These past few months, the major powers seemed abashed in front of the revolutions taking place in the Arab world. The extreme caution taken in withdrawing their support from dictators as Mubarak and Ben Ali brought them a severe loss of credibility in an area where it was already not very high.  The four and a half months that passed since the fall of the Tunisian leader finally allowed the powerful of this world to get their senses back. Announcements of policy changes and support to democratization have followed each other these past two weeks … Without convincing.

Obama was the first Thursday, May 19, to promise support for political reforms towards democracy, but also aid to an economic development needed to sustain these reforms. The message of the United States is clear: “If you take the risks that reform entails, you will have the full support of the United States « .

On the European side, Lady Ashton had already issued the draft of a reform of European policy in the Mediterranean on March 8. This week, the External Action Service issued a communication on « a new response to a changing neighborhood« .  Again the message is clear: « The reinforcement of EU support to its neighbors is conditional. It will depend on progress regarding the establishment and consolidation of democracy and the respect for the rule of law.  »

The G8 meeting in Deauville has finally provide Arab countries with democratic reform undertaken by some $ 40 billion of aid, $ 20 billion in bilateral aid and $ 10 billion that will be injected through multilateral banks.

Those are as many good intentions declarations but that do nothing to revolutionize approaches at work to date. Behind the support of the EU – as it is the instance we are interested first and foremost – to democratic reforms, we continue to read the need for security with migration control and counterterrorism. Where indeed are the guarantees of a conditionality based on democratization and respect for human rights, rather than on strengthening the security apparatus of these states?

The EU must also pass another test of credibility: Will she be able to apply that principle equally to all its neighbors? It is indeed easy to talk a posteriori about the « dictators » Ben Ali and Mubarak when they were the « privileged partners » of the EU a few months ago. The EU sanctioned Gaddafi easily, but is it ready to impose the same sanctions for Moroccan abuses in Western Sahara or for Israeli war crimes and crimes against humanity committed in Gaza for instance?

We know it, if the EU is very good at issuing broad statements of principles, it is much weaker to implement them. The Tunisian and Egyptian revolutions are now experiencing difficult transitional phases. The democratic impulse is strong, but the obstacles are manifold. Therefore let us hope that the EU will act with caution here by first inquiring, offering without imposing and remaining consistent with its principles.

Nathalie Janne d’Othée

 

 

Ces quelques derniers mois, les grandes puissances avaient paru décontenancées par les révolutions à l’œuvre dans le monde arabe. L’extrême prudence adoptée dans le retrait de leur soutien à des dictateurs comme Ben Ali et Moubarak leur a valu une sévère perte de crédibilité dans une région où cette dernière n’était déjà pas très élevée. Les quatre mois et demi qui nous séparent de la chute du dirigeant tunisien ont finalement permis aux puissants de ce monde de reprendre leurs esprits. Les annonces de changements de stratégie et de soutien à la démocratisation se sont succédées ces deux dernières semaines…. Sans convaincre.

Le président Obama s’est élancé le premier jeudi 19 mai en promettant un soutien aux réformes politiques allant dans le sens de la démocratisation, mais également des aides au développement économique nécessaire pour soutenir ces réformes. Le message des Etats-Unis est clair : « si vous prenez les risques que comprend une réforme, vous aurez le soutien total des Etats-Unis ».

Du côté européen, Lady Ashton avait déjà dressé une ébauche de réforme de la politique européenne en Méditerranée le 8 mars dernier. Cette semaine, le Service d’Action Extérieur à émis une communication sur « une stratégie nouvelle à l’égard d’un voisinage en mutation ». Là aussi le message est clair : « Le renforcement du soutien de l’UE à ses voisins est conditionnel. Il dépendra des progrès accomplis en ce qui concerne l’établissement et la consolidation de la démocratie, ainsi que le respect de l’Etat de droit ».

Le G8 réuni à Deauville vient enfin d’assurer les pays arabes ayant entrepris une réforme démocratique de quelque 40 milliards de dollars d’aide, comprenant 20 milliards de dollars d’aide bilatérale et 20milliards qui seront injectés via les banques multilatérales.

Autant de déclarations de bonnes intentions qui ne révolutionnent en rien les approches à l’œuvre jusqu’à ce jour. Derrière le soutien de l’UE – puisque c’est l’instance qui nous intéresse au premier chef – aux réformes démocratiques, on continue à lire le besoin de sécurité en matière de contrôle de migrations et de terrorisme. Où sont en effet les garanties d’une conditionnalité basée sur la démocratisation et le respect des Droits de l’Homme, plutôt que sur le renforcement l’appareil sécuritaire de ces Etats ?

L’UE devra également passer un autre test de crédibilité : sera-t-elle capable d’appliquer ce principe de manière égale à tous ses voisins ? Il est en effet facile de parler a posteriori des « dictateurs » qu’étaient Ben Ali et Moubarak alors qu’ils étaient encore les « partenaires privilégiés » de l’UE il y a quelques mois. L’UE sanctionne facilement Kadhafi, mais est-elle prête à sanctionner au même titre le Maroc pour les exactions au Sahara Occidental ou Israël pour les crimes de guerre et contre l’humanité commis à Gaza ?

On le sait, si l’UE est très douée pour émettre des grandes déclarations de principes, elle l’est beaucoup moins pour les mettre en œuvre. Les révolutions tunisiennes et égyptiennes connaissent aujourd’hui des phases transitoires difficiles. L’élan démocratique est fort, mais les obstacles sont nombreux. Espérons donc que l’UE agira là avec prudence en s’informant, en proposant sans imposer et surtout en restant cohérente avec ses principes.

Nathalie Janne d’Othée

 

 

 

Egypt to open Rafah border permanently
25/05/2011 – Al Jazeera

Egypt announced it will permanently open its Rafah border crossing this Saturday, relaxing a four-year blockade on the Gaza Strip. Officials in Cairo said the gesture marked an effort « to end the status of the Palestinian division and achieve national reconciliation. »

– Arab democracies win G8 aid pledge
26/05/2011 – Financial Times

Leaders from the G8 countries agreed to provide a multibillion-dollar aid package to Egypt and Tunisia, the two vanguard states in Arab uprisings. In addition, Qatar began negotiations with other wealthy Gulf nations to establish a Middle East Development Bank to support Arab states in democratic transitions.

Yemen’s Saleh faces growing condemnation
27/05/2011 – Al Jazeera

Leaders from the G8 called on President Ali Abdullah Saleh to stick to his prior pledge to transfer power amid growing international fears of a Yemeni civil war. Overnight, fighters loyal to Yemen’s most powerful tribe clashed with government soldiers in the capital of Sanaa, killing forty.

EU sanctions Syria’s Assad for first time
23/05/2011 – Daily Star

Europe tightened the noose on President Bashar al-Assad Monday, sanctioning the Syrian leader for the first time as it responded to the change sweeping North Africa and the Middle East. As the death toll continued to climb in Syria, the EU-bloc agreed to add the president, along with several leading officials, to an earlier blacklist. An EU diplomat said the sanctions aimed “to stop the violence and press Assad to agree to a process of reform, but not to force him to step down.”

Saudi women are being driven to rebellion
23/05/2011 – The Guardian

Saudi authorities have arrested an activist who launched a campaign to challenge a ban on women driving in the conservative kingdom and posted a video on the internet of her behind the wheel, activists said. The YouTube video, posted on Thursday, has attracted more than 500,000 views and shows Manal Alsharif, who learned to drive in the US, driving her car in Khobar in the oil-producing Eastern Province.

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Egypte annonce la réouverture permanente de sa frontière à Rafah (Egypt to open Rafah border permanently)
25/05/2011 – Al Jazeera

L’Egypte a annoncé la réouverture permanente de sa frontière de Rafah, ce samedi, desserrant la pression du blocus imposé depuis quatre ans à la bande de Gaza. Les fonctionnaires au Caire ont déclaré que ce geste marquait un effort visant à « mettre fin à la division palestinienne et à réaliser la réconciliation nationale. »

–  Le G8 s’engage en faveur des démocraties arabes (Arab democracies win G8 aid pledge)
26/05/2011 – Financial Times

Les dirigeants des pays du G8 ont accepté d’octroyer un package d’aides de plusieurs milliards de dollars à l’Egypte et à la Tunisie, les deux Etats à l’avant-garde des soulèvements arabes. En outre, le Qatar a entamé des négociations avec d’autres pays du Golfe visant à établir une banque du Moyen-Orient pour le développement pour soutenir les Etats arabes dans les transitions démocratiques.

Les condamnations à l’encontre du Président yéménite Saleh se multiplient (Yemen’s Saleh faces growing condemnation)
27/05/2011 – Al Jazeera

Les dirigeants du G8 ont demandé au président Ali Abdullah Saleh de tenir ses engagements et de transférer le pouvoir alors que la communauté internationale craint le scénario d’une guerre civile au Yémen. La nuit de jeudi, les affrontements entres les combattants fidèles à la tribu la plus puissante du Yémen et les forces gouvernementales dans la capitale de Sanaa ont causé quarante morts.

Premières sanctions de l’UE contre Bachar El Assad (EU sanctions Syria’s Assad for first time)
23/05/2011 – Daily Star

L’Europe a resserré l’étau sur le président Bachar al-Assad lundi 23 mai 2011 en sanctionnant le dirigeant syrien pour la première fois. La répression se faisant de plus en plus violente, l’UE est convenue d’ajouter le président, ainsi que plusieurs hauts fonctionnaires, à une liste noire rédigée précédemment. Un diplomate européen a déclaré que les sanctions visent « à faire cesser la violence et à presser Assad à entrer dans un processus de réforme, mais pas de le forcer à démissionner. »

Les femmes saoudiennes sont conduites à la révolte (Saudi women are being driven to rebellion)
23/05/2011 – The Guardian

Les autorités saoudiennes ont arrêté un activiste qui a lancé une campagne visant à contester l’interdiction de conduire pour les femmes dans le royaume  et a posté une vidéo sur internet, la montrant derrière le volant. La vidéo YouTube, publié la semaine dernière, a été visionnée plus de 500.000 fois et montre Manal Al-sharif, qui a appris à conduire aux États-Unis, au volant de sa voiture à Khobar, province de l’Est du Royaume qui compte nombre de champs pétrolifères.

