Professeur Bichara KHADER
Directeur Cermac –UCL
bichara.khader@uclouvain.be

A l’évidence, la bourrasque démocratique sui souffle sur le monde arabe n’épargne aucun Etat. Républiques ou Monarchies, riches ou pauvres, grands ou petits, tous les Etats arabes sont désormais exposés à des peuples en colère réclamant  liberté, dignité et emploi. Le mouvement semble imparable : rien ne met ces Etats à l’abri des secousses, rien n’amortit le choc: ni la généalogie noble des descendants du Prophète, ni la garde des Lieux Saints de l’Islam, ni la défense du Sunnisme, ni « le droit divin » dont se parent les Commandeurs des croyants, ni le discours creux de ceux qui prétendent être les  défenseurs des grandes causes arabes (notamment la cause palestinienne), ni la rente pétrolière, ne parviennent à faire barrage à la contestation et  étouffer le cri de la liberté.

 

Le maux dont souffrent les sociétés arabes sont structurels et communs : systèmes autoritaires, régimes prédateurs, dérives patrimoniales, hypertrophie des services de sécurité, démocraties cosmétiques et élections truquées, économies dysfonctionnelles. De ce fait, aucun Etat arabe ne peut prétendre à une quelconque exception qui le mettrait à l’abri. Il n’en demeure pas moins qu’il existe de nombreuses différences entre les Etats, liées  aux itinéraires historiques, la répartition de la population sur le territoire, les taux d’urbanisation et d’éducation, la condition de la femme, le rôle de l’armée, l’homogénéité de la société ou , a contrario,  l’existence de lignes de fracture de nature linguistique, ethnique,  religieuse, régionale ou tribale. Ces différences colorent chacune des révolutions,  lui donnent un cachet particulier et déterminent la réaction de chaque régime, le rôle de l’armée et des forces de sécurité, et en définitive, la nature, le rythme et l’intensité du changement.

 

En prenant le cas tunisien comme  » le paradigme » de la révolution pacifique, conduite par des jeunes éduqués et connectés, dans un mouvement de masse supra-partisan  et s’appuyant sur la fraternisation d’une armée nationale, alors, force est de reconnaître que la Libye offre le contre-exemple parfait de ce paradigme.

Rappelons à grands traits ce qu’est la Libye. D’abord c’est une vaste géographie : avec plus de 1.700.000 km2, elle est 3 fois plus étendue que la France, mais c’est une géographie couverte par les déserts à raison de 90 %. La population libyenne dépasse à peine 6.7 millions d’habitants (soit un 10ème de la population française), mais deux tiers de cette population sont concentrés sur le littoral méditerranéen qui s’étire sur plus de 1350 kilomètres, avec deux grandes villes: Benghazi à l’Est et Tripoli à l’Ouest, respectivement principales villes de la Cyrénaïque et de la Tripolitaine, deux des trois régions principales de la Libye, le Fezzan au centre, étant la troisième région.

 

Nous nous trouvons donc dans un pays dont les identités régionales sont bien marquées et couplées à des structures tribales ancestrales. Le fait que Benghazi soit le fief de la « rébellion » libyenne n’est nullement fortuit, puisque l’Est libyen a déjà été le théâtre de rébellions importantes  matées par la violence aveugle et qu’il n’a jamais cessé de pâtir des affres de la répression du régime Kadhafi, reposant principalement sur la loyauté des tribus de la Tripolitaine et en premier lieu  sa propre tribu. A cette inscription territoriale de la révolte, il faut ajouter les rivalités anciennes entre les tribus de l’Est libyen, notamment les Warfala y les Sénoussis, et celles de l’Ouest, notamment la propre tribu de Kadhafi : les Kadhafa. Les tribus de l’Est et du Fezzan se sont toujours senties lésées par une inégale distribution de la rente pétrolière et généralement par la mainmise de la tribu de Khadafi et quelques autres tribus de l’Ouest  sur les rouages de la  » Jamahiriyya libyenne » , en fournissant les cadres des ministères et des secteurs publics et en constituant le gros des  » troupes d’élites » du régime.

 

A ces traits distinctifs (pays étendu, faible population, concentration urbaine sur le littoral, polarisation régionale, structures tribales marquées et inégalité dans la  répartition de la rente), s’ajoute une histoire politique mouvementée marquée, après 1945, par l’occupation de la Grande Bretagne des régions de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque et par l’occupation des troupes gaullistes du Fezzan. Après des débats houleux aux Nations-Unies, la Libye accède à l’indépendance  le 24 décembre 1951 et  Idriss el Sénoussi est proclamé roi. Les armées anglaises et françaises se retirent, mais, l’Angleterre et les Etats-Unis imposent au Roi le maintien de bases militaires (Traités de 1953 et 1954) et la Libye se met ouvertement dans le giron occidental anti-nassérien.

 

L’exploitation du pétrole,  à partir de 1959, accroit les ressources  financières du pays et, du même coup, son importance géopolitique pour l’Occident, en pleine guerre froide. Le 1er  septembre 1969, Kadhafi, alors jeune colonel, renverse la monarchie sénoussie et s’installe à la tête du pays. Rapidement, il fait évacuer les bases étrangères,  nationalise les banques, et exproprie les colons italiens installés dans le pays entre 1912 et 1939.  Dans l’effervescence nationaliste de l’époque, Kadhafi fait figure de chef révolutionnaire et est salué par les arabes comme l’héritier de Nasser décédé en 1970.

 

Mais le dirigeant libyen se révèle imprévisible, voire mégalomane.  C’est alors qu’il se taille un rôle à la mesure de ses ambitions : devenir le théoricien-guide du Tiers-Monde. En 1975, il publie le premier tome de son « Livre Vert: solution du problème de la démocratie ». En 1976, il crée les  » comités populaires », une sorte de  » démocratie directe » et proclame, en 1977, la Jamahiriyya populaire et socialiste de Libye (république des masses) dont il devient, non pas le Président, mais  » le Guide ».

