06/05/2011

Après Ben Laden, un monde plus sûr et plus juste ?

L’annonce de la mort d’Oussama Ben Laden, ce lundi 2 mai 2011, a provoqué des réactions unanimes dans le monde occidental. Des scènes de liesse ont pu être observées aux Etats-Unis. Les chefs d’Etats européens, quant à eux, ont exprimé à l’unisson leur soulagement que le monde soit débarrassé d’une menace majeure pour la sécurité mondiale. À en croire leurs déclarations, il semble qu’il n’y ait rien à redire devant ce qu’on peut pourtant appeler une élimination ciblée; on peut se rassurer : justice a été faite et le monde est aujourd’hui plus sûr…

On peut en effet espérer que la mort de Ben Laden provoquera un affaiblissement de Al-Qaeda sur le moyen terme mais à court terme, au contraire il y a un risque de représailles de l’organisation pour montrer que la mort du leader n’a en rien entamé la capacité de nuisance du réseau terroriste. Cela a d’ailleurs été confirmé aujourd’hui par Al-Qaeda qui, après avoir confirmé la mort de son chef, a menacé de se venger et s’engage à poursuivre les actions violentes.

De plus, Ben Laden n’avait plus aucun rôle technique ou militaire dans la direction des opérations, il n’en était plus que l’inspiration. Loin d’affaiblir le réseau, sa mort en fait une icône, un mythe pour ses partisans, de la même manière qu’elle donne à ses ennemis la satisfaction d’avoir porté un coup au terrorisme. Elle renforce la hargne des uns tandis qu’elle apporte de l’espoir aux autres. Elle a une double valeur symbolique et psychologique mais ne supprime en rien la menace terroriste. Le coordinateur pour l’Union européenne de la lutte contre le terrorisme Gilles de Kerchove affirme d’ailleurs que « la figure symbolique d’Oussama Ben Laden continuera à influencer des groupes et des individus ». D’autre part, les doutes semés par la scénarisation toute particulière de son élimination et l’utilisation, dans un premier temps, par les médias du monde entier d’un montage grossier pour l’illustrer alimentent les théories du complot et risquent de placer Ben Laden en martyr de l’arbitraire occidental. On attend toujours les preuves, photos et tests ADN. En leur absence les esprits des complotistes s’enflamment et cela risque de renforcer le mythe.

Pour ce qui est de la recherche de la justice, peut-on vraiment considérer que justice a été faite quand il s’agit en fait d’une exécution extrajudiciaire qui va à l’encontre des règles fondamentales de l’Etat de droit et de la démocratie, censés protéger contre l’arbitraire ? Au nom de l’Etat de droit, il eût été préférable de juger l’individu plutôt que de tomber dans la vengeance privée. En affirmant que justice a été faite, les dirigeants et chefs d’Etat de l’Union Européenne, censés défendre les valeurs démocratiques, ont envoyé un signal négatif à tous les citoyens épris de justice, rendant acceptable et célébrant même l’application de la loi du Talion au niveau de l’Etat.

Iman Bahri