 

 

 

Professor Bichara Khader
CERMAC, Université Catholique de Louvain
bichara.khader@uclouvain.be

 

Introduction

In light of the geography, Libya is a vast territory, more than three times that f France. But its population is only the 10th of that of France with a little more than 6.2 million people. This is understandable when we know that the desert covers almost 98% of the territory. Ungrateful to the surface, the liquid in the basement, the Libyan desert conceals considerable oil and gas resources. Oil and gas are also virtually the only exportable resources. With nearly 2 million barrels extracted per day, and nearly 3.5 billion m3 of natural gas per day, energy revenues of Libya between 25 and 35 billion dollars, making it one of the richest countries of Africa, if not the richest, naturally assuming that the highly questionable criterion of income per capita, a criterion to measure the wealth of a country.

With such lavish incomes, Libya could become a major business center, even a financial hub in the Maghreb. This could also help eradicate poverty and illiteracy, provide decent housing for all Libyans, improve infrastructure and provide employment to all young Libyans. Despite significant inroads on the housing and education fronts, youth unemployment figures are close to 25%, worrying to say the least, while the country imports more than three quarters of its food and almost all industrial products including its needs.

So there is a disturbing gap between resources and performance. To understand this, I develop two hypotheses: the first relates to the history of Libya, especially over the past 4 decades and the nature of its political system; the second relates to additional investments in the Libyan leader’s external domains (Arab, Maghreb and Africa) rather than on the internal front. Let’s start with some key dates on the recent history of Libya.

 

I. Brief historical background

Submitted to Ottoman rule until the early 20th century, Libya sees itself coveted by Italy, which begins the conquest of Tripoli and Cyrenaica by September 1911. The conquest is not without opposition: the resistance, organised by the Senoussi Brotherhood, is strong. After the First World War, the Italian Socialist government gave a semblance of autonomy to the conquered territories; Idriss Al-Senoussi was even placed in charge of Cyrenaica, before the Italians came back on their commitments, cancelled the status of autonomy and forced Al-Senoussi out of Egypt.

Mussolini came to power in 1922, resumed hostilities causing a new nationalist wave in which Omar Al-Mukhtar stuck out as an emblematic figure of the Libyan resistance. In 1934, Mussolini reunified the provinces of Tripolitania and Cyrenaica, to which he connected the Fezzan. Libya had become an Italian colony: well before 1940, nearly 120,000 Italian settlers live in Libya. Idriss Al-Senoussi organised the resistance from his Egyptian refuge and regroups fighters. Italy crumbles; the British occupy Tripolitania and Cyrenaica, while France liberates the Fezzan.

Later, Libya became independent on 24th of December 1951 and Idriss Al-Senoussi was proclaimed King. He developed pro-Western policies and agrees to the installation in his country of British and American military bases.

In 1952, the Egyptian monarchy was swept away by a coup of the Free Officers. Nasser is weary of Libya installed in the camp of those who seek its public obloquy. Relations between pro-Soviet Egypt and the pro-Western Senoussi monarchy were all but good. But Nasser had at the time other issues to handle and thus left Libya sort itself out. But his example is school.

On 1 September 1969, a young Libyan colonel, Mu’ammar Gaddafi overthrew the monarchy and took control of the country. At the time, the Libyan population would not have exceeded 1.5million inhabitants. The new Libyan leader requested the closure of foreign military bases, nationalized banks, he confiscated the properties of Italian settlers, and he formed a single party: the Arab Socialist Party, and enrolled in an alliance with the Soviet Union.

One year after the takeover by Gaddafi, Nasser died suddenly. As the self-proclaimed spiritual heir of Nasser, Gaddafi began to dream of a role commensurate with his ambitions. But he soon became disillusioned because one cannot become leader of the Arab World simply haranguing crowds. In 1975, his regime became more radical. Gaddafi then published his Green Book, where he addresses the question of power and democracy. In 1976, he proclaimed “people’s power” and established on March 2nd 1977, the popular and socialist Jamahiriya, a system of so-called “direct democracy” with revolutionary popular committees. Later, as of 1998, these popular committees were replaced by popular and social commandments, whose main function was to create a space for dialogue between Gaddafi and the tribes, the foundation of his regime.

The anti-American rhetoric of the Libyan leader became more virulent, but the Soviet Union remained wary of his pranks and his mood U-turns. In 1985, the USSR refused to sign a Treaty of Friendship and Cooperation, anxious not to become embroiled in an escalation of anti-Americanism that could result in an unwanted conflict. It is this Soviet distancing that probably prompted the Americans to launch, on the night of 15th April 1986, a raid on Tripoli and Benghazi. Gaddafi’s adopted daughter was killed, while he survived, unharmed, but spiteful and vindictive.

Two years later, two attacks were perpetrated against a unit of the TWA in December 1988 and an Air France plane in September 1989. Was there a causal relationship to the American raid on Tripoli and Benghazi? Libya has always denied these accusations. Nevertheless, the UN Security Council imposed sanctions on Libya in 1992 and 1993, and requested the Libyan leaders to deliver to Scottish authorities the two agents suspected of having carried out the Lockerbie bombing. Gaddafi cooperated and delivered the two Libyan agents. He even agreed to offer 1 billion dollars to compensate the victims’ families, which suggests recognition of Libyan responsibility in these attacks.

In July 1999, the UN lifts its sanctions against Libya. Relations with Western countries are gradually normalized: investments flow into Libya. Trade takes off. Once considered a rogue state, Libya has been rehabilitated and has even been raised to the rank of friendly state.

Is Gaddafi’s metamorphosis miraculous? At first sight, it may surprise. In reality, it is the result of a simple geopolitical calculation: with the Cold War is over, the US reigns is masterly fashion, Libya does not stand its ground and the American neoconservatives want its skin. It is, in sum, the conclusion reached by the Libyan president. In other words, Gaddafi has simply applied the Arab proverb: “the hand that you cannot cut, kiss it”.

But the danger is not completely unfounded. After the US invasion of Iraq in 2003, Gaddafi puts an end to his weapons of mass destruction programme, multiplying tokens of goodwill. This earns him a “good report” from Washington. On December 19th 2003, the White House declared: “Libya has taken an important step and it follows that it has begun to do what it takes to join the international community”. Thus, very cleverly, more by guile than by conviction, Gaddafi has avoided the fate that Saddam Hussein faced; he is even cited as an example of political realism.

Gaddafi’s reconciliation with the West has allowed loosen the grip on Libya, save his regime, or even give it some influence over his African peers. He, who was not even a decade ago booed, harassed, vilified, called a “mad dog” of “mad Libya”, was transformed in a respectable man that one can invite and cajole, in pardoning his pranks and his whims. Oil and gas are worth a few false bows.

 

II. Libya in the Maghreb and Africa

From Libya always comes something new. It was the Greek philosopher Aristotle who first made this geopolitical discovery in the fourth century BCE. In Libya, he doubtless meant Africa. In fact, the sentence was taken up and revised in Latin by Pline the Elder who wrote: “Ex Africa simper aliquid novi”: “From Africa, always something new”.

So what is new in Libya’s Maghrebi and African geopolitics?

Libyan policy towards other countries of the Maghreb has evolved in an up and down fashion, with reconciliation periods up to the signing of ephemeral unions, followed by periods of extreme tension often verging armed conflict, then by détente.

Three years after the Libyan revolution, Gaddafi went to Tunis in December 1972 where he delivered an impassioned plea for a union between Libya and Tunisia. Initially, Bourguiba turned a deaf ear. Gaddafi did not admit defeat and returned to the charge in 1974: a treaty was signed between the two countries in Djerba in January of that year, establishing the “Islamic Arab Republic”. Hours after the announcement, the Treaty was terminated by the Tunisian Prime Minister, Nouira, who had hurriedly returned from a trip abroad.

Very quickly, the relationship between the two countries escalated and they both quickly got embroiled in a dispute over the delimitation of the Continental Plateau in the Gulf of Gabers, particularly rich in oil and natural gas. In 1980, both countries were on the brink of armed conflict. Bourguiba turned to Algeria and signed with President Chadli on March 19th 1983 a Treaty of Fraternity and Concord. Mauritania acceded on December 13th 1983, but the application for membership of Libya remained frozen because of its border dispute with Tunisia.

Gaddafi turned to Morocco, where he was on an official visit in July 1983. Increasing contacts with the Moroccan kingdom culminated in the signing, in Oujda on August 13th 1984, an “Arab-African Union”. Polarization within the Maghreb was now clear. But relations remained very volatile, determined more by the contingencies of the moment than by a long-term vision. Moreover, the Arab-African Union did not withstand the first storm, caused by the meeting in Ifrane in August 1985 between King Hassan II and the Israeli Prime Minister Shimon Peres.

With Tunisia, relations deteriorated: by 1985, they were downright broken. The seizure of power in Tunisia by Ben Ali, on November 7th 1987, allowed the atmosphere to settle. Relations were restored in 1987 and, a year later in 1988, a settlement on the Gulf of Gabes was found for the joint exploitation of oil resources of the Continental Plateau.

After the reconciliation between Morocco and Mauritania in 1985, the meeting between King Hassan II and President Chadli in May 1987, the restoration of diplomatic relations between the two countries on May 16th 1988, the climate was conducive to resumption of dialogue on a possible Arab Maghreb Union. The step is finally taken on February 17th 1989.

But the atmosphere soon darkened: the different positioning of the Maghreb countries concerning the Iraqi invasion of Kuwait in 1990, the Lockerbie case and the embargo imposed on Libya, the Algerian crisis after 1992 and the closure of borders between Algeria and Morocco, the Maghrebi gear was badly affected. In the Mashrek, the situation was no better. Divisions grew everywhere in a context of repeated economic crises. The Maghreb countries strengthened their Central European roots, participating in the NATO-Mediterranean dialogue (launched in 1994, which Algeria later joined), and in the Barcelona Conference in 1995. Gaddafi was isolated by the embargo: everybody turned their backs on him. It is in this isolated context that he rediscovered his new African vocation.