 

Installé aux commandes, le bouillonnant Kadhafi se sent rapidement à l’étroit dans un pays certes riche, mais faiblement peuplé (2 millions en 1970, 4 millions en 1990 et 6.7 millions en 2010). Il multiplie les Unions éphémères  avec l’Egypte (1972-1973), avec la Tunisie (1974), le Maroc (1984). Il s’engage dans des aventures militaires en Afrique (occupation de la Bande d’Aouzou en 1973 puis intervient directement au Tchad  (en 1980). Accusé de soutenir le terrorisme international, sa résidence  à  Tripoli est bombardée par les américains en 1986 : une fille adoptive de Kadhafi est tuée. En décembre 1988, un attentat attribué aux agents de Kadhafi fait  259 morts à Lockerbie et un autre, en septembre 1989, contre  un avion d’Air France au-dessus du Ténéré fait 170 morts. La séquence des événements ne laisse subsister aucun doute quant à la responsabilité libyenne.

 

Mais la Libye est un pays utile et l’Occident ne tient pas à se l’aliéner. L’affaire des  » attentats » est soldée à coup de milliards de dollars d’indemnisation aux victimes. Le régime libyen a voulu desserrer l’étau  qui commençait  à l’étouffer. Le revirement  est spectaculaire : il survient après les attentats du 11 septembre 2001 et surtout la guerre américaine contre Saddam Hussein en 2003. Le calcul de  Kadhafi est rationnel : avec la fin de la guerre froide  et dans un monde dominé par la superpuissance américaine, il est inutile, voire suicidaire, de nager à contre-courant et de s’attirer les foudres de l’Amérique .Ce faisant, il applique, à la lettre, le proverbe arabe qui dit  » la main que tu ne peux pas couper, baise-la ».

Ce revirement conforte la politique américaine : le président  Bush cite Kadhafi en exemple du dirigeant sérieux qui, de son plein gré, renonce aux armes de destruction massive,  prend ses distances par rapport au terrorisme et s’inscrit même dans la stratégie de lutte anti-terroriste. Les Européens ne tarissent pas d’éloges, non plus. Non seulement le marché libyen s’ouvre à leurs investissements, mais Kadhafi signe avec  la France et autres Etats européens  de juteux contrats d’achat d’armement et s’engage, de surcroît, à cadenasser ses frontières  pour endiguer les flux migratoires clandestins, jouant ainsi à   » la police à distance » pour le compte de l’UE.

 

La récompense ne s’est pas fait attendre : d’Etat  » voyou », voilà la Libye hissée au rang  d’Etat  » fréquentable », utile voire ami. Jadis conspué comme chef terroriste, Kadhafi  fait son entrée sur la scène internationale, engrangeant de nombreux succès : en Afrique dont il devient le président de l’Union Africaine (2009) et commence même à rêver de devenir le Roi des Etats-Unis d’Afrique. En Occident, il est accueilli, les bras ouverts.

 

Avec une production de 1.600.000 barils de pétrole par jour, la Libye n’est guère un grand producteur (à peine 2 % de la production mondiale), mais son pétrole bénéficie d’une double prime : de qualité (faible teneur en souffre) et de proximité (la Libye est très proche des marchés italiens et européens). Cela a permis au régime d’engranger des  revenus colossaux dont une partie alimente un fonds souverain présent sur tous les continents  et  une autre partie est accaparée par Kadhafi, sa famille et son clan.

 

Tout cela ne modifie en rien le fonctionnement interne du pays, car le régime politique libyen demeure atypique, rappelant à beaucoup d’égards la Corée du Nord, le pétrole en plus. En effet le pouvoir est dominé par la figure du  » Guide », régnant sans partage, sur une « Jamahiriya » marquée par une étonnante anomie politique, ne reconnaissant ni organisations professionnelles, ni syndicats indépendants, ni partis politiques, ni parlement. A la place de tout cela, on trouve des  » comités populaires« ,  excellemment endoctrinés, mais mauvais gestionnaires. Rien d’étonnant que ce pays  qui avait les ressources pour devenir le  » tigre » de l’Afrique du Nord est demeuré davantage un  » drapeau planté sur un puits de pétrole » qu’une économie performante, innovante et créatrice d’emplois de qualité.

 

A la dépendance libyenne des exportations pétrolières  s’ajoute un système organisé de prédation familiale et clanique, transformant le pays en une sorte d’entreprise privée, presque un  » patrimoine familial », ouvrant la voie à une dérive dynastique : les enfants de Kadhafi  assurant tantôt la défense rapprochée de leur père et de son régime, tantôt assumant le rôle de portes-parole attitrés voire le statut de  » princes héritiers ». L’égomanie du père et sa folie de grandeur ont déteint sur ses enfants qui exhibent une arrogance et une suffisance hors du commun. On les voit agiter, tour à tour, les épouvantails de réactiver Al-Qaida, d’ouvrir la vanne migratoire et de  submerger l’Europe, d’écraser la rébellion dans le sang, de débusquer les  » traîtres » et de leur infliger une  » punition exemplaire », voire de déstabiliser toute la Méditerranée.

 

C’est contre ce régime  dominé par un clan et coiffé, au sommet, par un dirigeant lunatique et fantasque, que les libyens se révoltent aujourd’hui. Le fait que la révolte libyenne survient en mars 2011 n’est pas le fruit du hasard. Les révolutions tunisienne et égyptienne ont agi comme des éperons. Si les jeunes tunisiens et égyptiens ont su braver la répression et déboulonner deux régimes dont on vantait, en Europe, la solidité, pourquoi les libyens seraient-ils en reste et pourquoi la quête de liberté s’arrêterait à la frontière de l’Egypte et de la Tunisie?

 

Sauf que la Libye n’est pas la Tunisie. Les « rebelles » libyens savaient pertinemment qu’ils s’exposaient à une terrible répression, contenu de la nature du régime qui les domine. Or on a le sentiment qu’il y a eu une totale impréparation. Face à la répression des forces de Kadhafi, la  » révolte démocratique » s’est muée en une  » insurrection armée sans armements ». Benghazi devient vite le fief de la rébellion et sa rampe de lancement. Les tribus de l’Est se rangent du côté des  » rebelles ». Mais des tribus de l’Ouest et du Centre font de même. L’armée, traversée par les mêmes lignes de fractures régionales et tribales se coupe en deux : dissidents contre fidèles. Mais les arsenaux militaires et les armes lourdes demeurent sous le contrôle du régime. Le face-à-face est inégal : des insurgés sans commandement, sans moyens de communication, et  sans armement adéquat face à des troupes d’élites et des mercenaires recrutés  et entraînés à la hâte.

