prismes négatifs : l’islamisme, l’instabilité et l’insécurité pour Israël.

D’autre part, l’UE ne pouvait avoir de vision correcte de la réalité puisqu’elle a trop longtemps et trop exclusivement entretenu des liens avec la frange entrepreneuriale de la société civile ou avec la frange la plus occidentalisée de la société. Or ces milieux sont souvent ignorants des réalités auxquelles la majorité de la population est confrontée. A cela s’ajoute le fait que cette frange de la société civile avait pour principal objectif d’être la vitrine des régimes dans les grandes réunions internationales. La société civile réelle, quant à elle, a été marginalisée parce qu’elle ne rentrait pas dans les cases prédéfinies par les puissances étrangères et leurs diplomaties ; un élément de plus qui plaide en faveur d’une meilleure formation linguistique et culturelle des représentants  de l’UE ou des Etats-membres à ces pays.

Les institutions européennes sont aujourd’hui dépassées. Leur compréhension des évènements est fondée sur l’ancien paradigme de l’exception arabe qui excuse l’absence de démocratie et la présence de régimes autocratiques par des arguments culturalistes, et sur la nécessité de soutenir des régimes « stables » comme rempart à une immigration massive et au terrorisme. En découle une hésitation dans les positions à prendre, lorsqu’on attendrait de l’UE un soutien résolu aux mouvements démocratiques en cours. L’Europe, porte-drapeau des valeurs démocratiques dans ses discours et déclarations, se trouve face à ses contradictions : la volonté des peuples arabes ne semble pas au centre de ses préoccupations.

 

Mouvements démocratiques et conflit israélo-palestinien

L’éclatement des revendications démocratiques partout dans le monde arabe a des retombées sur le conflit israélo-palestinien qu’on ne peut pas négliger.

Le peuple palestinien ne voit dans l’attitude de l’UE qu’une attitude de double poids double mesure. Les Palestiniens assistent à des révoltes populaires qui aboutissent et qui sont soudain reconnues par la communauté internationale alors qu’eux luttent depuis des années sans que leurs revendications ne soient écoutées. Les violations des Droits de l’Homme par Israël restent systématiquement impunies.

D’autre part, le Liban et la Palestine, anciens bastions de la démocratie dans le monde arabe, se retrouvent tous deux dans une situation instable et divisée. L’UE y a sa part de responsabilité puisqu’après avoir poussé les Palestiniens à mener des élections démocratiques en 2006, ils n’en ont pas reconnu les résultats, contribuant ainsi à la division actuelle du leadership palestinien. Ce constat semble indiquer la nécessité de mettre en place et de développer des garde-fous dans le processus démocratique pour empêcher la domination totale d’un parti sur les autres et ainsi sécuriser la démocratie et sa reconnaissance internationale.

Enfin, l’éclatement des ces mouvements démocratiques dans le monde arabe fait peur à Israël. La raison officielle est la peur que la transition profite aux partis islamistes. Mais une autre crainte d’Israël est qu’elle ne pourra plus invoquer l’argument qu’elle représente la seule démocratie au Moyen-Orient. De plus, il y a un risque pour l’Etat hébreu que le nouveau régime égyptien remette en cause sa politique étrangère vis-à-vis d’Israël, politique perçue comme humiliante par la population.

 

PROPOSITIONS

Ayant fait ces constatations, il est possible d’en tirer certaines conclusions et donc d’émettre quelques propositions pour le futur de nos relations avec le monde arabe et méditerranéen.

 

Redéfinition de la politique européenne vis-à-vis du monde arabe

Au-delà des grandes déclarations, c’est à travers des changements concrets et courageux dans sa politique étrangère que l’UE gagnera en crédibilité dans le monde arabe et méditerranéen et pourra se positionner comme un acteur politique de poids capable de soutenir les aspirations démocratiques des peuples tout en défendant ses intérêts stratégiques dans la région.

