22/06/2011

Midi de la Méditerranée – Sauver la mer Morte, un enjeu pour la paix au Proche-Orient?

Les Midis de la Méditerranée (19)

Sauver la mer Morte, un enjeu pour la paix au Proche-Orient?

par

Sébastien Boussois
Post doctorant à l’Institut d’Etudes Européenne de l’ULB
Chercheur associé au Centre Benveniste (EPHE Sorbonne) et enseignant en Relations Internationales,
Président du CCMO, le Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient

Mardi 21 juin 2011

organisée par le Mouvement européen-Belgique et l’Institut MEDEA
au Mouvement européen-Belgique

Compte-rendu : Geoffroy d’Aspremont

 

Présentation de l’intervenant

par Nathalie Janne d’Othée, Directrice de l’Institut MEDEA

La question de l’eau est généralement un facteur de tensions au Moyen-Orient. À l’inverse, le problème environnemental de la mer Morte, dont le niveau baisse d’un mètre par an, semble en mesure de susciter une coopération inédite entre Israël, la Jordanie et l’Autorité palestinienne, dépassant largement le cadre du projet de canal mer Rouge-mer Morte (Red Dead Sea Canal). Une telle coopération, si elle se produisait, pourrait faciliter une coexistence pacifique entre Israël et ses voisins. Mais on est aujourd’hui encore loin de la « Valley of Peace » qu’annoncent les esprits les plus optimistes, la priorité étant encore donnée à la surexploitation, pour une consommation nationale, des eaux de la mer Morte par l’exploitation industrielle, le tourisme de masse, et le commerce des produits de santé.

L’intervenant a commencé son exposé en présentant le Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient, une initiative récente créée à Paris afin de mettre en valeur les travaux de jeunes chercheurs. Aujourd’hui le CCMO regroupe une cinquantaine de chercheurs, principalement francophones.

Le Sauvetage de la mer Morte, un enjeu pour la paix au Proche-Orient?

Les travaux de l’auteur portent sur les enjeux historiques, politiques, stratégiques et géopolitiques du sauvetage de la Mer Morte.

INTRODUCTION

Localisation et origine

La mer Morte est situé à 20 km de Jérusalem et est administrée par Israël et la Jordanie, dont elle fait office de frontière, et aurait du être également administrée par les Palestiniens qui en ont perdu la souveraineté en 1967. De nombreuses dénominations lui ont été donnée mais son nom officiel, Mer Morte (Dead Sea) fait référence à l’absence d’organisme vivant du à son taux de salinité très élevé. Située à un carrefour religieux, culturel, économique, mais aussi politique, la Mer Morte est en tant qu’espace transfrontalier un symbole d’une rencontre fortuite entre trois religions, de multiples cultures et sociétés depuis 2000 ans.

Intérêt de la Mer Morte et de l’eau pour le sionisme

L’intérêt d’Israël pour la mer Morte n’est pas nouveau: « Assis au bord du fleuve de Babylone, nous pleurions en nous souvenant de Sion? Nous sommes aujourd’hui assis au bord du fleuve de Bâle, résolus à ne plus pleurer ». Cette phrase d’Israël Zangwill, journaliste et enseignant juif anglais, décrivait en ces termes l’émotion suscitée lors du premier Congrès du sionisme qui se tint en Suisse en 1896. Comme un symbole, les mots de ce dernier nous font comprendre toute l’importance que va prendre l’eau dans la construction politique de cette idéologie. Quelques vingt ans après à peine, l’on retrouve dans les archives sionistes mondiales, un certain nombre de lettres de juifs de Palestine demandant à la couronne britannique l’autorisation de disposer d’une concession sur les bords de la mer Morte pour en exploiter les matières premières. L’intérêt économique de la mer Morte est clair dès le début du XXe siècle. Sur un plan historique, le sionisme a toujours considéré le Jourdain, seul grand fleuve local, et par conséquent les réserves que représentent les bassins du Lac de Tibériade et de la Mer Morte, comme une clé de voûte de l’établissement d’un futur foyer juif en Palestine. Sans eau, rien est possible. Sans richesse minières non plus. Dans ses écrits, Théodore Herzl avait d’ailleurs inclus au projet sioniste toute une partie théorique sur la Mer Morte: ses richesses et son avenir et surtout les moyens de créer un canal qui relierait la Méditerranée au lac intérieur pour irriguer toute la région entière. Le Jourdain va y devenir un outil stratégique et politique de développement – tout comme le contrôle du fleuve Litani sur le plateau du Golan. Haim Weïzmann, le successeur de Herzl, écrira ensuite en ces termes en 1919 : « Tout l’avenir économique de la Palestine dépend de son approvisionnement en eau pour l’irrigation et la production d’électricité. Nous considérons qu’il est essentiel que la frontière nord de la Palestine englobe la vallée du Litani sur une distance de 40,2 km ainsi que les flores ouest et sud du Mont Hermon. »