 

L’affrontement tourne au massacre : l’armée de Kadhafi n’hésite pas à lancer des chars contre les centres urbains. L’émoi est général : d’abord le Conseil de Coopération du Golfe, ensuite la Ligue des Etats arabes appellent les Nations Unies à assumer leur responsabilité et imposer une zone d’exclusion aérienne et protéger les civils. L’aval arabe garanti, la résolution 1973 du Conseil de Sécurité  sur la Libye est adoptée  avec cinq abstentions, celles des Etats BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et, chose surprenante, celle de l’Allemagne.

 

Il est trop pur écrire cette histoire mais on peut postuler que l’Allemagne n’a pas apprécié la politique française à hue et à dia et la reconnaissance par Nicolas Sarkozy de la  » légitimité du Conseil libyen de transition » à la veille de la réunion du Conseil européen. On peut aussi avancer la thèse que l’Allemagne s’est sentie humiliée par le  » tandem Sarkozy-Cameron » qui a enfourché une position en pointe sans une consultation préalable avec les pairs européens.

 

On pourra épiloguer longtemps sur ce soudain sursaut volontariste français. Et certains ne manqueront pas de faire remarquer que Sarkozy est plus préoccupé par les sondages concernant sa réélection, en 2012,  et la percée de Marie Le Pen  que par la protection du peuple libyen. D’autres vont gloser sur les premières frappes françaises survenues le 19 mars, la veille des élections cantonales du 20 mars. De tels soupçons feraient suspecter la position française de  » cynisme » de mauvais aloi.

 

Plus pertinents, me semble-t-il, les arguments qui consistent à rappeler que l’Occident n’a pas à s’immiscer dans les affaires arabes, que si la Libye n’avait pas de pétrole l’Occident n’aurait pas fait montre d’un même empressement, que  la démocratie ne s’exporte pas à coups de missiles, qu’il eût été plus judicieux de donner les moyens aux libyens pour se défendre eux-mêmes, qu’il appartient au peuple  libyen , avec l’aide de frères arabes, de  » faire sa révolution » et d’en assumer tous les risques , car comme dit le proverbe arabe  » qui veut du miel s’expose aux piqûres des abeilles« .

 

Ces arguments sont recevables et j’avoue, que moi-même, je suis assailli par le doute. Je crains que cette énième intervention occidentale en terre arabe (après la Somalie et l’Irak) n’apparaisse, dans le subconscient collectif, comme une ingérence insupportable- sous couvert d’intervention humanitaire- pendant que la Palestine continue à subir les affres de la colonisation et que d’autres pays pétroliers arabes – peu démocratiques – continuent à bénéficier du parapluie américain.

 

Sauf que dans le cas libyen, il ne s’agit pas d’une simple piqûre d’abeille, mais d’un massacre annoncé par un satrape sanguinaire qui ne lésine sur aucun moyen pour sauver son régime .

 

Maintenant que l’opération  » Aube de l’Odyssée » est engagée avec une participation symbolique arabe , mais  sous  un mandat explicite du Conseil de Sécurité , il a quelques écueils à éviter :  se laisser enliser dans un conflit de longue durée, se laisser griser par le « le feu d’artifice des missiles » qui pleuvent sur la Libye, chercher à installer en Libye un gouvernement qui  » plaise  » à l’Occident,  remplacer Kadhafi par un  » Karzai » libyen , appeler la coalition  » coalition occidentale » et non  » coalition internationale » , intervenir au sol  ou  offrir au monde le spectacle affligeant de dissensions entre les pays de la coalition. Cela n’exclut pas d’armer les rebelles et de les conseiller, à condition que ceux-ci s’engagent à ne pas les utiliser contre les  » civils »  du camp adverse et que les rebelles ne soient pas infiltrés par des activistes jihadistes.

 

La prudence est donc de mise. La Libye n’est pas l’Irak  et le droit d’ingérence ne doit pas se transformer en guerre préventive. Pour l’heure tout le monde dit respecter le mandat du Conseil de Sécurité sur la zone d’exclusion aérienne. Mais tout le monde s’accorde à reconnaître la légitimité des revendications du peuple libyen. Or une des principales revendications est le départ de Kadhafi, voire son jugement. On est donc en pleine ambigüité. Le Conseil de Sécurité n’appelle pas au changement du régime, mais le soutien aux revendications populaires libyennes y pousse.

 

Pour ma part, il serait impossible de s’extraire  de l’ornière libyenne sans le départ de Kadhafi. Toute négociation avec lui doit porter sur les modalités de son départ et non sur celles de son maintien. Car celui-ci est non seulement inconcevable, mais inconvenant. Ce serait une insulte au peuple libyen révolté, un désaveu de la communauté internationale, et un mauvais message pour les autres peuples arabes.

Nous savions ce que voulaient les peuples tunisiens et égyptiens : leurs slogans étaient explicites et modernes. Nous savons, grosso modo,  ce que veut le peuple libyen : se débarrasser de son  » guide » peu inspiré.  Mais quel est le programme du  » Conseil National de transition », quelle est sa composition, quel est son projet d’avenir pour la Libye, comment entend-il réconcilier les libyens, éviter la fragmentation du pays  et mettre en place un Etat digne de ce nom avec des institutions transparentes, une gouvernance économique, et une démocratie qui transcende les solidarités primordiales de type régional ou tribal ?

Sur toutes ces questions, nous sommes encore dans le flou. Cela amène certains observateurs à parler de  » révolution précoce« , car les jeunes révoltés sont  devenus « des insurgés et des rebelles », le face-à-face entre le peuple et le régime a tourné à la guerre civile et, pire, l’objectif final n’est pas garanti, car comme le dit Raymond Aron :  »  Ce sont les hommes qui font l’histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font« (cité par Alain Franchon, Bilan Stratégie, le Monde 2011)

 

 

Thursday 12 May

10h to 12h

The MEDEA Institute (European Institute for Research on Euro-Arab Cooperation) and
EGMONT – The Royal Institute for International Relations, in collaboration with
the Embassy of the Kingdom of Saudi Arabia in Brussels,

have the pleasure to invite you to a conference given by

Doctor Majid Al-Moneef
Governor of the Kingdom of Saudi Arabia to the OPEC

Saudi Arabia has for years dominated the global energy and especially the oil scene due to its reserves, production potentials, reliability and consistent production and pricing policies through most of the market turns. This role will continue into the next few decades as global oil demand patterns shift with the developing countries and the transportation sector dominating growth potentials. As supply from non-OPEC regions such as the European Union dwindle due to maturity of production, global demand for oil will be met by increasing supplies from the Middle East, most notably Saudi Arabia, and the consolidation of European energy interests towards this oil-rich part of the world.

