25/03/2011

Accord de libre échange UE-CCG: une réponse aux frustrations arabes?

En 2007,  Peter Mandelson, alors commissaire européen au commerce, prononçait undiscours au Forum économique de Djeddah dans lequel il soulignait l’importance de mettre en place le premier Accord de Libre Echange (ALE) inter-régional entre l’Union européenne (UE) et le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) afin de permettre une plus grande diversification de l’économie des pays du Golfe. Deux caractéristiques des pays du Golfe sont le manque de diversité économique et l’énorme et rapide croissance de la jeune tranche de la population ; comme l’indique Mandelson : « mettez ces deux réalités ensemble et vous obtenez un défi énorme de développement économique et humain ».

Quatre ans plus tard, le message de M. Mandelson ne pouvait pas avoir été plus approprié. Ce sont en partie le manque de possibilités d’emploi et des libertés démocratiques fondamentales qui ont poussé Mohammed Bouazizi à s’immoler le 17 Décembre 2010 en Tunisie, déclenchant la vague de manifestations à travers le monde arabe. Immédiatement, des manifestations populaires ont éclaté en Tunisie et ont rapidement atteint  d’autres pays de la région ; toutes été animées par de jeunes hommes et femmes au nom de la démocratie. Sans surprise, les pays du Golfe n’ont pas été épargnés. Des manifestations ont eu lieu à Bahreïn, Oman et, dans une moindre mesure, en Arabie saoudite. Les taux élevés de chômage font partie intégrante de la frustration de ces populations jeunes, aux côtés d’un grave manque de libertés sociales et politiques.

Une solution doit donc porter sur une meilleure croissance économique et le développement de la prospérité des populations jeunes. Dans le cas des économies du Golfe excessivement dépendantes des ressources pétrolières et gazières, il est urgent de promouvoir une plus grande diversification économique. L’intégration des économies du Golfe à travers le Conseil de Coopération du Golfe a mis ces pays sur la bonne voie. Le GGC doit aspirer à atteindre des niveaux d’intégration similaires à ceux atteints par l’Union européenne au cours de ces dernières décennies. Dans le cas européen, l’intégration économique régionale s’est avérée être une expérience réussie – et sans précédent –  de prospérité et stabilité économique pour ses citoyens.

Néanmoins, l’intégration économique régionale au sein du CCG ne suffit pas. Ce processus doit aller de pair avec une plus grande coopération économique avec les marchés étrangers, offrant une plus grande variété d’investissements et diversification économique – à condition que ceci s’accompagne d’efforts pour assurer les investissements humains nécessaires  et la redistribution appropriée des richesses. C’est dans ce contexte que l’UE a un rôle majeur à jouer. Dans d’autres régions du monde dans lequel l’UE a établi des accords bilatéraux, les résultats ont été époustouflants (avec le Mexique et le Chili par exemple). La libéralisation du commerce, par la suppression des obstacles aux relations économiques, est devenue une marque de la contribution de l’UE à la diversification économique, la prospérité et la réduction de la pauvreté sur la scène internationale.

L’UE et le CCG coopèrent étroitement depuis la signature de l’Accord de Coopération UE-CCG de 1988 et le lancement du programme d’action sur trois ans en 2010. Mais, l’UE étant  le principal partenaire économique de la région du Golfe, et au vu de la tournure extraordinaire des événements dans la région, l’UE se doit d’apporter une contribution à court-terme à la prospérité et stabilité économique de la région en relançant une bonne fois pour toute les négociations pour un véritable accord de libre-échange.

Le moment est venu pour l’UE de faire ce qu’elle fait de mieux: l’intégration économique. Les messages envoyés par les jeunes manifestants à Bahreïn, Oman et dans d’autres parties du Golfe doivent impérativement contrebalancer les obstacles mineurs à la finalisation des négociations d’ALE. C’est un risque que l’UE doit prendre, au nom de la prospérité, la stabilité…et la démocratie.

 

Andrew Bower