11/03/2011

Les femmes arabes font leur révolution

A l’occasion de la journée internationale des femmes, ce mardi 8 mars 2011, nous avons souhaité revenir sur le rôle des femmes dans les révolutions arabes et célébrer la manière dont elles ont secoué les idées reçues sur les femmes arabes par leur courage et leur persévérance.

Les femmes ont joué un rôle crucial, aux côtés des hommes, dans les mouvements qui ont mené au renversement des régimes despotiques tunisien et égyptien. Certaines y ont apporté leur appui logistique, d’autres simplement leur présence. De véritables leaders féminins ont émergé. Aussi bien en Egypte qu’en Tunisie, la participation des femmes aux comités de surveillance de quartier contre les pilleurs a été d’une grande importance pour éviter que leur pays ne sombre dans le chaos. La responsabilité et la solidarité dont a fait preuve le peuple et en particulier les femmes pendant les manifestations et au lendemain de la destitution des dictateurs ont fait grande impression. Ces femmes ont bravé et bravent encore la violence d’Etat pour se libérer des régimes d’oppression et défendre la démocratie et les droits de l’homme, ces valeurs pourtant revendiquées comme occidentales et considérées comme inadaptées au monde arabe par de nombreuses voix en Occident.

Les images des révolutions nous montrent une diversité très grande de femmes dans les manifestations. Certaines s’habillent à l’occidentale alors que d’autres portent le voile. L’image des nombreuses femmes chiites toutes vêtues de l’habit traditionnel noir, la ‘abaya, participant aux mouvements de protestation au Bahreïn en a également interpellé plus d’un. Ces femmes ne ressemblent pas toutes à leurs consœurs européennes ni ne rentrent nécessairement dans les catégories de la femme émancipée construites par le monde occidental ; pourtant une chose est sûre : loin des représentations stéréotypées de la femme arabe soumise et enfermée dans l’espace domestique, celles-ci se sont battues aux côtés des hommes, elles ont investi l’espace public censé leur être interdit et l’ont fait de manière spontanée. Au risque de contredire les réactionnaires de tous poils, ces révolutions nous montrent que les femmes arabes ne sont pas conditionnées à la soumission et aspirent à la liberté.

Mais aujourd’hui, pour que leur implication n’ait pas été vaine et pour qu’elle ne soit pas oubliée, il est indispensable que les femmes participent aux transitions pour garantir que les nouveaux systèmes politiques à naître prennent en compte l’égalité hommes/femmes. Pour s’en assurer, d’ailleurs, les femmes n’ont pas abandonné leur lutte. Plusieurs associations tunisiennes ont lancé, le 8 mars 2011, la campagne nationale « De la révolution populaire à la construction égalitaire » en faveur d’une véritable égalité des sexes et une inscription de celle-ci dans la Constitution. En Egypte, 63 associations ont signé une déclaration adressée au Conseil militaire pour s’insurger contre l’absence de femmes dans le comité constitutionnel, chargé de rédiger une nouvelle constitution. Parce qu’une démocratie qui ne respectent pas les droits de la moitié de ses citoyens, qui s’est par ailleurs battue pour son avènement, est une démocratie tronquée et l’on ne saurait s’en satisfaire. Les révolutions se sont faites avec les femmes, la démocratie doit suivre le même chemin.

Iman Bahri