20/05/2011

Liban : Non au confessionnalisme !

 

Evènement passé complètement inaperçu dans la presse européenne, ce dimanche 15 mai 2011, à Beyrouth, surfant sur la vague de contestations dans le monde arabe, une foule jeune et progressiste se pressait dans les rues de Beyrouth pour rejoindre la deuxième édition de la Lebanese Laique Pride. Ce mouvement citoyen lancé en 2010 entend éveiller les consciences sur l’archaïsme du système politique libanais et ses dérives sectaires et revendique l’établissement progressif d’un Liban laïque, où tous les citoyens seraient égaux quel que soit leur confession ou leur sexe. Cette année, les organisateurs ont choisi de mettre l’accent des revendications sur la nécessité d’adoption par le Liban d’un mariage civil, ainsi que sur l’indispensable vote du texte de loi protégeant les femmes de la violence domestique, initié par l’ONG Kafa mais rendu difficile par le tabou religieux qui pèse sur le sujet.

Cette marche fait office de curiosité dans un pays régi par un système confessionnel étroit, initialement censé garantir la coexistence harmonieuse des 18 communautés confessionnelles vivant sur son sol. Mais justement ce système, plutôt que de favoriser l’entente entre les différentes communautés, a, dans les faits, exacerbé les tensions. Le partage du pouvoir à tous les niveaux de la société sur une base confessionnelle est compris comme un dû et non comme une possibilité à tous de participer. L’omniprésence du référent religieux dans la sphère publique invite chaque citoyen à se définir en fonction de lui et ce au détriment du sentiment d’appartenance nationale et de la citoyenneté avec un effet mortifère pour la cohésion sociale.

Les manifestants ont ainsi exprimé dimanche leur lassitude face à l’absurdité de la vie publique locale, complètement rongée par le confessionnalisme, tout en refusant d’admettre leur impuissance. Un des organisateurs a d’ailleurs affirmé à ce propos que « la légitimité de l’Etat et de ses représentants doit venir du peuple, et non des religions ».

Les slogans humoristiques mais incisifs, l’ambiance festive proche du flower power et la philosophie pacifiste de la marche semblent exprimer une réelle volonté de coexistence bienveillante des participants. Seule ombre au tableau : le manque de leadership des organisateurs, le refus de structurer le mouvement et la difficulté de mobiliser les citoyens en dehors des circuits politiques et confessionnels, ont causé un essoufflement évident de la dynamique qui, pour sa deuxième édition, ne rassemble déjà plus que moins d’un millier de manifestants. À ce rythme, la voie vers la sécularisation du Liban risque d’être encore bien longue.

 

Iman Bahri