04/03/2011

En Algérie, le processus révolutionnaire peine à se mettre en marche

Alors que les soulèvements populaires en Tunisie et en Egypte ont poussé leurs dirigeants à lâcher le pouvoir et tandis que le peuple libyen est prêt à affronter la folie meurtrière de Kadhafi pour le voir partir, les révoltes populaires en Algérie, ne réunissent que peu de manifestants et ne semblent dès lors pas prêtes à mener au même résultat.

Pourtant, les maux qui accablent la Tunisie et l’Egypte sont loin d’épargner l’Algérie. Corruption, chômage endémique des jeunes, faiblesse du pouvoir d’achat, inégalités sont bien présents dans un pays où la population ne profite par ailleurs pas de la manne pétrolière.  De plus, jeu politique et respect des droits de l’homme y sont une fiction. Face à cette situation précaire, et inspirée par le mouvement révolutionnaire tunisien, la Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie s’est formée pour organiser la contestation et appelle à manifester tous les samedis pour mettre la pression sur le régime pour obtenir des réformes. Mais le processus peine à se mettre en marche. Les manifestations ne comptent que quelques centaines de manifestants face à des forces de l’ordre mobilisées en nombre.

Cette difficulté à mobiliser les Algériens pour le changement peut probablement s’expliquer par plusieurs éléments propres à l’histoire algérienne et à la nature du mouvement lui-même. Tout d’abord, à la différence des soulèvements tunisien et égyptien, qui étaient complètement spontané, d’initiative populaire et non politisé, en Algérie, la CNCD à l’origine des appels à manifester réunit des organisations et des partis politiques, dont la légitimité est contestée. Très peu de jeunes ont d’ailleurs rejoint le mouvement. La scission récente du mouvement entre les membres issus de la société civile et ceux issus du monde politique, ajoute encore à la confusion et au discrédit. De plus, nombreux sont les Algériens qui craignent l’instabilité et le chaos que pourraient provoquer les contestations. Le souvenir de la guerre civile est encore très présent dans les esprits et pousse à l’inertie malgré un profond désir de changement. Enfin, la stratégie de désamorçage adoptée par le régime, en mettant fin à l’Etat d’urgence et en offrant des mesures d’aide pour les jeunes, semble porter ses fruits et calmer les manifestants. Le régime a compris que le ralliement de la jeunesse algérienne aux protestations est la clef du basculement vers une véritable révolution. Il entreprend par conséquent les actions de nature à calmer sa frustration et à anticiper les troubles qu’elle pourrait causer.

La voie algérienne s’écarte ainsi des expériences tunisienne et égyptienne et Abdelaziz Bouteflika ne semble pour l’heure pas être le prochain dictateur à quitter le navire. Mais l’effet domino enclenché par ces expériences de conquête de souveraineté populaire laisse espérer qu’une dynamique de changement et de réformes profondes a été enclenchée en Algérie et dans toute la région.

Iman Bahri