Le package proposé au Sud n’était jusqu’à présent pas harmonieux. Il est nécessaire de calculer les conséquences de nos choix dans une optique de long terme. Avec les évènements en cours dans le monde arabe, l’Union Européenne ne peut faire l’impasse sur une redéfinition précise et concertée de ses intérêts dans la région tout en développant une meilleure compréhension des situations de nos voisins méditerranéens. L’UE doit donc prendre son temps pour repenser entièrement sa politique de voisinage, afin de l’adapter à son voisinage sud.

En outre, le développement de la bureaucratie n’a jamais été une réponse adaptée. Il est nécessaire de repenser la bureaucratie et les représentations de l’UE dans le monde arabe – et le reste du monde – en termes de qualité et non de quantité.

De plus, l’action du Parlement européen et des parlement nationaux dans la politique étrangère devrait être promue afin d’éviter de reproduire les dérives du passé.

Enfin, comme nous l’avons constaté, l’UPM est très peu populaire dans le monde arabe. Elle est  aujourd’hui moribonde et n’a jamais permis d’atteindre les objectifs formulés. Une solution proposée serait de relancer le dialogue euro-arabe.

 

Aide au processus de transition démocratique

La période de transition est capitale. C’est aujourd’hui que se forgent les racines des régimes démocratiques de demain. Les délais impartis semblent néanmoins beaucoup trop courts pour qu’un réel débat démocratique ait lieu. La démocratie sans le pluralisme n’ayant pas de valeur, il faut cesser de présenter les élections comme un but en soi. Il est essentiel de permettre préalablement à toutes les voix de se faire entendre.

L’UE  et ses Etats membres doivent se focaliser sur deux choses pour l’instant : écouter et s’informer d’une part, et aider au développement d’outils permettant la mise en place d’espaces de débat de l’autre. Deux attitudes de l’Europe mettent cela en danger :

  • la tendance à vouloir sécuriser dès maintenant ses relations économiques et commerciales avec ces pays ;
  • la tentation de dicter les règles du jeu démocratique afin d’en exclure les forces qui ne correspondent pas à ses attentes.

Malgré ses craintes de l’Islam politique et des impacts de ces révoltes sur la stabilité de la région, l’UE se doit d’accepter les incertitudes causées par cette phase de transition dans le monde arabe. Il n’est donc pas question de soutenir un parti ou l’autre, mais bien de sécuriser les conditions d’une bonne transition dans la région. L’UE se doit de juger correctement les limites de son intervention afin de ne pas être accusée d’ingérence.

De plus, la communauté internationale doit se souvenir que les instances au pouvoir ne sont pas encore des instances élues. Négocier l’avenir de nos relations avec ces dernières, revient à ne pas prendre en considération la voix des peuples. La question de la dette a par exemple déjà été évoquée par le gouvernement tunisien assurant la transition. Mais certains rappellent qu’une grande partie de cette dette est odieuse, et n’a donc jamais profité au peuple tunisien. Autre exemple : en Tunisie, un congrès est prévu à Carthage entre le gouvernement de transition et des représentants de la communauté internationale. Ceux qui s’y rendront risquent d’être mal considérés par ceux qui ont mené la révolution.

Dans une période de transition, censée jeter les bases constitutionnelles des futures démocraties, nos parlements, nationaux et européens, ont par ailleurs un rôle à jouer, un savoir-faire à partager.

 

Soutien à la société civile arabe

Les sociétés civiles européennes ont de tout temps gardé des contacts avec les sociétés civiles arabes. Pour les aborder, il serait judicieux que les institutions européennes, et celles des Etats membres, utilisent ce lien existant de société civile à société civile.

Dans ce cadre, le Parlement européen comme les Parlements nationaux peuvent également servir de garde-fous en demandant une transparence sur le type d’organisations de la société civile soutenues par la Commission ou les gouvernements nationaux.

 

In partnership with the Egmont Institute, the MEDEA Institute organized a conference on the changes taking place in Arab societies since the popular uprisings in Tunisia, Egypt, Yemen, Algeria and Jordan.

In view of the current developments in the Arab world, it is urgent to ask questions about the role played by European actors in these changes and the facilitation and consolidation of democratic regimes in the Euro-Mediterranean dialogue . The conference « Arab revolution: what next?  » Came back on recent and upcoming events in the region and tried to shed light on their meaning for these people and how they might influence the future of their people, but also to highlight issues and risks for Belgium and its European allies.