Very early on, soon after the coup of 1969, Gaddafi got involved in the internal conflict in Chad by supporting rebel factions who contest the authority of the Chadian president.  He took advantage of the inter-Chadian unrest to annex de facto the Aouzou band. Later, in 1980, he intervened directly in Chad to support the opponents who seize power. He even called for the unification of the two countries sparking a burst of Chadian nationalism. His ally, Goukouni, demanded the withdrawal of Libyant troops. After the debacle of the Libyan intervention in Uganda in 1979, the Libyan retreat of Chad stains Gaddafi’s prestige, who, as of the 1980s, as seen previously, reoriented his interest towards the Maghreb.

His disappointment with the Maghreb in the 1990s and its isolation in the Arab World, pushed him once again to seek a role in Africa. He increased aid, supported political oppositions and became a major rival of many African leaders. By the end of the 1990s, a concerted resistance is growing to oppose the extension of Libyan influence.

The lifting of the embargo on Libya since 1999, the decision to renounce to weapons of mass destruction and his return on the international scene give him a new respectability, which he uses to his advantage to present himself as an African sage, conscious of the fate of the continent and concerned with its development. So he began a series of tours in Africa, haranguing huge crowds (as in Conakry on June 25th 2007 or in Abidjan on June 27th of the same year). With relish, Gaddafi measures his popularity amongst young people and begins to dream that he is vested with the role of savior of Africa. In fact, he had become very successful in stigmatizing the colonial West, encouraging young Africans to remain in Africa, “their paradise”, as he says, and calling for the creation of a “United States of Africa”, for which he wished to be its first president. Thousands of hopefuls of the Africa of tomorrow quickly crystallized around his personality.

In February 2009, he was elected president of the African Union. Over the past year, he had tempered his speech, avoiding thundering declarations to avoid rising against him, quite unnecessarily, the other members of the African Union. But it is the project of a United States of Africa which obsesses him. But he has neither the time nor the resources to achieve this, and the resistance is strong. In 2010, Libya was forced to relinquish the presidency to Malawi. As for the extravagance of the Libyan leader, it creates a stir within the country where unemployment is in full swing. Thus the Libyan leader faces a dilemma: how to play the “King of the Africans” if the very foundations of his power in Libya start to crumble. The geopolitics of greatness has its limitations. The Brother Leader of the Great Jamahiriya has just made the sour experience.

But his most stinging defeat is felt in Libya itself, where the wind of revolt has blown, while also blowing on other Arab countries. As, unlike Ben Ali, his Tunisian neighbour, who has opted for exile, Gaddafi has held on to his position, and has not hesitated to expose his population to a deluge of bullets and fire. This is the epitome of the counter-paradigm of the happy revolution.

 

III. Libya: a counter-paradigm

Clearly, the democratic storm blowing across the Arab World has spared no state. Republics or monarchies, rich or poor, big or small, all Arab states are now confronted to angry people demanding freedom, dignity and employment. The movement seems unstoppable: nothing makes these states immune to shock, nothing amortizes the shock: not the noble genealogy of the descendants of the Prophet, nor the custody of the Holy Places of Islam, nor the defense of Sunnism, nor the “divine right” to which parent the faithful, nor the rhetoric of those who claim to be defenders of the great Arab causes (including the Palestinian cause), nor the oil income, fail to stop the challenge and stifle the cry of freedom.

The ills of Arab societies are structural and common: authoritarian systems, predatory regimes, drifts heritage, hypertrophy of security, cosmetic democracies and rigged elections, dysfunctional economies. Thus, no Arab state can claim to enjoy exceptional circumstances that would protect it. The fact remains that there are many differences between states, linked to historic routes, the distribution of population throughout the county, the rates of urbanization and education, the status of women, the role of the army, the homogeneity of society or, conversely, the existence of linguistic, ethnic, religious, regional or tribal fault lines. These differences color each revolution, giving them unique characters and determine the response of each system, the role of the army and security forces and, ultimately, the nature, pace and intensity of change.

Taking the case of Tunisia as the “paradigm” of peaceful revolution, led by educated and connected young people, in a supra-partisan mass movement and based on the brotherhood of a national army, then we must recognize that Libya offers the counter-example of this paradigm.

Let us broadly recall what Libya is all about. First, it is a vast geography: with over 1,700,000 km2, it is 3 times larger than France, of which 90% are deserts. Libya’s population just about reaches 6.7 million people (one tenth of the French population), but two thirds of the population is concentrated along the Mediterranean coastline that stretches over 1,350 kilometres with two major cities: Benghazi to the East and Tripoli to the West, respectively the main cities of Cyrenaica and Tripolitania. These are two of the three main regions of Libya, the third region being Fezzan in the centre of the country.

We are therefore in a country where regional identities are marked and coupled with traditional tribal structures. The fact that Benghazi is the stronghold of the « rebellion » in Libya is no coincidence since the Libyan East has already been the scene of major rebellions put down by wanton violence and which has never ceased to suffer the pangs of the Gaddafi regime’s repression, based mainly on the loyalty of Tripolitanian tribes and primarily of his own tribe. In addition to this territorial inscription of the revolt, there are also old rivalries between the tribes of eastern Libya, especially the Senussi and the Warfala, and those of the West, including Gaddafi’s own tribe: the Gaddafa. The tribes of the East and Fezzan have always felt aggrieved by an unequal distribution of oil profits and generally by the strong grasp of the Gaddafi and other western tribes into the workings of the « Libyan Jamahiriya », thus providing the leading officials of ministries and public sectors and building the bulk of the « elite troops » of the regime’s army.

To these distinctive features (large country, small population, urban concentration along the coast, regional polarization, tribal structures and marked inequality in the distribution of oil rent), one can add a turbulent political history marked, after 1945, by the occupation by Great Britain of the regions of Tripolitania and Cyrenaica and the occupation of Fezzan by French troops. After heated debates at the United Nations, Libya became independent on 24 December 1951 and Idriss el Senoussi is proclaimed king. The British and French armies withdrew, but Britain and the United States imposed upon the King the conservation of foreign military bases (Treaties of 1953 and 1954) and Libya thus openly entered the Western anti-Nasser camp.

The discovery of oil in 1959 increased the country’s financial resources and, in turn, its geopolitical importance for the West during the Cold War. On 1 September 1969, Gaddafi, then a young colonel, overthrew the Senoussi monarchy and moved to the head of the country. He quickly ordered the evacuation of foreign bases, nationalized banks, and expropriated the Italian colonists settled in the country between 1912 and 1939. In the nationalist ferment of the time, Gaddafi was considered a revolutionary leader and was welcomed by the Arabs as the heir of Nasser who had passed away in 1970.

But the Libyan leader quickly appeared unpredictable, showing signs of megalomania.  Hence, he carved himself a role fit for his ambitions: to become the Theoretician-Guide of the Third World. In 1975, he published the first volume of his « Green Book: solving the problem of democracy« . In 1976, he created the « popular committees », a form of « direct democracy » and proclaimed, in 1977, the People’s Socialist Jamahiriya of Libya (republic of the masses) of which he became not the president by the “Guide”.

Installed at the helm, the ebullient Gaddafi felt rapidly cramped in a country certainly rich but sparsely populated (2 million in 1970, 4 million in 1990 and 6.7 million in 2010). He intensified the number of ephemeral unions with Egypt (1972-1973), with Tunisia (1974), Morocco (1984). He engaged in military adventures in Africa (occupation of the Strip of Aouzou in 1973 and intervenes directly in Chad in 1980). Accused of supporting international terrorism, his residence in Tripoli was bombed by the Americans in 1986: one of Gaddafi’s adopted daughters was killed. In December 1988, an attack attributed to Gaddafi  ​​killed 259 workers in Lockerbie and another against an Air France plane over the Ténéré in September 1989 resulted in 170 dead. The sequence of events leaves no doubt as to the liability of Jamahiriya.

But Libya is a useful country, which the West does not want to alienate. The case of « attacks » was resolved at once through billions of dollars in compensation to the families of the victims. The Libyan regime sought to loosen the stranglehold that was beginning to choke it. The shift was dramatic: it took place after the attacks of September 11, 2001 and especially the U.S. war against Saddam Hussein in 2003. The calculation made by Gaddafi was rational: with the end of the Cold War and in a world dominated by the American superpower, it was useless, even suicidal, to swim against the tide and incur the wrath of America. In doing so, he thus applied to the letter the Arab proverb:  « the hand that you cannot cut, kiss it« .

This shift reinforced America’s policy towards Libya: President Bush quoted Gaddafi as an example of serious leadership who voluntarily gave up the idea of weapons of mass destruction, kept his distance in relation to terrorism and even formed a part of the anti-terrorist strategy. The Europeans were also full of praise. Not only did it open the Libyan market to their investments, but Gaddafi signed with France and other European states a number of juicy armaments contracts and committed, moreover, to lock its borders to stem illegal migration flows, thus playing to « the distant policeman » for the EU.

The reward was not long in coming: first considered a “rogue” state, Libya raised to the rank of “friendly” state, and even helpful friend. Once reviled as a terrorist leader, Gaddafi thus made his debut on the international stage, garnering numerous successes in Africa, where he became president of the African Union in 2009 and even began dreaming of becoming the King of the United States of Africa. In the West, he was being welcomed with open arms.

With a production of 1,600,000 barrels of oil per day, Libya is not an important producer (only 2% of world production), but its oil has a double bonus: quality (low sulphur) and proximity (Libya is very close to the Italian and European markets). This has enabled the regime to reap huge revenues, of which some feeds a sovereign fund present on all continents and another part which is held by Gaddafi, his family and his clan.

All this does not alter the internal workings of an atypical Libyan political system, in many ways reminiscent of North Korea, with its own oil. Indeed, power is dominated by the figure of the “Guide”, reigning unchallenged on a « Jamahiriya » marked by an astonishing political anomie, not recognizing professional organizations, independent unions, political parties, or parliament. Instead of all this, there are « popular committees« , excellently indoctrinated but bad managers. No wonder that this country, which had the resources to become the North African « tiger », remained more of a « flag planted on an oil well » that a successful economy, innovative and creator of quality jobs .

