18/03/2011

Dans les relations internationales, il n’y a pas d’ami, seulement des intérêts !

Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté jeudi 17 mars 2011 la résolution 1973. Celle-ci implique la possibilité de frappes aériennes contre les chars et l’artillerie lourde libyens et l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne. Alors que les autorités françaises ont annoncé dès jeudi une offensive imminente, des responsables américains et britanniques ont, quant à eux, suggéré que l’action militaire ne commencerait pas avant dimanche ou lundi. La résolution ouvre la voie à « toutes les mesures nécessaires », exception faite de l’invasion au sol, pour défendre les civils libyens en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations Unies. Le Qatar et les Emirats Arabes Unis se sont engagés à soutenir l’effort mais serviront plus de caution morale que de renfort réel.

La décision est intervenue alors que les forces de Kadhafi se faisaient de plus en plus pressantes aux abords du bastion rebelle de Benghazi. Mais la décision a probablement surtout été influencée par les conséquences des troubles libyens sur les prix du pétrole et les risques réels ou imaginaires d’un afflux massif de réfugiés en Europe. En dépit des objectifs louables affichés par la France et le Royaume-Uni, il semble évident que ce qui rend l’intervention militaire nécessaire tient plus de la défense des intérêts occidentaux que de la protection des civils libyens. La manière dont le vote de la résolution a été qualifié de victoire diplomatique par les médias français montre également à quel point ce vote a été considéré comme un enjeu de politique interne par la France.

Pourtant, devant la folie meurtrière de Kadhafi, nombreux sont les intellectuels de tous bords qui se sont prononcés en faveur de l’intervention militaire au nom de la défense des populations civiles. Parce qu’il faut bien dire que le massacre qui se déroule actuellement en Libye ne peut pas laisser indifférent et nous interroge sur les moyens à mettre en œuvre pour y mettre fin. Mais l’intervention ne risque-t-elle pas d’être contre-productive et de provoquer des conséquences terribles sur le long-terme dans le pays et dans toute la région ? Un peuple qui dépend d’une intervention étrangère opportuniste sera-t-il vraiment libre ?

Plusieurs voix dans les sociétés civiles belge et européenne se sont d’ailleurs opposées à la résolution arguant qu’aucune intervention militaire ne menait à la libération d’un peuple et que toutes étaient motivées par des intérêts économiques et géostratégiques. (Voir notamment le site du PTB et le CNAPD)

Après avoir soutenu et vendu des armes au dictateur libyen, les puissances occidentales retournent aujourd’hui leur veste et instrumentalisent l’émotion provoquée par les morts libyens pour sauvegarder leurs intérêts.
Rien de bien neuf. Comme le disait Charles de Gaulles, dans les relations internationales, il n’y a pas d’ami, seulement des intérêts.

Iman Bahri