 

MODERATOR:

Marc Trenteseau, Director General of the Egmont Institute

 

PANEL:

  • Bichara Khader, Director at the Center for Studies and Research on the contemporary Arab world, UCL
  • Salam Kawakibi , Research director at the Centre for Arab Reform Initiative and researcher in the Department of Social and Political Sciences, University of Amsterdam
  • Jean-Louis Mignot, Honorary Ambassador

The conference was held at the Prieuré of Val Duchesse on February 24, 2011, from 4 to 5.30 pm.

 

 

par Jean-Philippe Timmermans,
Politologue,
collaborateur de l’Institut MEDEA.

Si les Egyptiens ne veulent pas voir l’armée prendre le contrôle total de l’après-Moubarak et voir l’histoire se répéter, il va falloir que l’opposition s’organise. Cette dernière ne dispose que de quelques mois pour proposer une alternative solide et cohérente.
Le désir de changement du peuple égyptien a fini par pousser son président à la démission. On ne peut être qu’admiratif face à sa détermination et le monde entier s’émeut de cette victoire du peuple au profit de sa liberté. L’événement est historique, d’une portée sans précédent. Mais la suite des événements offre de multiples scénarios ! Faire tomber Moubarak et croire que tout ira mieux est simpliste. Le système sur lequel était basé le régime autoritaire égyptien a été bâti et entretenu durant 60 ans. La corruption y est profonde et systématique. L’appareil bureaucratique est trop solidement ancré en Egypte pour le réformer entièrement en l’espace de quelques mois. Et d’un point de vue économique, les enjeux et les pressions sont extrêmement importants dans un pays de plus de 80 millions d’habitants. Le chantier, à l’intérieur du pays, reste immense !

Si les Egyptiens ne veulent pas voir l’armée prendre le contrôle total de l’après-Moubarak et voir l’histoire se répéter, il va falloir que l’opposition s’organise. Et puis il y a aussi le PND, le parti au pouvoir depuis plus de trente ans, qui reste omniprésent et infiltré dans la plupart des organismes socio-écono- miques. Ce parti comptabilisait deux millions de membres répartis dans le pays. Qu’il soit dissous ou qu’il reste dans le paysage politique égyptien, il va falloir lui créer une alternative. Les Egyptiens ne peuvent malheureusement pas compter sur les vieux partis d’opposition historiques, conduits par des leaders trop âgés et corrompus, vecteurs de message politiquement dépassés et en proie à de perpétuelles luttes intestines.

Les Frères Musulmans constituent la force d’opposition la mieux structurée et organisée. Cependant, bien que désireux de créer un parti légal et de jouer un rôle politique dans le futur gouvernement, ils ne désirent pas prendre les commandes et avaient d’ailleurs annoncé ne pas vouloir présenter de candidat aux prochaines présidentielles. Au sein de la confrérie, la tendance majoritaire est de se concentrer sur l’action sociale afin de s’imposer par le bas lorsque la population sera mûre. Malgré la motivation d’une grande partie de la jeune génération, la hiérarchie de la confrérie ne désire pas se brûler les ailes en politique. De plus, ils n’ont absolument pas le soutien du monde occidental. Une éventuelle prise de pouvoir par les Frères Musulmans engendrerait des retombées négatives dans la relation avec les pays occidentaux. Or, ces derniers sont conscients que l’Egypte ne peut faire abstraction du monde occidental, ne serait-ce que d’un point de vue économique.

L’alternative pourrait venir de l’opposition issue de la société civile. Mais l’union de cette opposition est toute relative. L’Association nationale pour le changement (ANC), menée par Mohammed El Baradei, est elle-même composée de différents mouvements sociaux comme Kefaya, le groupe Said Khaled ou le Mouvement du 9 mars. D’autres acteurs importants de la protestation, comme le Mouvement du 6 avril, ne font pas partie de l’ANC. Ces dernières années, une kyrielle de mouvements protestataires, aux revendications diverses et émanant de toutes les catégories de la société civile, ont vu le jour. Il va falloir que ces mouvements s’organisent et se muent en véritables forces politiques susceptibles d’alimenter les débats de leurs opinions et de peser dans la reconstruction politique du pays. Ils devront privilégier l’intérêt général et respecter les revendications de chacun.