With the participation of :

Ms. Marie-Pierre Fauconnier, Director General Energy, Belgian Ministry of Economy,  and
Mr. Köhler, Head of Cabinet of Commissioner for Energy G. Oettinger,  EU

Venue : Château de Val Duchesse, 259 boulevard du Souverain, 1160 Brussels

Working language : intervention in English ; questions/answers in English/French

Registration for this event is mandatory. As the number of seats is limited, participants will be selected on a first-come-first-serve basis, with priority given to participants active in the energy field. Please send your Registration form before Friday 06 May to: conferences@egmontinstitute.be

More information :

MEDEA Institute
T: 02/231 13 00
F: 02/231 06 46
Email: medea@medea.be
Square de Meeus, 24
1000 Brussels

EGMONT Institute
Tel : 02/223 41 14
F : 02/223 41 16
Email : conferences@egmontinstitute.be
Rue de Namur, 69, Naamsestraat
1000 Brussels

 

– Le ministre égyptien des Affaires étrangères : le passage frontalier avec Gaza sur le point d’être ouvert en permanence (Egypt FM: Gaza border crossing to be permanently opened)
28/04/2011 – Haaretz

Le ministre égyptien des Affaires étrangères a informé Al-Jazeera que des préparatifs sont déjà en cours pour ouvrir de façon permanente le passage frontalier de Rafah, entre l’Égypte et la bande de Gaza, ce qui permettrait aux marchandises et aux personnes d’entrer et sortir de la bande de Gaza sans contrôle israélien. Cette annonce montre qu’il y a un changement significatif dans la politique égyptienne à l’égard de la bande de Gaza, politique qui, avant l’insurrection en Égypte, était mise en œuvre conjointement avec Israël.

– Fatah et le Hamas: Les plaques tectoniques commencent à se déplacer (Fatah and Hamas: Tectonic plates start to shift)
29/04/2011 – Guardian

Le Hamas et le Fatah, les deux mouvements rivaux des Territoires palestiniens, se sont mis d’accord mercredi pour former un gouvernement d’union qui sera notamment chargé de fixer les prochaines échéances électorales. Cette réconciliation surprise intervient dans le contexte du printemps arabe mais aussi dans un contexte de blocage du processus de paix. Le Fatah était ressorti très affaibli de la publication des Palestine papers et avait de moins en moins confiance dans l’Administration américaine pour mener à une paix juste après le veto opposé à une résolution de l’ONU condamnant la colonisation. Le gouvernement israélien a fulminé face à la nouvelle qui risque bien de perturber le statu quo maintenu par Israël.

– Attentat à Marrakech : « A qui profite le crime ? »
28/04/2011 – Rue 89

L’attentat d’un ou plusieurs kamikazes a détruit le café Argana situé sur la Place emblématique Jemaa el-Fna au coeur de Marrakech, tuant au moins 16 personnes. Le moment de l’attentat est évidemment particulier : le Maroc, comme l’ensemble du monde arabe, fait face à une poussée démocratique d’une partie de la jeunesse. Aucune menace de recours à une violence terroriste n’avait été proférée par ces mouvements pro-démocratie, et l’attentat de Marrakech paraît plus susceptible d’entraver l’action des jeunes de la société civile regroupés au sein du « 20 février » plutôt que de l’aider.

– Berlusconi et Sarkozy veulent restreindre la libre circulation
27/04/2011 – L’Humanité

Lors du 29e sommet franco-italien hier à Rome, les deux gouvernements se sont accordés pour proposer une modification des accords abolissant les contrôles aux frontières au sein de l’UE. Berlusconi annonce des frappes en Libye.

– Yémen: Les forces du régime ouvrent le feu sur les manifestants rejettant le projet négocié par le CCG (Special from Yemen: Regime forces open fire on protesters rejecting GCC-brokered plan)
28/04/2011 – Al Masry al Youm

L’opposition a rendu jeudi le pouvoir yéménite responsable d’un « massacre sauvage », au lendemain de la mort de 13 manifestants à Sanaa, affirmant que le régime cherchait à torpiller la prochaine signature d’un accord de sortie de crise. Les monarchies arabes du Golfe ont élaboré un plan de sortie de crise et ont convié le pouvoir et l’opposition à sa signature à Ryad.

 

 

– Egypt FM: Gaza border crossing to be permanently opened
28/04/2011 – Haaretz

Egypt FM informed Al-Jazeera that preparations are already underway to permanently open the Rafah border between Egypt and Gaza, allowing goods and people to enter and exit Gaza without Israeli control. This announcement shows that there is a significant change in Egyptian policy towards the Gaza Strip, a policy that, before the insurgency in Egypt, was implemented in conjunction with Israel.

– Fatah and Hamas: Tectonic plates start to shift
29/04/2011 – Guardian

Hamas and Fatah, two rival movements of the Palestinian Territories, have agreed Wednesday to form a unity government whose responsibilities will include to organize the upcoming elections. This surprising reconciliation comes in the wake of the Arab spring but also in the context of a deadlocked peace process. Fatah has been greatly weakened by the publication of Palestine papers and has less confidence in the American administration to lead to a fair peace after they vetoed a UN resolution condemning colonization. The Israeli government has railed against the news which may well disrupt the status quo maintained by Israel.

– Attack in Marrakech: « Who benefits? » (Attentat à Marrakech : « A qui profite le crime ? »)
28/04/2011 – Rue 89

The bombing of one or more suicide bombers destroyed the pub Argana located on Jemaa el Fna Square in the heart of Marrakech, killing at least 16 people. The timing of the attack is obviously particular: Morocco, as the whole Arab world, faces a Democratic push from a part of the youth. No threat of use of terrorist violence had been uttered by the pro-democracy movements, and the bombing of Marrakech seems more likely to hinder the work of young civil society gathered in the « February 20 » instead than help.

– Berlusconi and Sarkozy want to restrict free movement (Berlusconi et Sarkozy veulent restreindre la libre circulation)
27/04/2011 – L’Humanité

During the 29th Franco-Italian summit in Rome yesterday, the two governments agreed to propose a modification of the agreements abolishing border controls within the EU. Berlusconi announces keystrokes in Libya.

