08/04/2011

Réfugiés de Lampedusa: un test de solidarité européenne

Dans un article du New York Times publié en 2004, Graham Watson, membre britannique du Parlement européen, présentait l’arrivée de réfugiés au port de Lampedusa comme la scène d’un véritable challenge humaniste pour l’UE, en insistant que les droits de l’homme, inhérents aux valeurs et principes fondamentaux de l’Europe, ne peuvent être considérés autrement pour toute personne d’un pays tiers. Au vu des récentes vagues de réfugiés aux portes sud de l’UE cherchant à fuir l’instabilité en Afrique du Nord, un véritable challenge se présente donc à nous, européens. Mais l’Europe est-elle prête à affronter les sacrifices politiques et financiers qu’impliquent le bon traitement de réfugiés et à faire preuve d’une solidarité suffisante pour préserver les valeurs libérales et humanistes sur lesquelles la culture des droits de l’homme en Europe a été construite?

La réaction immédiate des États membres à l’encontre des afflux soudains de réfugiés est particulièrement inquiétante. A titre d’exemple, certains pays membres au sein de l’espace Schengen s’opposent ouvertement à la délivrance de droits de séjour temporaires aux réfugiés tunisiens arrivés depuis le début des révolutions arabes. Le retour de centaines de réfugiés tunisiens arrivés par l’Italie par les forces de police française aux portes de la petite ville italienne de Vintimille à quelques kilomètres de la frontière a récemment entaché les relations diplomatiques franco-italiennes, malgré qu’un traité bilatéral accorde automatiquement à la France le droit de repousser à la frontière les migrants en provenance d’Italie. Bien que les pressions électorales et des popularités politiques en ruine aident à nourrir dans ce cas les décisions contestées des leaders français et italiens, ces divergences nationales démontrent un réel manque de solidarité et d’efforts communs pour établir une approche purement européenne des questions d’asile et de réfugiés.

Bien que le traité de Lisbonne ait ouvert la voie à l’adoption d’une loi d’asile et d’immigration de l’UE par le Conseil et le Parlement européens permettant la mise en avant de certains éléments du programme de Tampere ratifié en 1999, l’Europe reste bien loin de ses ambitions en terme de l’application des droits de l’homme aux récentes demandes d’asile. En 1999 à Tampere, les Etats Membres avaient en effet poussé pour la mise en œuvre de normes européennes communes pour les politiques d’asile et de réfugiés; néanmoins, à ce jour, les politiques nationales restent trop souvent incompatibles au sein de l’Europe et excessivement dictées par les priorités de chaque Etat Membre.

L’arrivée soudaine de réfugiés nord africains a mis une nouvelle fois le doigt sur les lacunes de l’Europe à réagir comme un acteur international crédible. Il est crucial que l’Europe se force à répondre aux besoins humanitaires engendrés par les développements en région méditerranéenne si elle est souhaite rétablir une certaine crédibilité internationale et, avant tout, prouver que l’Europe reste solidaire avec ceux luttant pour la démocratie.

 

Andrew Bower