18/02/2011

La peur a changé de camp

Alors que la population égyptienne célèbre le départ de Moubarak, les vents de la révolte et de la liberté se sont propagés à trois nouveaux pays du Moyen-Orient. Le Yémen tout d’abord, la Libye et le Bahreïn ensuite. Après les premières bourrasques qui ont balayé sans prévenir Zine el-Abidine Ben Ali et Hosni Moubarak, les présidents Kadhafi, Saleh, et le roi Al-Khalifa se retrouvent maintenant pris dans la tempête.

Trois pays, avec chacun leurs particularités, mais une même volonté de changement pour plus de liberté, de dignité et de travail là où l’injustice, le népotisme, l’arbitraire, la corruption, l’absence de droits et le chômage sont des caractéristiques communes.

La rente gazière et pétrolière, qui semblait avoir endormi une population libyenne sous le joug de Kadhafi depuis 41 ans, n’a pas empêché la contestation venue d’Egypte et de Tunisie de se propager au pays. Les protestations, déclenchées dès mardi à Benghazi suite à l’arrestation d’un avocat défenseur des droits de l’homme, se sont propagées dans d’autres villes du pays. Après avoir promis un doublement des salaires des fonctionnaires et libérer une centaine de militants islamistes, le régime a décidé de réprimer les manifestations par la force. Depuis, au moins une vingtaine de personnes auraient déjà été tuées.

Au Bahreïn, petite monarchie du Golfe dont la ressource principale est le pétrole, la majorité chiite s’estime discriminée en matière d’emplois dans l’administration et d’accès aux services sociaux. De plus, la population chiite s’inquiète de la politique du gouvernement qui accorde à des sunnites étrangers, souvent des Balouches, des Jordaniens et des Irakiens, la nationalité bahreïnie et les embauche dans les services secrets et les forces de l’ordre. Cette politique viserait, selon les chiites, à les supplanter démographiquement. Le pouvoir, tenu par les sunnites, s’est toujours montré sourd aux demandes chiites et à décider de réprimer ces manifestations très durement. Plusieurs manifestants auraient déjà perdu la vie.

Au Yémen, les manifestants réclament le départ du Président Saleh, en poste depuis 32 ans (d’abord en tant que président du Nord-Yémen, ensuite comme président du Yémen réunifié), dans ce pays où le faible gouvernement doit faire face à une rébellion armée depuis des années. Là encore, une sévère répression a suivi les vagues promesses de réformes.

Les promesses de ces gouvernants – hausse salariale, baisse du prix des produits de première nécessité, promesse de non-réélection… – n’y changeront plus grand chose, les voilà condamnés à partir ou à se maintenir dans le sang et la terreur. Il semble que, ayant encore le soutien des forces armées et de sécurité, ils aient choisi – pour l’instant – la deuxième solution.

La réaction violente de ces despotes, vautrés depuis trop longtemps dans leurs prébendes, démontre à quelle point ils sont déconnectés de leurs populations et ont de ce fait perdu toute légitimité. En rejetant depuis si longtemps les aspirations de peuples de plus en plus éduqués et connectés au reste du monde, ils n’ont fait que servir leurs intérêts et celui de leur clan. La violence qu’ils usent désormais contre les manifestants dans le but de se maintenir est la dernière preuve de leur incurie et de leur désarroi. Il semble que la peur, sur laquelle étaient fondés ces régimes,  a désormais changé de camp. Les autres potentats de la région peuvent désormais trembler.

Quant aux Etats-Unis et à l’Union Européenne, il est maintenant indispensable qu’ils se désolidarisent immédiatement et explicitement de ces dictateurs et expriment leur soutien aux populations révoltées et maltraitées, pétrole ou non.

Geoffroy d’Aspremont