– Special from Yemen: Regime forces open fire on protesters rejecting GCC-brokered plan
28/04/2011 – Al Masry al Youm

The opposition has accused Thursday the Yemeni government of a « savage massacre » after the death of 13 demonstrators in Sanaa claiming that the regime sought to derail the forthcoming signing of an agreement to end the crisis. Gulf Arab monarchies have developed a plan to end the crisis and challenged the government and opposition to its signing in Riyadh.

 

 

Cette dernière semaine a vu la révolte en Syrie s’accélérer. Le peuple syrien demande légitimement des réformes politiques après 48 ans de domination du parti Baas. Pour rappel, ce parti, dominé par la minorité alaouite dont est issu Bachar El Assad mais dont on ne connaît pas vraiment la composition de sa direction ni le programme, a mis le pays sous tutelle depuis 48 ans. Les protestations, démarrées à Deraa, n’ont pas pu être endiguées par le pouvoir et se sont désormais propagées à tout le pays. Personne ne peut prédire pour l’heure la suite des événements.

Le régime pensait pouvoir éteindre l’étincelle par des méthodes éculées et totalement inefficaces. Tout en  interdisant l’accès du pays aux médias étrangers, le régime a d’abord commencé une campagne de désinformation qui paraît tellement absurde aujourd’hui: minimisation des manifestations, imputations de celles-ci à des « terroristes extrémistes » et des « agents étrangers ». Ensuite,  des réformes de façade ont été opérées. Celles-ci concernent l’abolition de l’état d’urgence en place depuis près d’un demi siècle – sans toute fois avoir adopter une nouvelle législation sur la sécurité – et le droit de manifester pacifiquement sous certaines conditions telles que l’accord du ministère de l’intérieur.

Ces premières méthodes n’ont pas calmé les demandes légitimes de réforme et Bachar El Assad, à l’instar du colonel Khadafi, a donc choisi la répression brutale pour tenter d’éteindre l’incendie. Depuis le début de la répression, 450 personnes ont déjà perdu la vie. Le cycle de la violence semble désormais incontrôlable car chaque mort entraine des funérailles, chaque funérailles de nouvelles manifestations et chaque manifestation de nouveaux morts.

De son côté, la communauté internationale ne semble pas vouloir prendre encore la mesure de la répression et il semble que son intervention ne dépassera pas les condamnations verbales et les sanctions économiques. Une résolution du Conseil de Sécurité, telle que la résolution 1703 autorisant l’usage de la force en Libye, semble en effet improbable à ce stade-ci. La Chine et la Russie ne se laisseront en effet plus convaincre.

Cependant, cette répression n’assuerera pas la pérennité du régime de Bachar El-Assad à moyen terme. En effet,  des défections au sein de son propre camp apparaissent – 230 cadres du parti Baas ont démissionné pour protester contre les violences du régime envers les citoyens – et l’armée, bien qu’encadrée par des alaouites, est principalement composée de conscrits, donc de sunnites, majoritaires en Syrie. Celle-ci pourrait donc, comme en Egypte, changer de camp.

Le salut du peuple syrien viendra-t-il d’un retournement de l’armée ? On peut que le souhaiter car elle ne viendra sans doute pas de la communauté internationale ou des occidentaux.  Le futur de la Syrie reste donc très incertain et la seule chose que l’on peut prédire à l’heure actuelle est que la crise sera soit longue, soit sanglante.

Geoffroy d’Aspremont

 

 

par Mohammed Solimani
Docteur en Droit public

 

Une des constantes du régime du colonel  Kadhafi  depuis son arrivée  au pouvoir  en 1969  est sa propension à se faire des ennemis. Tout au long de ses quatre décennies à la tête de l’État libyen, le sulfureux Colonel s’en est pris militairement à ses voisins et à certains pays occidentaux. En 1977, il engage les armes contre l’Égypte de Sadate. Quelques  années  plus tard, l’armée  libyenne attaque le Tchad, menaçant par le fait même les intérêts français dans la région. De plus, Kadhafi est accusé d’avoir commandité deux attentats terroristes contre deux avions civils à la fin des années 1980 : le premier contre le Boeing 747-100 de la compagnie Pan Am qui tua 270 personnes et le second contre le vol DC10 de la compagnie UTA qui causa 170 victimes. Parallèlement, depuis plusieurs décennies, la Libye  finance  des rébellions et des mouvements indépendantistes dans plusieurs régions du monde. Dès lors, plus d’un pays s’est réjoui de la rébellion déclenchée le 15 février 2011 afin de renverser le régime de Kadhafi.

Contrairement aux exemples tunisien et égyptien, la révolte  qui  secoue  la  Libye prend dès le départ une dimension d’insurrection armée. La rébellion gagne très vite du terrain. Les médias et les spécialistes les mieux avisés s’attendent à la chute imminente de la capitale libyenne et du pouvoir de Kadhafi. Or, de manière spectaculaire et dès le début du mois de mars, l’armée officielle reprend une par une les villes tombées quelques semaines plus tôt entre les mains des insurgés, pour arriver enfin, le 15 mars, aux portes de la « capitale » des rebelles, Benghazi. Que s’est-il passé en quelques jours pour que les troupes du colonel Kadhafi reprennent l’initiative de l’offensive ? Il est certain que la puissance de feu ainsi que la brutalité des bombardements y sont pour beaucoup. Néanmoins, la structure tribale du pourvoi libyen explique le reste.

La région de la Cyrénaïque et sa capitale Benghazi sont sous le contrôle de la tribu des Warfala, anciennement liée à la monarchie libyenne des Senoussis et renversée par le coup d’État de Kadhafi. Voilà pourquoi les insurgés adoptent le drapeau monarchique rouge, noir et vert. Par ailleurs, le noyau dur de l’armée libyenne est formé des membres de la tribu des Megharha, restée fidèle au pouvoir en place. Ainsi, la révolte de départ s’achemine rapidement vers une guerre civile sanglante, appelée à durer.

C’est dans ce contexte que des voix de plus en plus pressantes dans le monde occidental et dans le monde arabe en appelant à une intervention militaire pour protéger les civils libyens, victimes des bombardements de Kadhafi. Le prétexte humanitaire est dès lors la meilleure arme pour venir à bout du régime de Tripoli. Les insurgés qu’on a très vite assimilés à des combattants de la liberté présentent quelques particularités qui contredisent cette assertion.