In addition to its dependence on oil exports, Libya is also characterised by an organized system of family and clan predation, turning the country into a form of private enterprise, almost a « family heritage », paving the way for a dynastic drift:  Gaddafi’s children thus sometimes ensure the close protection of their father and his regime, act as official spokesmen or can even hold the status of « crown prince ». The egomaniac and fond-of-greatness father has seemingly rubbed off on his children who display an arrogance and complacency out of the ordinary. We see them shake, in turn, the regime’s scarecrows, revive Al-Qaeda, open the migration  valve which then floods across Europe, crush the rebellion in bloody ways, flush out « traitors » and impose a « exemplary punishment » or even destabilize the entire Mediterranean.

It is against this regime, dominated by a clan and capped at its head by a whimsical and fanciful leader, that Libyans are rising against today. The fact that the Libyan revolt has occurred in March 2011 is no coincidence. The Tunisian and Egyptian revolutions acted as spurs. If young Tunisians and Egyptians were able to defy the crackdown and unbolt two schemes praised across Europe for their strength, why should the Libyans stick to what they have and why should the quest for freedom stop at the border of Egypt and Tunisia?

Except that Libya is not Tunisia. The Libyan « rebels » knew they were exposing themselves to a terrible punishment, in line with the nature of the regime that dominates them. Nevertheless, it seems that there was a total lack of preparation. To confront the repression of Gaddafi’s forces, the « democratic uprising » has turned into an « armed insurrection without arms ». Benghazi quickly became the stronghold of the rebellion and its launch-pad. The eastern tribes sided with the « rebels ». But tribes in the West and centre of the country did the same. The army, crossed by the same regional and tribal fault lines, was soon cut in two: dissidents against the faithful. But the military arsenals and heavy weapons remained under regime control. The face-to-face is uneven:  insurgents without command, without means of communication and without adequate weapons, facing elite troops and mercenaries recruited and trained in a hurry.

The confrontation thus turned into a massacre: Gaddafi’s army did not hesitate to throw tanks against urban centres. This created a flow of international reaction: first, the Gulf Cooperation Council, then the League of Arab States called upon the UN to take responsibility and impose a no-fly zone and protect civilians. Once Arab support was guaranteed, Resolution 1973 of the UN Security Council on Libya was agreed despite five abstentions, by the BRIC states (Brazil, Russia, India and China) and, surprisingly, Germany.

No one will know for sure, but one can assume that Germany did not appreciate the French political hue and slide and the fact that Nicolas Sarkozy recognised the « legitimacy of the Libyan Transition Council » on the eve of an extraordinary European Council meeting. On can also speculate that Germany will have felt humiliated by the “tandem Sarkozy-Cameron”, which straddled a position without prior consultation with its European peers.

Many reasons can be put forth to try and explain the sudden proactive burst of the French. And some will not fail to point out that Sarkozy is currently more preoccupied with his re-election in 2012 and the breakthrough of Marie Le Pen, than the actual protection of the Libyan people. Others will expound on the date of the first French strikes, one day before the start of local elections on 20 March. Such suspicions would raise suspicion over the “cynicism” of the French position.

I consider to be more relevant the arguments that recall that the West has no business interfering in Arab affairs, that if Libya did not have oil the West would not have demonstrated the same willingness to intervene, that democracy is not exportable with missiles, that it may have been wiser to provide the Libyans with the means to defend  themselves, that it is for the Libyan people, with the help of their Arab brothers, « to make its revolution » and to face all the risks; as the Arab proverb says:  « who wants honey is exposed to bee stings”.

These arguments are valid and I admit that I am, myself, assailed by doubts. I fear that this latest Western intervention on Arab land (after Somalia and Iraq) appears in the collective unconscious as intolerable interference – under the label of humanitarian intervention – while Palestine continues to suffer the pangs of colonization and other Arab oil states – not very democratic – continue to enjoy the American umbrella.

The only difference in the case of Libya is that this is not a simple bee sting, but a massacre announced by a blood-thirsty despot who will seek to save his regime by any means available.

Now that operation « Dawn of the Odyssey » is in full action with a symbolic Arabic support, but under an explicit UN Security Council mandate, it has some pitfalls to avoid: being bogged down in a protracted conflict; becoming intoxicated by the « fireworks of missiles » that have rained on Libya; seeking to install in Libya a “pro-Western” government; replacing Gaddafi by a Libyan « Karzai »; transforming the name of the coalition from “international coalition” to « western coalition »; intervening on the ground; or offering the world the sad spectacle of discord between coalition countries. This, however, does not exclude the possibility of arming and advising the rebels, provided that they undertake not to use these weapons against « civilians » on the opposition’s side and that the rebels are not infiltrated by jihadist militants.

Caution is thus called for. Libya is not Iraq and the right to intervene should not become a preventive war. For now, the Security Council mandate of a no-fly zone must be respected by all. But everyone agrees to recognize the legitimacy of the Libyan people’s claims. At the same time, a key demand has been the removal of Gaddafi, or his trial. This is all very ambiguous. The Security Council does not call for a regime change, but its support for popular Libyan demands goes in this direction.

For my part, I believe it would be impossible to withdraw from Libya without Gaddafi’s departure. Any negotiations with him must focus on the conditions of his departure, not on those of a compromised outcome leaving him in power. The latter is not only inconceivable, it is also inappropriate. It would be an insult to the revolted Libyan people, a disavowal of the international community, and a bad message to other Arab peoples.

We knew what the Tunisian and Egyptian people wanted: their slogans were explicit and modern. We know roughly what is the program of the ‘National Transition Council’, what is its composition, what is its vision for Libya, how will it reconcile the Libyan people, avoid fragmentation of the country and establish a state worthy of this name with transparent institutions, economic governance, democracy that transcends the primordial  solidarity of regional or tribal type?

On all these issues, we remain in the dark. This has led some observers to talk of a « premature revolution » as the young rebels have become « insurgents and rebels, the “face-to-face” between the people and the regime has turned into a civil war. And, worsed of all, the ultimate objective is not guaranteed because, in the words of Raymond Aron: « It is men who make history, but they do not know the history they do«  (quoted by Alain Franchon, Strategic Review Strategy, Le Monde 2011).

 

 

 

Professeur Bichara KHADER
CERMAC, Université Catholique de Louvain
Bichara.khader@uclouvain.be

 

Introduction

A l’aune de la  géographie, la Libye est un vaste territoire, plus de trois fois la France. Mais sa population ne représente que le 10ème de celle de la France avec  un peu plus de 6.2  millions d’habitants. Cela se comprend aisément quand on sait que le désert couvre presque 98 % du territoire. Ingrat à la surface, liquide dans le sous-sol, le désert libyen recèle des ressources pétrolières et gazières considérables. Le pétrole et le gaz sont d’ailleurs quasi les seules  ressources exportables. Avec  prés de 2 millions de barils extraits par jour,  et  prés de  3.5 milliards de m3 de gaz naturel par jour, les revenus énergétiques de la Libye oscillent entre  25 à 35 milliards de dollars, faisant de ce pays un des    plus riches de l’Afrique, sinon le plus riche, à supposer naturellement que le critère très discutable de revenu par tête d’habitant, soit un critère pertinent pour mesure la richesse d’un pays.

Avec de tels revenus plantureux,  la Libye aurait pu se transformer en un grand centre d’affaires, voire même une plaque tournante financière du Maghreb. Elle aurait pu  également éradiquer la pauvreté et l’analphabétisme, fournir un logement décent à tous les libyens, moderniser les infrastructures et offrir un emploi salarié à tous les jeunes libyens. Or, malgré des percées significatives sur le front du logement et de l’éducation,  le chômage des jeunes frôle le chiffre inquiétant de 25 % au bas mot, tandis que le pays importe plus des ¾  de sa nourriture et quasi tous les produits industriels dont il a besoin.

Il y a donc un  inquiétant décalage entre ressources et performance. Pour le comprendre, je développe deux hypothèses : La première a trait à l’histoire de la Libye, surtout au cours des 4 dernières décennies et la nature de son régime politique et la deuxième a trait à un surcroît l’investissement du dirigeant libyen dans les domaines externes (monde arabe, Maghreb, et Afrique) plutôt que sur le front interne. Commençons d’abord par quelques dates marquantes de l’histoire récente de la Libye.

 

1. Bref rappel Historique

Soumise au pouvoir ottoman jusqu’au début du XXème siècle, la Libye se voit convoitée par l’Italie qui commence la conquête de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque à partir de septembre 1911. La conquête ne se fait pas sans coup férir : la résistance, structurée par la Confrérie Sénoussie, est  forte. Après la 1ère guerre mondiale, le gouvernement socialiste italien accorde un semblant d’autonomie aux territoires conquis, et Idriss Al Sénoussi est même placé à la tête de la Cyrénaïque, mais les italiens reviennent sur leurs engagements, annulent le statut d’autonomie  et Al-Sénoussi fuit en Egypte.

Mussolini, arrivé au pouvoir en 1922, reprend les hostilités provoquant un nouveau sursaut nationaliste où se distingue Omar al-Mukhtar, figure emblématique de la résistance libyenne. En 1934, Mussolini réunifie les provinces  de la Tripolitaine et la Cyrénaïque auxquelles il rattache le Fezzan. La Libye devient une colonie italienne : déjà bien avant 1940, prés de 120.000 colons italiens y sont installés.

Idriss al Senoussi organise la résistance à partir de son refuge égyptien et lève des combattants. L’Italie est défaite ; les britanniques occupent  la Tripolitaine et la Cyrénaïque et les français libres le Fezzan.

Plus tard, la Libye accède à l’indépendance  le 24 décembre 1951  et Idriss al Senoussi est proclamé roi. Il s’engage dans une politique pro-occidentale et accepte l’installation dans le pays de bases militaires britanniques et américaines.