L’opposition n’a que quelque mois pour proposer une alternative solide et cohérente au régime qu’elle vient de faire tomber. Au vu du nombre d’acteurs que composent cette opposition, il est possible que les dissensions internes finissent par engendrer un retour de certaines dérives anti-démocratiques. Et même si l’Egypte réussit sa transition démocratique, encore faut-il que l’homme choisi par la population ne se fasse pas rattraper par l’ampleur de la tâche à accomplir, par la lourdeur de la bureaucratie, par la corruption solidement ancrée dans bon nombre de secteurs, etc. Les Egyptiens ont rédigé le premier chapitre de leur révolution, mais le reste de l’histoire doit encore être écrit.

D’un point de vue régional, la chute de Moubarak est un événement d’une importance majeure. On ne parle pas ici de la déchéance d’un dictateur régnant sur un petit pays comme la Tunisie, on parle ici du renversement d’un autocrate à la tête du pays le plus peuplé du Monde arabe, allié de l’Occident, garant de la stabilité régionale, dont l’aura culturelle et politique rayonne sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Le précédent est plus que symbolique. Il rend légitime toute dénonciation du système autoritariste prédominant dans la région, et réalisable toute velléité de changement.

D’autres régimes pourraient tomber à court ou moyen terme sous la pression populaire, comme en Algérie, en Libye, au Yémen ou en Syrie par exemple. Ces chutes en cascade pourraient même atteindre les pays du Golfe, comme le témoigne les événements récents au Bahreïn. Il en résulterait de profonds changements géopolitiques au Moyen-Orient : la Syrie passerait sous domination sunnite et ses liens avec l’Iran pourraient en être affaiblis; la Jordanie pourrait passer sous domination palestinienne dont les réfugiés constituent les deux tiers de la population; l’attitude et les tensions envers Israël pourraient se radicaliser.

Tant que l’Egypte n’aura pas reconstruit un régime stable pour diriger ses affaires, son poids diplomatique sera nettement diminué. En ce qui concerne le conflit israélo-arabe, l’alliance des modérés (avec l’Arabie Saoudite) est affaiblie, et un rééquilibrage pourrait s’effectuer au profit des tenants d’une politique plus radicale envers Israël. Le rôle de médiateur qu’avait l’Egypte pourrait être remis en question.

Cette crise va fortement diminuer l’influence de l’Occident, et des Etats-Unis en particulier, sur la région. En effet, c’est une révolution du peuple, et le peuple arabe est profondément antiaméricain. Selon une enquête de la Brookings Institution parue en août 2010, 88% des Arabes jugent négative l’attitude des Etats-Unis par rapport au Moyen-Orient. L’opinion arabe est tellement hostile à Washington que 77% des Arabes considèrent les Etats-Unis comme une menace et 57% estiment que la sécurité régionale s’améliorerait si l’Iran disposait d’armes nucléaires. La Tunisie comme l’Egypte étaient des alliés des Américains. Il est peu probable que les changements en cours soient au bénéfice d’une entente accrue.

Le double langage des Etats-Unis et la facilité qu’ils ont de retourner leurs vestes affaiblissent également les liens et l’influence de Washington sur ses autres alliés régionaux. En effet, qui peut assurer au roi Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud que les Américains ne le lâcheront pas si la grogne venait à atteindre son pays, comme ils l’ont fait pour Moubarak et Ben Ali ?La situation égyptienne peut être potentiellement explosive pour toute la région. Les conséquences peuvent être très importantes. Elles peuvent être positives comme négatives. Ici aussi, l’histoire n’est pas finie. Et seuls les Arabes sont capables de l’écrire.

 

Opinion publiée dans La Libre Belgique du 18 février 2011.