À la tête du Comité national de transition (CNT) qui représente les forces rebelles, l’on retrouve Mustafa Abdeljalil. Ce dernier a longtemps servi le Colonel et fut ministre de la Justice jusqu’en février 2011. D’autres hauts dignitaires du CNT, notamment les dizaines d’ambassadeurs qui ont démissionné au cours de la révolte, furent de loyaux serviteurs du régime dictatorial de Kadhafi. Une partie de cette intelligentsia qui dirige le CNT est formée de résistants de dernière minute impliqués dans les exactions du régime de Kadhafi.

Il semble néanmoins que, pour une partie de la communauté internationale, ce passé ne pose pas de problème particulier. On préfère ne pas trop y faire allusion, car le CNT représente une alternative politique à un homme qu’il faut à tout prix dégommer. Mieux encore, c’est à la suite des appels du CNT pour l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne que la France fera campagne afin que ce souhait se réalise. Dès lors, la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, votée le 15 février 2011, n’est que plus légitime puisqu’elle est revendiquée par l’opposition libyenne. La position jusqu’au-boutiste de la France s’articule autour de conceptions et de considérations déterminées par une logique politique intérieure et géopolitique nord-africaine.

Pour autant, durant les premiers jours de l’insurrection libyenne, Alain Jupé, nouveau ministre des Affaires étrangères, se montre pour le moins hésitant quant à une intervention militaire française. Paris  espère encore que l’insurrection viendra à bout du Colonel, comme le déclare Jupé à la télévision de TF1 le 1er mars dernier : « Avant d’en arriver là, nous essayons d’accentuer les pressions pour faire tomber Kadhafi, il va tomber, il tombera, parce qu’il est déjà isolé dans Tripoli » (AFP, 2 mars 2011). Le renversement de la situation sur le front militaire en Libye, au profit des forces fidèles à Kadhafi, aboutira à une remise en cause de la position initiale de la France. Désormais, Paris défendra sans faille une intervention de la communauté internationale en Libye et sera la première nation à reconnaître le CNT comme seul représentant légitime du peuple libyen.

Depuis le déclenchement de la révolte tunisienne en décembre 2010, la prédominance des intérêts français en Afrique du Nord est nettement remise en question. La chute du régime de Ben Ali, allié indispensable de la France dans cette région, représente une catastrophe pour l’ensemble de la diplomatie française. Plus important encore, le Quai d’Orsay semble avoir été complètement  dépassé  par  les événements en Tunisie. Il a fallu attendre les derniers jours du régime de Ben Ali pour que la France dénonce timidement les violences gouvernementales en Tunisie. Cette attitude sera fortement critiquée des deux côtés de la Méditerranée.

La collusion de l’ancienne ministre française des Affaires étrangères avec Ben Ali et son entourage en a choqué plus d’un. Et ce n’est qu’après  plusieurs semaines de tergiversation que Michelle Alliot Marie présente sa démission. L’image de la France en Tunisie, et plus généralement dans le monde arabe, en sort particulièrement détériorée. Dès lors, il fallait au gouvernement Sarkozy une opportunité afin de redorer son blason de l’autre côté de la Méditerranée. Quoi de mieux qu’une intervention véhémente de la France pour la démocratie en Libye !

La fronde populaire à l’encontre du pouvoir français et de sa gestion de la crise tunisienne atteint même le milieu diplomatique hexagonal. Dans une tribune anonyme écrite dans Le Monde, intitulé « La voix de la France a disparu dans le monde », certains diplomates reprochent à la présidence Sarkozy son manque de discernement concernant la Tunisie : « La politique suivie à l’égard de la Tunisie ou de l’Égypte a été définie à la présidence de la République sans tenir compte des analyses de nos ambassades. C’est elle qui a choisi MM. Ben Ali et Moubarak comme “piliers sud” de la Méditerranée » (Le Monde, 22 février 2011).

Plus globalement, cet appel s’en prend aux choix stratégiques en matière de politique étrangère du gouvernement Sarkozy. Aujourd’hui, ralliés aux États-Unis comme l’a manifesté son retour dans le commandement intégré de l’OTAN, Paris à perdu la neutralité,  la visibilité et la capacité de manœuvre diplomatique. » Or, la conduite de l’État français quant à la crise en Libye participe pleinement à cette stratégie critiquée par le groupe de diplomates français. Dans ce cadre, le partenariat stratégique avec l’Allemagne semble avoir volé en éclats. Berlin a décidé de ne pas s’impliquer dans la crise libyenne et les partenaires de la France dans cette aventure belliqueuse ne sont autres que Londres et Washington.

Néanmoins, Paris avait promis de n’intervenir en Libye qu’avec l’approbation de la Ligue arabe, ainsi qu’avec la participation de pays arabes aux opérations militaires. Si la Ligue arabe a accepté dans un premier temps l’idée d’une zone d’exclusion aérienne, elle condamne dans un deuxième temps, par la voix de son secrétaire général, l’Égyptien Amr Moussa, l’usage de la force à l’encontre de la Libye qui va au-delà de la simple zone d’exclusion aérienne (AP, 20 mars 2011). À son tour, l’Union africaine emboîte le pas à la Ligue arabe et se déclare hostile à toute campagne militaire à l’encontre d’un de ses membres, en l’occurrence la Libye. Ceci pose la question des objectifs du leadership français et de ses alliés occidentaux.

La résolution 1973 de l’ONU exige le respect d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye ainsi que la protection des civils. Or, il paraît que les objectifs de la France vont au-delà de ceux qui sont assignés par la résolution, comme l’affirme Alain Jupé : « Ce n’est pas inscrit dans la résolution du Conseil de sécurité qu’il doit s’en aller. Mais il est bien évident, ne racontons pas d’histoires, que le but de tout cela est de permettre au peuple libyen de choisir son régime » (20 minutes, 20 mars 2011). Ce peu de discernement dans l’application de la résolution 1973 invite la Russie et la Chine à critiquer à leur tour les frappes franco-anglo-américaines. Ainsi, c’est bien sous la bannière de l’OTAN, sans toutefois s’y référer explicitement, que l’attaque de la Libye, sous le haut patronage de la France, se déroule.

