29/04/2011

Un futur incertain pour la Syrie

Cette dernière semaine a vu la révolte en Syrie s’accélérer. Le peuple syrien demande légitimement des réformes politiques après 48 ans de domination du parti Baas. Pour rappel, ce parti, dominé par la minorité alaouite dont est issu Bachar El Assad mais dont on ne connaît pas vraiment la composition de sa direction ni le programme, a mis le pays sous tutelle depuis 48 ans. Les protestations, démarrées à Deraa, n’ont pas pu être endiguées par le pouvoir et se sont désormais propagées à tout le pays. Personne ne peut prédire pour l’heure la suite des événements.

Le régime pensait pouvoir éteindre l’étincelle par des méthodes éculées et totalement inefficaces. Tout en  interdisant l’accès du pays aux médias étrangers, le régime a d’abord commencé une campagne de désinformation qui paraît tellement absurde aujourd’hui: minimisation des manifestations, imputations de celles-ci à des « terroristes extrémistes » et des « agents étrangers ». Ensuite,  des réformes de façade ont été opérées. Celles-ci concernent l’abolition de l’état d’urgence en place depuis près d’un demi siècle – sans toute fois avoir adopter une nouvelle législation sur la sécurité – et le droit de manifester pacifiquement sous certaines conditions telles que l’accord du ministère de l’intérieur.

Ces premières méthodes n’ont pas calmé les demandes légitimes de réforme et Bachar El Assad, à l’instar du colonel Khadafi, a donc choisi la répression brutale pour tenter d’éteindre l’incendie. Depuis le début de la répression, 450 personnes ont déjà perdu la vie. Le cycle de la violence semble désormais incontrôlable car chaque mort entraine des funérailles, chaque funérailles de nouvelles manifestations et chaque manifestation de nouveaux morts.

De son côté, la communauté internationale ne semble pas vouloir prendre encore la mesure de la répression et il semble que son intervention ne dépassera pas les condamnations verbales et les sanctions économiques. Une résolution du Conseil de Sécurité, telle que la résolution 1703 autorisant l’usage de la force en Libye, semble en effet improbable à ce stade-ci. La Chine et la Russie ne se laisseront en effet plus convaincre.

Cependant, cette répression n’assuerera pas la pérennité du régime de Bachar El-Assad à moyen terme. En effet,  des défections au sein de son propre camp apparaissent – 230 cadres du parti Baas ont démissionné pour protester contre les violences du régime envers les citoyens – et l’armée, bien qu’encadrée par des alaouites, est principalement composée de conscrits, donc de sunnites, majoritaires en Syrie. Celle-ci pourrait donc, comme en Egypte, changer de camp.

Le salut du peuple syrien viendra-t-il d’un retournement de l’armée ? On peut que le souhaiter car elle ne viendra sans doute pas de la communauté internationale ou des occidentaux.  Le futur de la Syrie reste donc très incertain et la seule chose que l’on peut prédire à l’heure actuelle est que la crise sera soit longue, soit sanglante.

Geoffroy d’Aspremont