25/02/2011

Un voyou devenu ami récidive

La vague de protestations déferlant sur le monde arabe marque une nouvelle ère pour les peuples de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, qui ont su prouver au monde que les révolutions pacifiques peuvent apporter un réel changement dans une région célèbre pour son instabilité et ses conflits. Ces mouvements ont prudemment reçu le soutien moral de l’Union européenne, de ses États membres et d’autres puissances occidentales. Ces puissances, dans le plus grand respect des valeurs démocratiques, ont unanimement condamné toute répression violente des manifestations à travers la région, qui ont récemment pris une tournure dramatique en Libye.

Toutefois, l’UE s’est exposée à de sévères critiques quant à sa capacité à condamner aujourd’hui un régime dictatorial qu’elle a trop souvent oublié de condamner par le passé. L’UE, comme ses pays membres l’ont fait individuellement, a condamné les effusions de sang en Libye,  mais ses liens avec ce pays, ainsi que les relations étroites de certains de ses États membres avec le gouvernement Kadhafi, affectent profondément la crédibilité de l’Union européenne et des objectifs et valeurs de la politique Méditerranéenne. Alors que l’UE prône les valeurs et le respect de la démocratie, des droits de l’homme et de la prospérité dans la région, l’importance de la Libye en termes d’intérêts stratégiques et économiques pour l’UE et, en particulier, pour ses États membres du sud, ont entaché le soutien inconditionnel européen aux aspirations démocratiques du peuple Libyen

Depuis la levée des sanctions sur la Libye en 2004, l’amélioration rapide des relations avec la dictature d’Afrique du Nord a été motivée par un besoin de sécuriser l’accès au ressources massives de pétrole et de gaz de la Libye, d’assurer l’approvisionnement des pays du Sud de l’Europe et de diminuer la dépendance énergétique de l’Union européenne sur son voisin russe. Le pétrole libyen représente 2% de la production mondiale et le pays est devenu un fournisseur majeur d’énergie pour l’Europe du Sud. L’Italie, en particulier, est économiquement exposée à l’agitation libyenne, l’autocratie d’Afrique du Nord étant son principal fournisseur de pétrole et un principal investisseur dans l’économie italienne.

Des liens plus étroits avec la Libye ont également permis à l’UE d’adresser efficacement la question des migrations irrégulières provenant du Sud. La Libye, ainsi que d’autres États nord-africains, sont souvent considérés comme des ‘gendarmes’ de l’Union européenne le long de la rive sud de la Méditerranée, contenant ainsi le flux de milliers de clandestins qui tentent de rejoindre le continent européen chaque année. En termes stratégiques, le régime de Kadhafi a donc joué un rôle important dans la lutte de l’Europe contre les flux de migration irrégulière ; son effondrement serait d’une importance stratégique vitale pour la stabilité de l’Union et de la région Méditerranéenne. L’Italie, qui a vu une chute de 90% des arrivées de migrants irréguliers sur ses côtes depuis la signature de son accord d’amitié avec la Libye en 2008 est tout particulièrement exposée.

L’Europe a condamné à l’unanimité la répression violente des manifestations qui ont eu lieu à Benghazi et qui continue de menacer d’autres grandes villes libyennes. L’Union européenne a menacé d’imposer des sanctions contre la Libye et même considéré l’option de l’envoi d’une force humanitaire si la Libye ne parvient pas à mettre un terme à cette violence inacceptable. Bien que tous les yeux aient été rivés sur l’Europe pour montrer la voie en condamnant les terribles événements qui ont marqués sont voisinage sud, les violences ont également exposé l’étendue des relations de l’UE avec des régimes dictatoriaux de la région tels que la Libye, qui ne seront très bientôt plus qu’un mauvais souvenir de ses peuples assoiffés de liberté. Au vu de ce vent de changement soufflant sur la région, l’UE doit penser à revoir les bases sur lequelles sont reconstruites ses politiques moyen-orientale et nord africaine ; mais l’UE est-elle vraiment prête à faire face à une instabilité à court terme qui parait nécessaire en vue d’obtenir, au long terme, d’avantage de démocratie? Espérons le…

Andrew Bower