En 1952, la monarchie égyptienne est balayée par un coup d’Etat des Officiers libres. Nasser voit de mauvais œil une Libye installée carrément dans le giron de ceux qui le vouent aux gémonies. Les relations entre l’Egypte prosoviétique et la monarchie sénoussie pro-occidentale sont tendues. Mais Nasser a d’autres chats à fouetter et laisse la Libye à son sort. Mais son exemple fait école.

Le 1 er septembre 1969, un jeune colonel libyen, Mu’ammar Kadhafi, renverse la monarchie et s’installe aux commandes du pays. A l’époque la population libyenne ne devait pas dépasser 1.5 millions d’habitants. Le nouveau chef libyen exige la fermeture des bases militaires étrangères, nationalise les banques, confisque les propriétés des colons italiens, forme un parti unique : le parti socialiste arabe, et il s’inscrit dans une alliance avec l’Union Soviétique.

Un an après la prise de pouvoir par Kadhafi, Nasser meurt subitement. En héritier spirituel autoproclamé de Nasser, Kadhafi se met à rêver  d’un rôle à la mesure de ses ambitions. Mais il doit rapidement déchanter car on ne devient pas leader du Monde Arabe simplement en haranguant les foules. En 1975, son régime se radicalise. Kadhafi publie alors son fameux Livre Vert où il aborde la question du pouvoir et de la démocratie. En 1976, il proclame  » le pouvoir populaire » et instaure  le 2 mars 1977 la Jamahiriya populaire et socialiste, système soi-disant de « démocratie directe » avec des comités populaires révolutionnaires. Plus tard, à partir de 1998, ces Comités populaires seront remplacés par des Commandements populaires et sociaux, dont la principale fonction est de créer un espace de dialogue entre Kadhafi et les tribus, la base même de son régime.

La rhétorique anti-américaine du chef libyen devient de plus en plus virulente, mais l’Union Soviétique se méfie de ses incartades et ses voltes-face. En 1985, elle refuse même de signer un Traité d’Amitié et de Coopération, soucieuse de ne pas se laisser entraîner dans une surenchère anti-américaine qui pourrait l’entraîner dans un conflit non souhaité.. C’est cette prise de distance soviétique qui a sans doute incité les américains à lancer, dans la nuit du 15 avril 1986, un raid sur Tripoli et Benghazi. La fille adoptive de Kadhafi est tuée, mais lui, il en sort indemne, mais rancunier et vindicatif.

Deux ans après, deux attentats sont perpétrés contre un appareil de la TWA, en décembre 1988, et  un appareil d’Air France en septembre 1989. Y-a-t-il une relation causale avec le raid américain sur Tripoli et Benghazi ? La Libye s’en est toujours défendue. Il n’empêche que le Conseil de Sécurité impose des sanctions à la Libye en 1992 et 1993, et somme le dirigeant libyen à  livrer à la justice écossaise deux agents  suspectés d’avoir commandité l’attentat de Lockerbie. Kadhafi obtempère, livre les agents libyens. Et s’engage même à verser plus d’un milliard de dollars pour indemniser les familles des victimes des deux attentats, ce qui revient à une reconnaissance de la responsabilité libyenne.

En juillet 1999, l’ONU lève les sanctions sur la Libye. Les relations se normalisent avec les pays occidentaux : les investissements affluent en Libye. Le commerce reprend. Jadis considéré comme un pays voyou, voici la Libye non seulement réhabilitée mais aussi hissée au rang des pays amis.

La métamorphose de Kadhafi est-elle miraculeuse? En apparence, elle peut étonner. Dans la réalité, elle est la résultante d’un simple calcul géopolitique : la guerre froide est terminée, l’Amérique règne en maître, la Libye ne fais pas le poids, et les néoconservateurs américains veulent sa peau. C’est, en somme,  la conclusion à laquelle est arrivé le président libyen. Par conséquent, Kadhafi a simplement appliqué le proverbe arabe: « la main que tu ne peux pas  couper, baise-la « .

Mais le danger n’est pas tout à fait écarté. Après l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, Kadhafi  renonce aux armes de destruction massive multipliant ainsi  des gages d’assagissement et de bonne volonté. Cela lui vaut un « satisfecit » de Washington. Le 19 décembre 2003, la Maison Blanche déclare  » …La Libye a pris une mesure importante et il s’ensuit qu’elle a commencé à faire ce qu’il faut pour rejoindre la Communauté Internationale« .  Ainsi, très habilement, par ruse plus que  par conviction, Kadhafi a évité le sort qui a été  réservé à Saddam Hussein et il est même cité en exemple de réalisme politique.

La réconciliation de Kadhafi avec l’Occident a permis de desserrer l’étau sur la Libye, de sauvegarder son régime, voire même de lui conférer un certain ascendant sur ses pairs africains. Lui qui était, il y a à peine une dizaine d’année, conspué, traqué, vilipendé, traité de  » chien enragé », de  » fou de Libye », le voit transformé en homme respectable qu’on invite et qu’on cajole, en lui  pardonnant ses incartades et ses lubies. Le pétrole et le gaz valent bien quelques fausses révérences.

 

2. La Libye au Maghreb et en Afrique

De la Libye vient toujours quelque chose de nouveau. C’est le philosophe grec, Aristote, qui a fait cette trouvaille géopolitique au IV siècle avant l’ère chrétienne. Par Libye, il entendait sans doute l’Afrique. D’ailleurs, la phrase a été reprise et modifiée en latin  par Pline L’Ancien  qui a écrit :  » Ex Africa semper aliquid novi« : D’afrique, toujours du nouveau ».

Quoi de neuf donc dans la géopolitique maghrébine et africaine de la Libye ?

La politique libyenne à l’égard des autres pays du Maghreb a évolué en dents de scie, avec des périodes de rapprochement allant jusqu’à la signature d’unions éphémères, suivies par des périodes d’extrême tension frôlant souvent le conflit armé, puis par des période de détente.

Trois ans après la révolution libyenne, Kadhafi se rend à Tunis en décembre 1972 où il prononce un vibrant plaidoyer pour une Union entre la Libye et la Tunisie. Dans un premier temps, Bourguiba fait la sourde oreille. Kadhafi ne s’avoue pas vaincu et revient à la charge en 1974 : un Traité est signé entre les deux pays à Djerba en janvier de la même année créant  » la République arabe islamique« . Quelques heures après l’annonce, le Traité est dénoncé par le premier ministre tunisien, Nouira, rentré précipitamment d’un voyage à l’étranger.

Très rapidement les relations entre les deux pays s’enveniment et ils se trouvent rapidement  empêtrés dans un conflit portant sur la délimitation du Plateau Continental dans le Golfe de Gabès, particulièrement riche en pétrole et en  gaz naturel. En 1980, les deux pays sont au bord d’un conflit armé. Bourguiba se tourne alors vers l’Algérie et signe avec le président Chadli, le 19 mars 1983, un Traité de fraternité et de Concorde. La Mauritanie y adhère le 13 décembre 1983, mais la demande d’adhésion de la Libye est gelée en raison du conflit frontalier avec la Tunisie.

Kadhafi se tourne alors vers le Maroc où il effectue une visite en juillet 1983. La multiplication des contacts avec le Royaume chérifien débouche sur la signature, à Oujda, le 13 août 1984,  d’une  » Union arabo-africaine« . La polarisation intra-maghrébine est désormais manifeste. Mais les relations demeurent très  volatiles, davantage déterminées par les contingences du moment que par une vision de long terme. D’ailleurs, cette Union arabo-africaine ne résiste pas à la première tempête, provoquée par la rencontre, à Ifrane, en août 1986, entre le Roi Hassan II et le premier ministre israélien, Shimon Pérès.

Avec la Tunisie, les relations se dégradent : en 1985, elles  sont carrément rompues.

La prise de pouvoir en Tunisie par Ben Ali, le 7 novembre 1987, permet de détendre l’atmosphère. Les relations sont rétablies en 1987 et  un an après, en 1988, un règlement sur le Golfe de Gabès est trouvé  en vue de l’exploitation en commun des ressources pétrolières du plateau continental.

Après la réconciliation entre la Mauritanie et le Maroc en  1985, la rencontre entre le Roi Hassan II et le Président Chadli en mai 1987, le rétablissement des relations  diplomatiques entre les deux pays  le 16 mai 1988, le climat est propice à reprise du dialogue sur une éventuelle Union du Maghreb Arabe. Le pas est finalement franchi le 17 février 1989.

Mais très vite le climat s’assombrit : le positionnement différent des pays maghrébins concernant l’invasion irakienne du Koweït, en 1990, l’affaire Lockerbie et l’embargo imposé à la Libye, la crise algérienne après 1992, la fermeture des frontières entre l’Algérie et le Maroc ensablent l’engrenage maghrébin. Au Machrek, la situation n’est guère plus brillante. Les divisions se multiplient partout  sur  fond de crises économiques à répétition.  Les pays du Maghreb Central renforcent leur ancrage européen, participent au dialogue Otan-Méditerranée (lancé en 1994 que l’Algérie rejoint plus tard),  et à la Conférence de Barcelone de 1995. Kadhafi  est isolé par l’embargo: tout le monde lui tourne le dos. C’est dans ce contexte qu’il  redécouvre une nouvelle vocation africaine.

Très tôt, peu après son coup d’Etat de 1969, Kadhafi s’invite dans le conflit interne au Tchad, et soutient les factions rebelles qui contestent l’autorité du président tchadien. Il profite des troubles inter-tchadiens pour annexer de facto la bande d’Aouzou. Plus tard, en 1980, il intervient directement au Tchad pour soutenir les opposants qui s’emparent du pouvoir. Il va jusqu’à appeler à l’unification des deux pays suscitant un sursaut nationaliste tchadien. Son allié, Goukouni, réclame le retrait des troupes libyennes. Après la débâcle de l’intervention libyenne en Ouganda en 1979, le retrait de la Libye du Tchad entame le prestige de Kadhafi qui, dés les années 80, comme on l’a vu précédemment, réoriente son intérêt vers le Maghreb.

