10/06/2011

Conduire pour protester

Hier encore, six saoudiennes de Riyad étaient temporairement arrêtées parce qu’elles avaient osé prendre le volant malgré l’interdiction en cours dans le royaume. En Arabie Saoudite, les femmes n’ont en effet pas l’autorisation de conduire en ville. La vidéo mise sur Youtube le 21 mai dernier de Manal Al Sharif, une saoudienne de 32 ans appelant les femmes à prendre le volant le 17 juin en signe de protestation et son arrestation subséquente avaient à nouveau attiré l’attention des médias sur le droit des femmes en Arabie Saoudite.

Une première revendication du genre avait déjà eu lieu à Riyad il y a longtemps de ça. Le 6 novembre 1990, 47 femmes y avaient pris le volant pour protester contre l’interdiction de conduire en ville qui leur était imposée. Elles finirent par être arrêtées et traitées de « prostituées ». Vingt et un ans après, la situation n’a pas changé.

« Nous ne sommes pas là pour contrevenir à la loi ou manifester ou défier les autorités. Nous sommes là pour revendiquer l’un de nos droits les plus élémentaires. Nous avons des permis de conduire et nous allons respecter le code de la route », précise la vidéo de Manal al Sharif. La revendication de ces femmes n’est pas politique. Ces femmes demandent simplement un droit à l’autonomie.

Tournant en leur faveur les traditions saoudiennes, elles essayent même de faire comprendre aux hommes qu’il vaut mieux pour une femme ne pas se retrouver dépendante d’un chauffeur de taxi mal intentionné.

Les réactions contre l’initiative de Manal n’ont pas tardé à se faire entendre. Les autorités religieuses y dénoncent une revendication venue de la société occidentale qui aurait pour conséquence une mixité intolérable. Certains dirigeants y voient une avancée pour laquelle la société saoudienne n’est pas encore prête (voir vidéo). Sur Facebook, une campagne appelée « campagne du Iqal » – nom donné au cordon qui retient le couvre-chef dans l’habit traditionnel des hommes saoudiens – a été lancée appelant les hommes à battre leurs femmes si elles osaient se joindre aux manifestations du 17 juin.

Le droit de conduire peut paraître une revendication bien naturelle. La difficulté qu’éprouvent les femmes saoudiennes à l’obtenir donne un aperçu de la situation du droit des femmes dans un des pays les plus rétrogrades qu’il existe en la matière. Nos pensées sont avec celles qui prendront le volant le 17 juin.

Nathalie Janne d’Othée