15/04/2011

Kadhafi dégage!

Il est très difficile à l’heure actuelle de prévoir tant la longueur  que l’issue de la crise libyenne. Sur le terrain, la situation militaire reste très incertaine et les risques d’un enlisement sont de plus en plus réels alors que, sur la scène internationale, les acteurs impliqués – principalement les pays de l’OTAN et Qatar soutenus par le secrétaire général des Nations-Unies – ont eu du mal à s’accorder lors de leur réunion à Doha sur les différentes options militaires envisageables dans le cadre de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies pour sortir de la crise.

Dans le même temps, une résolution pacifique du conflit semble de plus en plus improbable et la crise a désormais atteint un point de non retour. Comme l’ont souligné Messieurs Sarkozy, Cameron et Obama, « la Libye n’a pas d’avenir avec Kadhafi ». On peut discuter pendant des heures si cette déclaration, comme la proposition d’armer ou de financer directement les rebelles, sort du cadre de la résolution de l’ONU, le départ de Kadhafi semble en effet la solution la meilleure et la plus réaliste pour l’avenir de la Libye et de son peuple.

En effet, même si on ne connaît pas encore tout du « Comité National de Transition » et de ses intentions, il paraît utile de rappeler brièvement que le bilan des 42 années de règne sans partage du colonel Kadhafi est tout à fait catastrophique, que ce soit en terme de droits de l’homme, de libertés individuelles et collectives, de développement économique ou de politique extérieure – il a soutenu longtemps le terrorisme international, envahi le Nord du Tchad et aidé militairement Amin Dada.

Rien que pour ces raisons, toute la communauté internationale doit renoncer à soutenir l’incontrôlable Kadhafi, tant les pays arabes, africains que les BRICs. La Ligue Arabe, qui avait approuvée en premier lieu la résolution onusienne, s’est rétractée par la voix de son président Amr Moussa, et seul le Qatar participe à la coalition internationale qui applique la résolution 1973.

Les autres pays arabes, même ceux qui sont dans un processus de transition démocratique, devraient en faire autant, comme ils l’avaient fait lors de la première guerre du Golfe vis-à-vis de Saddam Hussein. Il leur incombe en effet de prendre une part bien plus active dans la résolution du conflit libyen et donc agir dans le sens d’un départ de Kadhafi afin d’éviter qu’une guerre civile sanglante s’éternise à leur porte. De même certains pays africains doivent absolument rappeler les mercenaires envoyés en Libye pour aider Kadhafi en échanges de ses largesses.

La présence de ces pays dans la coalition isolerait encore plus Kadhafi et lui interdirait de présenter cette offensive internationale comme une volonté occidentale de prendre le contrôle les ressources libyennes en hydrocarbures.

Privé de soutien extérieur, son isolement ne peut qu’encourager les défections dans son propre camp et donc favoriser son départ. Malheureusement une bête blessée est toujours dangereuse, et, quelques soient les options choisies par les uns et les autres, le bain de sang promis par Kadhafi reste envisageable.

Geoffroy d’Aspremont