Son désappointement avec le Maghreb dans les années 90, et  son isolement  dans le monde arabe, le poussent à nouveau à se chercher un rôle en Afrique. Il multiplie les aides, soutient des oppositions politiques, et se met à dos beaucoup de dirigeants africains. On sent à la fin des années 90, une résistance concertée  pour s’opposer à l’extension de l’influence libyenne.

La levée de l’embargo sur la Libye à partir de 1999, le renoncement aux armes de destruction massive, son retour sur la scène internationale, lui donnent une nouvelle respectabilité qu’il met à profit pour se présenter comme un sage africain, soucieux du sort du continent, et préoccupé de son développement. Il entame donc une série de tournées africaines, haranguant des foules immenses (comme à Conakry, le 25 juin 2007) ou  à Abidjan, le 27 juin de la même année).Avec délectation,  Kadhafi  mesure sa popularité auprès des jeunes et se met à rêver qu’il est investi d’un rôle de sauveur de l’Afrique. De fait , il se taille un franc succès en  stigmatisant l’Occident colonial, en incitant les jeunes africains à rester en Afrique, « leur paradis », comme il dit, et en appelant à la création des  » Etats-Unis d’Afrique », dont il dit souhaiter en être le premier président. Autour de sa personnalité, se cristallise les mille espoirs de l’Afrique de demain.

En février 2009, il est élu président de l’Union Africaine. Au cours de l’année écoulée, il a dû tempérer son discours, éviter les déclarations tonitruantes pour éviter de braquer contre lui, inutilement, les autres  membres de l’Union africaine. Mais il est un projet qui l’obsède c’est la mise sur pied des Etats-Unis d’Afrique. Mais il n’aura ni le temps, ni les ressources, pour le réaliser tant les résistances sont fortes. En 2010, la Libye a dû céder la présidence au Malawi. Quant à la prodigalité du dirigeant libyen, elle suscite des remous à l’intérieur du pays où  le chômage bat son plein. Ainsi le dirigeant libyen se trouve face à un dilemme : comment jouer au  » Roi des Africains » si les bases mêmes de son pouvoir en Libye  commencent à s’effondrer. La géopolitique des grandeurs a ainsi des limites. Le Frère Guide de la Grande Jamahiriya vient d’en faire l’amère expérience.

Mais son échec le plus cuisant se vérifie en Libye même gagnée par le vent de révolte et de révolte qui souffle sur l’ensemble des pays arabes. Car, contrairement à Bel Ali, son voisin tunisien, qui a préféré l’exil, Kadhafi s’est accroché à son poste, n’hésitant  pas à soumettre sa population à  un déluge de feu. C’est l’exemple même du  contre-paradigme de la révolution heureuse.

 

3. La Libye: le contre-paradigme

A l’évidence, la bourrasque démocratique sui souffle sur le monde arabe n’épargne aucun Etat. Républiques ou Monarchies, riches ou pauvres, grands ou petits, tous les Etats arabes sont désormais exposés à des peuples en colère réclamant  liberté, dignité et emploi. Le mouvement semble imparable : rien ne met ces Etats à l’abri des secousses, rien n’amortit le choc: ni la généalogie noble des descendants du Prophète, ni la garde des Lieux Saints de l’Islam, ni la défense du Sunnisme, ni « le droit divin » dont se parent les Commandeurs des croyants, ni le discours creux de ceux qui prétendent être les  défenseurs des grandes causes arabes (notamment la cause palestinienne), ni la rente pétrolière, ne parviennent à faire barrage à la contestation et  étouffer le cri de la liberté.

Le maux dont souffrent les sociétés arabes sont structurels et communs : systèmes autoritaires, régimes prédateurs, dérives patrimoniales, hypertrophie des services de sécurité, démocraties cosmétiques et élections truquées, économies dysfonctionnelles. De ce fait, aucun Etat arabe ne peut prétendre à une quelconque exception qui le mettrait à l’abri. Il n’en demeure pas moins qu’il existe de nombreuses différences entre les Etats, liées  aux itinéraires historiques, la répartition de la population sur le territoire, les taux d’urbanisation et d’éducation, la condition de la femme, le rôle de l’armée, l’homogénéité de la société ou , a contrario,  l’existence de lignes de fracture de nature linguistique, ethnique,  religieuse, régionale ou tribale. Ces différences colorent chacune des révolutions,  lui donnent un cachet particulier et déterminent la réaction de chaque régime, le rôle de l’armée et des forces de sécurité, et en définitive, la nature, le rythme et l’intensité du changement.

En prenant le cas tunisien comme  » le paradigme » de la révolution pacifique, conduite par des jeunes éduqués et connectés, dans un mouvement de masse supra-partisan  et s’appuyant sur la fraternisation d’une armée nationale, alors, force est de reconnaître que la Libye offre le contre-exemple parfait de ce paradigme.

Rappelons à grands traits ce qu’est la Libye. D’abord c’est une vaste géographie : avec plus de 1.700.000 km2, elle est 3 fois plus étendue que la France, mais c’est une géographie couverte par les déserts à raison de 90 %. La population libyenne dépasse à peine 6.7 millions d’habitants (soit un 10ème de la population française), mais deux tiers de cette population sont concentrés sur le littoral méditerranéen qui s’étire sur plus de 1350 kilomètres, avec deux grandes villes: Benghazi à l’Est et Tripoli à l’Ouest, respectivement principales villes de la Cyrénaïque et de la Tripolitaine, deux des trois régions principales de la Libye, le Fezzan au centre, étant la troisième région.

Nous nous trouvons donc dans un pays dont les identités régionales sont bien marquées et couplées à des structures tribales ancestrales. Le fait que Benghazi soit le fief de la « rébellion » libyenne n’est nullement fortuit, puisque l’Est libyen a déjà été le théâtre de rébellions importantes  matées par la violence aveugle et qu’il n’a jamais cessé de pâtir des affres de la répression du régime Kadhafi, reposant principalement sur la loyauté des tribus de la Tripolitaine et en premier lieu  sa propre tribu. A cette inscription territoriale de la révolte, il faut ajouter les rivalités anciennes entre les tribus de l’Est libyen, notamment les Warfala y les Sénoussis, et celles de l’Ouest, notamment la propre tribu de Kadhafi : les Kadhafa. Les tribus de l’Est et du Fezzan se sont toujours senties lésées par une inégale distribution de la rente pétrolière et généralement par la mainmise de la tribu de Khadafi et quelques autres tribus de l’Ouest  sur les rouages de la  » Jamahiriyya libyenne » , en fournissant les cadres des ministères et des secteurs publics et en constituant le gros des  » troupes d’élites » du régime.

A ces traits distinctifs (pays étendu, faible population, concentration urbaine sur le littoral, polarisation régionale, structures tribales marquées et inégalité dans la  répartition de la rente), s’ajoute une histoire politique mouvementée marquée, après 1945, par l’occupation de la Grande Bretagne des régions de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque et par l’occupation des troupes gaullistes du Fezzan. Après des débats houleux aux Nations-Unies, la Libye accède à l’indépendance  le 24 décembre 1951 et  Idriss el Sénoussi est proclamé roi. Les armées anglaises et françaises se retirent, mais, l’Angleterre et les Etats-Unis imposent au Roi le maintien de bases militaires (Traités de 1953 et 1954) et la Libye se met ouvertement dans le giron occidental anti-nassérien.

L’exploitation du pétrole,  à partir de 1959, accroit les ressources  financières du pays et, du même coup, son importance géopolitique pour l’Occident, en pleine guerre froide. Le 1er  septembre 1969, Kadhafi, alors jeune colonel, renverse la monarchie sénoussie et s’installe à la tête du pays. Rapidement, il fait évacuer les bases étrangères,  nationalise les banques, et exproprie les colons italiens installés dans le pays entre 1912 et 1939.  Dans l’effervescence nationaliste de l’époque, Kadhafi fait figure de chef révolutionnaire et est salué par les arabes comme l’héritier de Nasser décédé en 1970.

Mais le dirigeant libyen se révèle imprévisible, voire mégalomane.  C’est alors qu’il se taille un rôle à la mesure de ses ambitions : devenir le théoricien-guide du Tiers-Monde. En 1975, il publie le premier tome de son « Livre Vert: solution du problème de la démocratie ». En 1976, il crée les  » comités populaires », une sorte de  » démocratie directe » et proclame, en 1977, la Jamahiriyya populaire et socialiste de Libye (république des masses) dont il devient, non pas le Président, mais  » le Guide ».

Installé aux commandes, le bouillonnant Kadhafi se sent rapidement à l’étroit dans un pays certes riche, mais faiblement peuplé (2 millions en 1970, 4 millions en 1990 et 6.7 millions en 2010). Il multiplie les Unions éphémères  avec l’Egypte (1972-1973), avec la Tunisie (1974), le Maroc (1984). Il s’engage dans des aventures militaires en Afrique (occupation de la Bande d’Aouzou en 1973 puis intervient directement au Tchad  (en 1980). Accusé de soutenir le terrorisme international, sa résidence  à  Tripoli est bombardée par les américains en 1986 : une fille adoptive de Kadhafi est tuée. En décembre 1988, un attentat attribué aux agents de Kadhafi fait  259 morts à Lockerbie et un autre, en septembre 1989, contre  un avion d’Air France au-dessus du Ténéré fait 170 morts. La séquence des événements ne laisse subsister aucun doute quant à la responsabilité libyenne.

Mais la Libye est un pays utile et l’Occident ne tient pas à se l’aliéner. L’affaire des  » attentats » est soldée à coup de milliards de dollars d’indemnisation aux victimes. Le régime libyen a voulu desserrer l’étau  qui commençait  à l’étouffer. Le revirement  est spectaculaire : il survient après les attentats du 11 septembre 2001 et surtout la guerre américaine contre Saddam Hussein en 2003. Le calcul de  Kadhafi est rationnel : avec la fin de la guerre froide  et dans un monde dominé par la superpuissance américaine, il est inutile, voire suicidaire, de nager à contre-courant et de s’attirer les foudres de l’Amérique .Ce faisant, il applique, à la lettre, le proverbe arabe qui dit  » la main que tu ne peux pas couper, baise-la ».

