27/05/2011

Reste à convaincre

Ces quelques derniers mois, les grandes puissances avaient paru décontenancées par les révolutions à l’œuvre dans le monde arabe. L’extrême prudence adoptée dans le retrait de leur soutien à des dictateurs comme Ben Ali et Moubarak leur a valu une sévère perte de crédibilité dans une région où cette dernière n’était déjà pas très élevée. Les quatre mois et demi qui nous séparent de la chute du dirigeant tunisien ont finalement permis aux puissants de ce monde de reprendre leurs esprits. Les annonces de changements de stratégie et de soutien à la démocratisation se sont succédées ces deux dernières semaines…. Sans convaincre.

Le président Obama s’est élancé le premier jeudi 19 mai en promettant un soutien aux réformes politiques allant dans le sens de la démocratisation, mais également des aides au développement économique nécessaire pour soutenir ces réformes. Le message des Etats-Unis est clair : « si vous prenez les risques que comprend une réforme, vous aurez le soutien total des Etats-Unis ».

Du côté européen, Lady Ashton avait déjà dressé une ébauche de réforme de la politique européenne en Méditerranée le 8 mars dernier. Cette semaine, le Service d’Action Extérieur à émis une communication sur « une stratégie nouvelle à l’égard d’un voisinage en mutation ». Là aussi le message est clair : « Le renforcement du soutien de l’UE à ses voisins est conditionnel. Il dépendra des progrès accomplis en ce qui concerne l’établissement et la consolidation de la démocratie, ainsi que le respect de l’Etat de droit ».

Le G8 réuni à Deauville vient enfin d’assurer les pays arabes ayant entrepris une réforme démocratique de quelque 40 milliards de dollars d’aide, comprenant 20 milliards de dollars d’aide bilatérale et 20milliards qui seront injectés via les banques multilatérales.

Autant de déclarations de bonnes intentions qui ne révolutionnent en rien les approches à l’œuvre jusqu’à ce jour. Derrière le soutien de l’UE – puisque c’est l’instance qui nous intéresse au premier chef – aux réformes démocratiques, on continue à lire le besoin de sécurité en matière de contrôle de migrations et de terrorisme. Où sont en effet les garanties d’une conditionnalité basée sur la démocratisation et le respect des Droits de l’Homme, plutôt que sur le renforcement l’appareil sécuritaire de ces Etats ?

L’UE devra également passer un autre test de crédibilité : sera-t-elle capable d’appliquer ce principe de manière égale à tous ses voisins ? Il est en effet facile de parler a posteriori des « dictateurs » qu’étaient Ben Ali et Moubarak alors qu’ils étaient encore les « partenaires privilégiés » de l’UE il y a quelques mois. L’UE sanctionne facilement Kadhafi, mais est-elle prête à sanctionner au même titre le Maroc pour les exactions au Sahara Occidental ou Israël pour les crimes de guerre et contre l’humanité commis à Gaza ?

On le sait, si l’UE est très douée pour émettre des grandes déclarations de principes, elle l’est beaucoup moins pour les mettre en œuvre. Les révolutions tunisiennes et égyptiennes connaissent aujourd’hui des phases transitoires difficiles. L’élan démocratique est fort, mais les obstacles sont nombreux. Espérons donc que l’UE agira là avec prudence en s’informant, en proposant sans imposer et surtout en restant cohérente avec ses principes.

Nathalie Janne d’Othée