Finalement, en se penchant sur la politique intérieure française, on comprend mieux certaines finalités de cette entreprise sarkoziste. Habitué à gouverner grâce au sondage, le Président français a vite compris qu’il existe un consensus gauche/droite en ce qui a trait à l’intervention française dans la crise libyenne. Dans un entretien accordé au journal Libération le 21 mars 2011, Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de Gauche et critique virulent du chef de l’État français, est beaucoup plus complaisant dès qu’il s’agit de l’intervention en Libye. À la question posée par le journaliste, à savoir « comment jugez-vous l’attitude de Nicolas Sarkozy dans le dossier libyen ? », Jean-Luc Mélenchon répond : « La politique menée est conforme à l’intérêt de la France : être lié avec le monde maghrébin. » Plus encore, la grande majorité des journaux français appuie les demandes françaises d’ingérence humanitaire dans les affaires de la Libye. Avec sa posture de grand défenseur des droits humains, Sarkozy espère se faire une petite popularité qui, ces derniers mois, était au plus bas.

Comme dans divers dossiers traités par le gouvernement Sarkozy ces dernières années en matière de politique étrangère, l’intervention française en Libye se caractérise par une absence de stratégie à long terme. Le bombardement de la Libye a déclenché une vague de protestation dans le monde arabe. Conséquemment, l’image de la France dans la région ne pourra qu’en souffrir dans un futur proche. La France s’est vite réjouie de l’appui politique que lui ont apporté les pays représentés à l’intérieur du Conseil de coopération du Golfe.

Plus encore, pour Paris, la présence du Qatar dans la coalition militaire anti-Kadhafi est un signe de la pleine participation du monde arabe aux opérations militaires. Toutefois, ces mêmes pays du Conseil de coopération du Golfe, notamment le Qatar, participent actuellement et directement à la répression sanglante de l’opposition bahreïnie. Le printemps arabe a bien démontré que les peuples arabes ne sont pas dupes du rôle joué par certains pays occidentaux, et en premier lieu par la France, dans le maintien de certains dictateurs ; le cas de Ben Ali en est l’exemple. Les intérêts d’une intervention française dépassent dès lors le simple prétexte de la défense du peuple libyen face à une tyrannie.

Le moyen  le  plus  approprié  pour Paris de regagner  la confiance de l’opinion  publique  arabe est de chercher à soutenir  toute action visant à renforcer l’opposition libyenne. Sous cet angle, la réception le 20 Avril de Moustafa Abdeljalil le président du Conseil  national de transition (CNT) à l’Elysée pour demander une intensification des frappes aériennes de la coalition, traduit  pleinement cette ligne de conduite  française.

Demande  très  rapidement acceptée  par le chef d’Etat  français  en  promettant non seulement des frappes intensifiées, mais également l’envoi de conseillers militaires auprès du quartier général du CNT  à Benghazi, afin de prodiguer  au CNT  des  conseils  d’ordre  essentiellement techniques, logistiques et organisationnels  pour  aider à renforcer la protection des populations civiles et améliorer la distribution de  l’aide  humanitaire  et  médicale.

Estimant avec optimisme que Kadhafi doit quitter le pouvoir, la France a pris l’initiative de reconnaître l’organisation des opposants, le Conseil national libyen, le considérant comme « le seul mécanisme légal qui représente le peuple libyen », mais aussi d’envoyer des conseillers militaires à Benghazi, et même d’envisager une prochaine visite de Nicolas Sarkozy dans cette ville.

Vu sous l’angle des intérêts nationaux français en prévision de cette échéance, il est irrécusable que, contrairement à l’épisode tunisien ou égyptien, Sarkozy a habilement positionné la France sur l’affaire libyenne en la faisant apparaître comme l’acteur international  le plus déterminé dans le soutien à l’insurrection populaire contre El-Kadhafi et son régime. Au point que c’est cette France que les insurgés libyens applaudissent et envers laquelle ils se disent redevables de l’intervention internationale qui a desserré d’eux l’étau meurtrier des forces armées fidèles au dictateur. Un prestige et une sympathie que Paris ne manquera pas d’exploiter pour asseoir et conforter sa présence multiforme en Libye après la chute inéluctable de Kadhafi et de son régime.

 

 

 

Alors que Mahmoud Abbas était reçu ce jeudi par son homologue français,  Nicolas Sarkozy, le débat est relancé sur la reconnaissance internationale d’un Etat de Palestine. Le porte-parole de la France auprès de Nations-Unies a  en effet déclaré que cette question était régulièrement abordée au sein des institutions européennes, et beaucoup désigne la prochaine Assemblée Générale des Nations-Unis comme une éventuelle date butoir. Néanmoins alors les soutiens à cette initiative se multiplient, la question de la pertinence de cette reconnaissance doit néanmoins être posée.

A la fin de l’année 2010, l’actualité internationale avait été marquée par la reconnaissance par de nombreux pays d’Amérique latine d’un Etat de Palestine au sein des frontières de 67. La démarche provient d’une demande de l’Autorité palestinienne et semble s’inscrire en soutien au projet du Premier ministre Salam Fayyad de l’établissement de facto d’un Etat palestinien en 2011.

Cette semaine, une opinion parait par ailleurs dans Al Jazeera et avance des arguments contre les plans de l’Autorité palestinienne. Ali Abunimah, co-fondateur du site d’information en ligne The Electronic Intifada, n’y voit rien de moins qu’ « une stratégie du désespoir de la part d’une direction palestinienne qui a épuisé toutes ses options, a perdu sa légitimité, et est devenue un obstacle sérieux sur la voie des Palestiniens pour reconquérir leurs droits ». Comme il le souligne, des Etats indépendants comme le Liban et la Syrie n’ont pas davantage réussi à entrainer une quelconque pression sur Israël. D’autre part, reconnaitre un Etat embryonnaire et fragmenté telle que se trouve aujourd’hui la Palestine, s’apparente selon lui à la reconnaissance des bantoustans sud-africains, et risque de desservir la lutte de la population palestinienne pour le recouvrement de ses droits.

Les arguments d’Ali Abunimah sont certes convaincants, mais une envie demeure de conserver l’élan diplomatique à l’œuvre. L’UE s’apprête en effet peut-être à prendre une initiative en ce qui concerne le processus de paix. Ne la décourageons pas, mais forçons là à se poser la question du pourquoi et de l’après. Reconnaitre l’Etat palestinien, très bien, mais pour quoi faire ? Et après, l’UE se rendormira-t-elle sur ses lauriers, contente des avancées de sa politique étrangère ? Si tel est le cas, qu’elle préserve s’il vous plait les Palestiniens, et refuse de reconnaitre l’ « Etat de Palestine ». Il est en effet nécessaire qu’une telle démarche s’assortisse de son pendant logique, c’est-à-dire de pressions sur le gouvernement israélien afin que celui-ci procède au démantèlement de toutes les colonies, ainsi que du mur construits au-delà de la Ligne verte.