Ce revirement conforte la politique américaine : le président  Bush cite Kadhafi en exemple du dirigeant sérieux qui, de son plein gré, renonce aux armes de destruction massive,  prend ses distances par rapport au terrorisme et s’inscrit même dans la stratégie de lutte anti-terroriste. Les Européens ne tarissent pas d’éloges, non plus. Non seulement le marché libyen s’ouvre à leurs investissements, mais Kadhafi signe avec  la France et autres Etats européens  de juteux contrats d’achat d’armement et s’engage, de surcroît, à cadenasser ses frontières  pour endiguer les flux migratoires clandestins, jouant ainsi à   » la police à distance » pour le compte de l’UE.

La récompense ne s’est pas fait attendre : d’Etat  » voyou », voilà la Libye hissée au rang  d’Etat  » fréquentable », utile voire ami. Jadis conspué comme chef terroriste, Kadhafi  fait son entrée sur la scène internationale, engrangeant de nombreux succès : en Afrique dont il devient le président de l’Union Africaine (2009) et commence même à rêver de devenir le Roi des Etats-Unis d’Afrique. En Occident, il est accueilli, les bras ouverts.

Avec une production de 1.600.000 barils de pétrole par jour, la Libye n’est guère un grand producteur (à peine 2 % de la production mondiale), mais son pétrole bénéficie d’une double prime : de qualité (faible teneur en souffre) et de proximité (la Libye est très proche des marchés italiens et européens). Cela a permis au régime d’engranger des  revenus colossaux dont une partie alimente un fonds souverain présent sur tous les continents  et  une autre partie est accaparée par Kadhafi, sa famille et son clan.

Tout cela ne modifie en rien le fonctionnement interne du pays, car le régime politique libyen demeure atypique, rappelant à beaucoup d’égards la Corée du Nord, le pétrole en plus. En effet le pouvoir est dominé par la figure du  » Guide », régnant sans partage, sur une « Jamahiriya » marquée par une étonnante anomie politique, ne reconnaissant ni organisations professionnelles, ni syndicats indépendants, ni partis politiques, ni parlement. A la place de tout cela, on trouve des  » comités populaires« ,  excellemment endoctrinés, mais mauvais gestionnaires. Rien d’étonnant que ce pays  qui avait les ressources pour devenir le  » tigre » de l’Afrique du Nord est demeuré davantage un  » drapeau planté sur un puits de pétrole » qu’une économie performante, innovante et créatrice d’emplois de qualité.

A la dépendance libyenne des exportations pétrolières  s’ajoute un système organisé de prédation familiale et clanique, transformant le pays en une sorte d’entreprise privée, presque un  » patrimoine familial », ouvrant la voie à une dérive dynastique : les enfants de Kadhafi  assurant tantôt la défense rapprochée de leur père et de son régime, tantôt assumant le rôle de portes-parole attitrés voire le statut de  » princes héritiers ». L’égomanie du père et sa folie de grandeur ont déteint sur ses enfants qui exhibent une arrogance et une suffisance hors du commun. On les voit agiter, tour à tour, les épouvantails de réactiver Al-Qaida, d’ouvrir la vanne migratoire et de  submerger l’Europe, d’écraser la rébellion dans le sang, de débusquer les  » traîtres » et de leur infliger une  » punition exemplaire », voire de déstabiliser toute la Méditerranée.

C’est contre ce régime  dominé par un clan et coiffé, au sommet, par un dirigeant lunatique et fantasque, que les libyens se révoltent aujourd’hui. Le fait que la révolte libyenne survient en mars 2011 n’est pas le fruit du hasard. Les révolutions tunisienne et égyptienne ont agi comme des éperons. Si les jeunes tunisiens et égyptiens ont su braver la répression et déboulonner deux régimes dont on vantait, en Europe, la solidité, pourquoi les libyens seraient-ils en reste et pourquoi la quête de liberté s’arrêterait à la frontière de l’Egypte et de la Tunisie?

Sauf que la Libye n’est pas la Tunisie. Les « rebelles » libyens savaient pertinemment qu’ils s’exposaient à une terrible répression, contenu de la nature du régime qui les domine. Or on a le sentiment qu’il y a eu une totale impréparation. Face à la répression des forces de Kadhafi, la  » révolte démocratique » s’est muée en une  » insurrection armée sans armements ». Benghazi devient vite le fief de la rébellion et sa rampe de lancement. Les tribus de l’Est se rangent du côté des  » rebelles ». Mais des tribus de l’Ouest et du Centre font de même. L’armée, traversée par les mêmes lignes de fractures régionales et tribales se coupe en deux : dissidents contre fidèles. Mais les arsenaux militaires et les armes lourdes demeurent sous le contrôle du régime. Le face-à-face est inégal : des insurgés sans commandement, sans moyens de communication, et  sans armement adéquat face à des troupes d’élites et des mercenaires recrutés  et entraînés à la hâte.

L’affrontement tourne au massacre : l’armée de Kadhafi n’hésite pas à lancer des chars contre les centres urbains. L’émoi est général : d’abord le Conseil de Coopération du Golfe, ensuite la Ligue des Etats arabes appellent les Nations Unies à assumer leur responsabilité et imposer une zone d’exclusion aérienne et protéger les civils. L’aval arabe garanti, la résolution 1973 du Conseil de Sécurité  sur la Libye est adoptée  avec cinq abstentions, celles des Etats BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et, chose surprenante, celle de l’Allemagne.

Il est trop pur écrire cette histoire mais on peut postuler que l’Allemagne n’a pas apprécié la politique française à hue et à dia et la reconnaissance par Nicolas Sarkozy de la  » légitimité du Conseil libyen de transition » à la veille de la réunion du Conseil européen. On peut aussi avancer la thèse que l’Allemagne s’est sentie humiliée par le  » tandem Sarkozy-Cameron » qui a enfourché une position en pointe sans une consultation préalable avec les pairs européens.

On pourra épiloguer longtemps sur ce soudain sursaut volontariste français. Et certains ne manqueront pas de faire remarquer que Sarkozy est plus préoccupé par les sondages concernant sa réélection, en 2012,  et la percée de Marie Le Pen  que par la protection du peuple libyen. D’autres vont gloser sur les premières frappes françaises survenues le 19 mars, la veille des élections cantonales du 20 mars. De tels soupçons feraient suspecter la position française de  » cynisme » de mauvais aloi.

Plus pertinents, me semble-t-il, les arguments qui consistent à rappeler que l’Occident n’a pas à s’immiscer dans les affaires arabes, que si la Libye n’avait pas de pétrole l’Occident n’aurait pas fait montre d’un même empressement, que  la démocratie ne s’exporte pas à coups de missiles, qu’il eût été plus judicieux de donner les moyens aux libyens pour se défendre eux-mêmes, qu’il appartient au peuple  libyen , avec l’aide de frères arabes, de  » faire sa révolution » et d’en assumer tous les risques , car comme dit le proverbe arabe  » qui veut du miel s’expose aux piqûres des abeilles« .

Ces arguments sont recevables et j’avoue, que moi-même, je suis assailli par le doute. Je crains que cette énième intervention occidentale en terre arabe (après la Somalie et l’Irak) n’apparaisse, dans le subconscient collectif, comme une ingérence insupportable- sous couvert d’intervention humanitaire- pendant que la Palestine continue à subir les affres de la colonisation et que d’autres pays pétroliers arabes – peu démocratiques – continuent à bénéficier du parapluie américain.

Sauf que dans le cas libyen, il ne s’agit pas d’une simple piqûre d’abeille, mais d’un massacre annoncé par un satrape sanguinaire qui ne lésine sur aucun moyen pour sauver son régime .

Maintenant que l’opération  » Aube de l’Odyssée » est engagée avec une participation symbolique arabe , mais  sous  un mandat explicite du Conseil de Sécurité , il a quelques écueils à éviter :  se laisser enliser dans un conflit de longue durée, se laisser griser par le « le feu d’artifice des missiles » qui pleuvent sur la Libye, chercher à installer en Libye un gouvernement qui  » plaise  » à l’Occident,  remplacer Kadhafi par un  » Karzai » libyen , appeler la coalition  » coalition occidentale » et non  » coalition internationale » , intervenir au sol  ou  offrir au monde le spectacle affligeant de dissensions entre les pays de la coalition. Cela n’exclut pas d’armer les rebelles et de les conseiller, à condition que ceux-ci s’engagent à ne pas les utiliser contre les  » civils »  du camp adverse et que les rebelles ne soient pas infiltrés par des activistes jihadistes.

La prudence est donc de mise. La Libye n’est pas l’Irak  et le droit d’ingérence ne doit pas se transformer en guerre préventive. Pour l’heure tout le monde dit respecter le mandat du Conseil de Sécurité sur la zone d’exclusion aérienne. Mais tout le monde s’accorde à reconnaître la légitimité des revendications du peuple libyen. Or une des principales revendications est le départ de Kadhafi, voire son jugement. On est donc en pleine ambigüité. Le Conseil de Sécurité n’appelle pas au changement du régime, mais le soutien aux revendications populaires libyennes y pousse.

Pour ma part, je pense qu’ il serait impossible de s’extraire  de l’ornière libyenne sans le départ de Kadhafi. Toute négociation avec lui doit porter sur les modalités de son départ et non sur celles de son maintien. Car celui-ci est non seulement inconcevable, mais inconvenant. Ce serait une insulte au peuple libyen révolté, un désaveu de la communauté internationale, et un mauvais message pour les autres peuples arabes.

Nous savions ce que voulaient les peuples tunisiens et égyptiens : leurs slogans étaient explicites et modernes. Nous savons, grosso modo,  ce que veut le peuple libyen : se débarrasser de son  » guide » peu inspiré.  Mais quel est le programme du  » Conseil National de transition », quelle est sa composition, quel est son projet d’avenir pour la Libye, comment entend-il réconcilier les libyens, éviter la fragmentation du pays  et mettre en place un Etat digne de ce nom avec des institutions transparentes, une gouvernance économique, et une démocratie qui transcende les solidarités primordiales de type régional ou tribal ?

Sur toutes ces questions, nous sommes encore dans le flou. Cela amène certains observateurs à parler de  » révolution précoce« , car les jeunes révoltés sont  devenus « des insurgés et des rebelles », le face-à-face entre le peuple et le régime a tourné à la guerre civile et, pire, l’objectif final n’est pas garanti, car comme le dit Raymond Aron :  »  Ce sont les hommes qui font l’histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font« (cité par Alain Franchon, Bilan Stratégie, le Monde 2011).

 

 

Organized by the MEDEA Institute and the European Movement Belgium.

Melchior Wathelet, Secretary of State for Asylum and Migration policy, will be the guest of  this MidiMed and will come back on proposals to amend the Schengen system due to pressure North African migration.

In the context of unstable popular revolutions in North Africa, the European port cities of the Mediterranean have seen the arrival of tens of thousands of North African migrants in recent weeks. Since early 2011, the Italian city of Lampedusa alone have welcomed tens of thousands of refugees. Led by Italy and France, European countries have decided to challenge the current functioning of the Schengen area, which allows free movement of individuals within the 25 countries. This « Midi de la Méditerrannée » will be the opportunity to review the proposed revisions to the Schengen system following recent North African migration pressures and assess the extent of the impact of the Arab spring on the European Union.

Venue: European Commission Representation in Belgium. Rue Archimede 73, 1000 Brussels.

P.A.F. (Sandwiches & drinks): 5 € (SEM member), 8 € (non-members).

Registration required by email (medea@medea.be) or 02/231.13.00.

 

Un débat Cafebabel Bruxelles, jeudi 26 mai à 18h30

L’Europe et le monde arabe, quelles (r)évolutions à venir ?

Après les chutes des dictateurs et les bouleversements géopolitiques qu’elles impliquent, quel sera l’avenir des relations entre l’Europe et le monde arabe?

  • Quelles sont les implications diplomatiques des bouleversements politiques actuelles ?
  • Dans quelle mesure l’Europe doit elle repenser et reconstruire son rapport au monde arabe ?
  • Face aux critiques, sera-t-il aisé pour l’Europe de procéder à une sorte de « blanchiment diplomatique » ?
  • Parallèlement, quelle attitude l’Europe peut-elle espérer des régimes démocratiques naissants à son égard ?

Avec:

Malika Benarab-Attou, Députée européenne, membre de la Délégation pour les relations avec les pays du Maghreb et l’Union du Maghreb arabe

Olaf Deussen, Fondateur et président de EuroArab Forum

Labib Fahmy, Correspondant d’Al Jazeera à Bruxelles

Jeudi 26 mai 2011 à 18h30
Café Saint Hubert
Place des Chasseurs Ardennais 20 – 1030 Schaerbeek
(Bus 61- 28, arrêt Chasseurs Ardennais)

La Commune de Schaerbeek offre un verre à tous les participants.

Pour plus d’information, cliquez ici

 

 

La CNAPD vous invite au midi thématique sur

 

«LE TOUR D’HORIZON DE L’AFRIQUE DU NORD ET DU MOYEN ORIENT»
Le jeudi 26 mai de 12 h30 à 14h00

 

Depuis le début de cette année, nous assistons à un mouvement populaire sans précédent, démarré en Tunisie puis en Égypte et propagé peu à peu à l’ensemble de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Tous différents par leur mode d’action et de revendication, ces soulèvements témoignent tous d’une mobilisation collective pour la liberté, la démocratie et la justice sociale.Pour tenter d’y voir plus clair sur les contextes, à chaque fois différents, dans lesquels s’inscrivent ces événements ; pour entrevoir les logiques qui ont sous-tendu les situations pré-soulèvements et la répression des soulèvements ; pour débattre d’une Histoire en construction

Intervenante :

Rabab Khaïry (chercheuse au CNCD en charge de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient )

Modérateur:

Samuel Legros (recherche et plaidoyer CNAPD)

Adresse : Chaussée d’Haecht 51
à 1210 Bruxelles

Confirmation souhaitée: 02/640 52 62 ou info@cnapd.be
Sandwich disponible sur demande

 

 

Prof.Bichara KHADER

Cermac-UCL-Belgium

 

Since the start of 2011, the Arab World is shaken by popular demonstrations for freedom, dignity and employment. Two Heads of state, in Tunisia and Egypt, have already been ousted, one fleeing abroad and the other to face a court ordeal. Other Heads of State are white with fear on their perch. Some hold on to power, ready to carry out bloodsheds over their own people. As for the more pragmatic leaders, these chose the path of reform to contain the protests.

The reasons behind the popular discontent are many-fold: longevity of ageing, corrupt and predatory regimes, little scope for freedom, patrimonial and dynastic abuses, and growth without development as a result of capitalism of cronyism.

All these factors are exacerbated by the demographic factor: the extreme youth of the Arab population in the context of a profound demographic transformation. Indeed, since the early 1980s, the Arab World has witnessed a demographic deficit, marked by a significant drop of the synthetic birthrate, reaching today 2 to 3 children per mother against 5 to 7 on average in the 1960s. Various factors can explain this demographic decrease: increase in the number of education women and their participation on the job market; accelerated urbanization; and the nuclearisation of the family (the rule was once the enlarged family); the decline of rent-roll economies; greater resort to contraceptive methods; globalization of attitudes; etc. Figures show a progressive convergence in terms of procreation of the two shores of the Mediterranean, hence contradicting certain polemists who claim Arabs, and Muslims in general, have “kids like rabbits” (Oriana Fallaci).

One distinction must be made, and it is an important one. Unlike Europe, “wrinkled and ageing”, a characteristic of the Arab World is its extremely young population. The 0-20 age bracket represents 45% of the total population (against 25% in the EU), or approximately 170 million of a total current Arab population of 360 million. Young people aged 15 to 25 represent ¼ of the total population, averaging 80 million. In other words, the number of middle-aged oscillates around 25% of the Arab population, while it reaches 38% in European countries.

Theoretically, a young population should represent a window of opportunity. Certain demographers refer to a “demographic gift”, a “Youth bulge”, to underline the close links between available, educated and productive workforce, with economic development. But this is in theory. The reality is very different: the young Arabs, for whom rates of education and schooling have shown an extraordinary leap, are now confronted to alarming unemployment rates. These are estimated at 40% for the overall youth population and at 30% for young graduates. In both cases, women are doubly penalized. Various factors seem to explain this state of play: the poor quality of the educational system; the little diversification and regional integration of the economies; the predatory political regimes; the anemia of the private sector built upon family structures; a plethoric public sector whose absorption capacity is greatly affected; and a poor improvement of products necessary for the creation of quality jobs (many countries resort to textile subcontracting or to tourism that can only offer minimal incomes): in other words, an alarming disparity between supply and demand for young people in the active population.

Historically, the family has helped absorb the consequences of unemployment through the preservation of the social network and the creation of small jobs for young people with little investments (family businesses). It has replaced the State and the modern system: both having proven inefficient. The informal sector has also helped dampen the young population, but with pittances as incomes. This underemployment is a disguised form of unemployment. Emigration was another safety-valve, which has relieved the local job market. An estimated 10% of the active population of the Maghreb countries has been exported to the European Union, while that the Gulf countries have generated over 5 million jobs for Arabs of the Middle East.

The reality is that the valve of emigration is narrowing. The EU has padlocked its borders to regular immigration since 1974, while the Gulf countries have privileged the “national preference” for administrative positions and a cheaper and more docile Asian immigration. Admittedly, irregular migration has outplayed all restrictions and young people, mainly from the Maghreb countries, have continued reaching Europe, while the Gulf countries continue to welcome between 5 and 6 million Arab expatriates. But this has not helped soothe high unemployment rates in countries of origin. In fact, the economic strategies of these countries persist to privilege low-income sectors (textile and tourism) and the predatory nature of certain regimes discourages the dynamism of the private sector and the entrepreneurial spirit in general.

Arab States concentrate in hiding this problem behind rigged unemployment figures (12% or 14%). Some States even boasted to enjoy lower unemployment rates than Spain and Portugal. This contrasts a bleak reality of injustice marked by unequaled levels of youth unemployment, just above those of sub-Saharan African countries. This is clearly visible through the distressing spectacle of the idleness of all these young Arabs leaning against a wall all day, smoking cigarettes (in Algeria, they are nicknamed the “Hittites” – Hit meaning wall) or drinking tea at the terraces of cafés.

The psychological frustration of these young people is easy to imagine: their degrees are no longer their keys to success; they cannot build a family (nearly 2/3 of young men and 1/3 of young women are single at 30, while the average age of marriage in the 1960s was 18years old for women and 24years old for men); they cannot afford rent and continue to live with their family (3/4 of young people under the age of 30 live at home).

A young population full of dreams, ambitious, increasingly educated, largely urbanized, and connected to the outside world through social networks and cable, combined with a narrow job market: these are the ingredients of such explosion.

Is it thus a by chance that the three most repeated slogans, on the squares of Tunis and Cairo and other Arab capitals, were “freedom, dignity and employment”? Is it just a stroke of luck that the democratic protests were driven by young people, in spontaneous fashion, without leadership and political structure? These angered young people demonstrated unprecedented courage, astonishing maturity and striking modernity, while their elders froze white with fear?

But these young people may be quickly disappointed, as getting rid of an authoritarian regime is one thing, but developing a functional economy and creating the future for young people is a different story and will take time. Will young Arabs have the patience to wait? Here is the main question.

The young Arabs are confronting the European Union. The latter has too often supported Arab despots, claiming that stability is preferable to chaos and that these despots – falsely secular – are battlements against militant Islamism and anti-migratory sentinels. Time has come for the EU to compensate past transgressions by accompanying the democratic Arab revolutions and providing aid and advice to create, with the Arab countries, projects purveyor of jobs for a youth fed up of this “badly paid existence”. This is the meaning of the Communication produced by the European Commission entitled “Partnership for democracy and shared prosperity”. Let us hope that this new commitment does not end up being another simple “announcement effect”.