Nathalie Janne d’Othée

 

 

While Mahmoud Abbas was received Thursday by his French counterpart, Nicolas Sarkozy, the debate on the international recognition of a State of Palestine resumed. The spokesman of France to the United Nations said yesterday that the issue was regularly discussed within the European institutions, and many are the ones who point to the next General Assembly of the United Nations as a possible deadline. However while the number of supporters of this initiative is increasing, the question of the relevance of this recognition must still be asked.

At the end of 2010, international news was marked by the recognition by many countries in Latin America of a Palestinian state within the ’67 borders. The initiative came from a request by the Palestinian Authority and seemed to be aimed at supporting the Prime Minister Salam Fayyad’s project of the establishment de facto of a Palestinian state in 2011.

This week, an opinion published on Al Jazeera arguing against the plans of the Palestinian Authority. Ali Abunimah, co-founder of the online news site The Electronic Intifada, sees nothing less than  » a strategy of desperation from a Palestinian leadership that has run out of options, lost its legitimacy, and become a serious obstacle in the way of Palestinians regaining their rights ». As he points out, independent states like Lebanon and Syria did not lead more successfully to any pressure on Israel. On the other hand, recognizing a fragmented and embryonic state as Palestine is today, is, according to him, similar to the recognition of South African Bantustans, and may serve the struggle of the Palestinian people to recover their rights.

Ali Abunimah’s arguments are certainly persuasive, but still the will is there to keep the diplomatic momentum to the work. EU prepares indeed perhaps to take an initiative regarding the peace process. Let us not discourage this, but let us force it to ask the “why” and “what after” questions. To recognize the Palestinian state, fine, but what for? And after will the EU go back to rest on its laurels, content with the progress of its foreign policy? If this is the case, please let it preserve the Palestinians and refuse to recognize the « State of Palestine ». Such a move must indeed be accompanied by his matching policy, which means to put pressures on the Israeli government in order for it to proceed to the dismantling of all settlements and the wall built beyond the Green Line.

Nathalie Janne d’Othée

 

 

Des notes secrètes exposent le lien entre les compagnies pétrolières et l’invasion en Irak(Secret memos expose link between oil firms and invasion of Iraq) 19/04/2011 – The independent

L’enjeu pétrolier refait surface dans l’analyse de l’intervention en Irak en 2003. Des notes secrètes publiées au Royaume Uni démontrent que des négociations ont eu lieu dès 2002 entre les grandes compagnies pétrolières mondiales et les ministres du gouvernement britannique afin de déterminer des plans d’exploitation des réserves irakiennes de pétrole.

L’état d’urgence levé en Syrie 19/04/2011 – Le Figaro

Mardi, le gouvernement Syrien a approuvé un projet de loi pour l’abrogation de la loi d’urgence, en vigueur depuis 1963 et restreignant notamment la liberté de réunion. Dans un communiqué de presse publié avant l’annonce de la levée de l’état d’urgence, le ministère de l’intérieur syrien avait demandé aux citoyens de s’abstenir de manifester en rappelant la détermination du gouvernement à poursuivre la lutte contre la révolte armée.

Libye: «L’envoi de conseillers est un signe que le conflit va durer plus longtemps que prévu» 21/04/2011 – Libération

Pour sortir de l’enlisement en Lybie, les membres de la coalition de l’OTAN ont annoncé l’envoi de conseillers militaires au sol qui doivent aider les rebelles à s’organiser sur le terrain. Ce choix est interprété et expliqué par Bastien Irondelle, spécialiste des questions de défense et sécurité en Europe.

Les rivaux organisent des manifestations au Yemen(Rivals hold protests in Yemen) 22/04/2011 – Al Jazeera

Le Président du Yémen, Ali Abdullah Saleh a accepté ce matin le plan du Conseil de coopération du Golfe « dans le cadre de la Constitution yéménite » selon laquelle le mandat de 5 ans du président expire en 2013. Les yéménites sont descendus dans les rues manifester contre le plan du CCG et demandant la démission immédiate du Président Saleh dans ce « vendredi de la dernière chance. »

Les pays européens songent à reconnaître un Etat palestinien 22/04/2011 –La Libre Belgique

Pour répondre à la paralysie actuelle des négociations et afin de relancer le processus de paix sur la base de paramètre internationaux clairs et connus, les pays européens envisagent de porter les aspirations palestiniennes et de reconnaître un Etat palestinien, même en l’absence d’accord entre les deux parties.

 

 

Secret memos expose link between oil firms and invasion of Iraq 19/04/2011 – The Independent

The oil issue resurfaced in the analysis of the intervention in Iraq in 2003. Secret memos published in the United Kingdom demonstrate that discussions between world’s largest oil companies and government ministers took place since 2002 to determine plans to exploit Iraq’s oil reserves.

Syria lifts the state of emergency(L’état d’urgence levé en Syrie) 19/04/2011 –Le Figaro

On Tuesday, the Syrian government approved a bill to repeal the emergency law, in force since 1963, restricting freedom of assembly. In a press release issued before the announcement of the lifting of emergency rule, the Syrian Interior Ministry asked citizens to refrain from manifesting by reminding the government’s determination to continue the fight against armed revolt.

Libya: “the sending of counsellors is a sign that the conflict will last longer than planned (Libye: «L’envoi de conseillers est un signe que le conflit va durer plus longtemps que prévu»”) 21/04/2011 – Libération

To break the stalemate in Libya, members of the NATO coalition announced the dispatch of military advisers which should help the rebels to organise themselves. This choice is interpreted and explained by Bastien Irondelle, expert in European security and defence policies.

Rivals hold protests in Yemen 22/04/2011 – Al Jazeera

The President of Yemen, Ali Abdullah Saleh accepted this morning the Gulf Cooperation Council plan « in the context of the Yemeni Constitution » which determines that the 5 year mandate’s term will expire in 2013. Yemenis took to the streets to demonstrate against the GCC   plan and to ask for the immediate resignation of President Saleh in this « last chance Friday. »

European countries envisage recognising a Palestinian state(Les pays européens songent à reconnaître un Etat palestinien)
22/04/2011 – La Libre Belgique

In order to respond to the current paralysis of the negotiations and to revive the peace process on the basis of clear and known international settings, European countries are planning to carry Palestinian aspirations and recognize a Palestinian state, even in the absence of an agreement between the two parties.