La mer morte en danger: de multiples raisons

La mer Morte connaît les mêmes difficultés que la mer d’Aral ou que le Lac Baïkal, et sa disparition à des causes naturelles mais surtout anthropogéniques. Si son niveau baisse naturellement depuis 40000 ans, sa dégradation a connu une accélération depuis 60 ans. Ainsi, le lac salé a vu son niveau baissé de 21 m depuis 1930. La Mer Morte a perdu 30% de sa surface de 1980 à 2008 et est surtout passée d’un seul bloc en 1931 à deux lacs distincts depuis, dont le bassin sud est aujourd’hui entièrement évaporé. Son niveau a reculé d’un mètre par an depuis près de 50 ans.

Les raisons de son déclin sont multiples: situation transfrontalière, fort taux de salinité accélérant l’évaporation, changement climatique et sécheresses persistantes, intégration de la mer Morte et de l’eau au cœur de l’idéologie politique et économique sioniste depuis le XIXe siècle, détournement de son principal affluent, le Jourdain, par Israël depuis 1948, occupation du Golan et des sources du Jourdain depuis 1967, exploitation de la potasse qui a détruit le bassin sud, développement de masse du commerce des produits cosmétiques et du tourisme fragilisant son écosystème. La question était transfrontalière, le problème va devenir transfrontalier.

 

I) LA MER MORTE COMME PARADIGME DES ENJEUX HYDRAULIQUES DE LA REGION: TRANSFORMATION DE LA GUERRE DE L’EAU A L’HYDRODIPLOMATIE?

Au Moyen-Orient comme dans d’autres régions arides du monde, l’eau est un facteur supplémentaire de déstabilisation et de tension entre les pays assoiffés. » D’un point de vue politique, les crises de l’eau sont finalement le produit des inégalités, des différences et des conflits » explique Jan Selby, professeur de relations internationales à l’Université du Sussex, dans son ouvrage Water, power and politics in the Middle-East, the other israeli-palestinian conflit.

Nombre d’observateurs, à commencer par le secrétaire général de l’ONU de 1992 à 1996, M. Boutros Boutros-Ghali, prédisaient dans les années 1990 que le prochain conflit au Proche-Orient aura pour cause l’eau. Il n’était pas le seul, et beaucoup pensent encore que l’eau peut être sources de conflits dans la région. C’est justement dans ce laps de temps de vingt ans que la question de l’eau est devenue « la » question politique par excellence, peut être même bien au-delà de celle de la paix, des territoires, des frontières et des populations car elle en est le fil rouge, le fil conducteur. C’est pour ça que de l’autre côté du spectre, des penseurs, des politiques, des hydrographes, des hydrologues ont préféré diversifier voire transformer le champ lexical de l’eau pour tenter ensuite de changer la réalité et ainsi fuir le concept répandu de « guerre de l’eau ». En parlant de stress hydrique pour éviter celui de guerre de l’eau, les scientifiques ont par ailleurs été relayés par les politiques qui préfèrent aujourd’hui parler d’ « hydrodiplomatie ». Parce que au-delà de ces chiffres énoncés plus hauts, près de 70% de l’eau consommée par Israël provient, de l’extérieur de ses frontières de 1948, c’est l’une des clés des négociations sur la paix, il n y a pas d’autre règlement de la question que politique. Et ce n’est pas l’ancien premier ministre Ithzak Rabin assassiné en 1995, qui contredirait cette réalité : « Si nous réglons tous les problèmes au Moyen-Orient, mais pas celui du partage de l’eau, notre région explosera » (Frédéric Lasserre et Luc Descroix, Eaux et territoires, tensions, coopérations et géopolitique de l’eau, L’Harmattan, 2005,). Dans le même temps, Rabin disait « Sans un accord sur l’eau, il n y aura pas d’accord (…) car pour le peuple israélien, l’eau est plus importante que la paix ». Il faut aujourd’hui passer d’un intérêt national à une gestion plus collective, égalitaire et responsable.

Dans mon étude depuis plusieurs mois, j’étudie la mer Morte comme un carrefour de représentations collectives, d’identités, d’intérêts et d’institutions complexes au sein d’une région caractérisée par le conflit et la coopération (Proche-Orient, plus particulièrement le triangle Israël-Palestine-Jordanie). C’est ce contexte spécifique qui rend cet objet d’études si spécifique. L’approche est à la fois géologique, écologique, historiographie, de sociologie politique, et de relations internationales. Et puis comme on dit souvent, tout est politique ou rien ne l’est.

II) UNE SOLUTION GLOBALE POUR L EAU DANS LA RÉGION AVEC LA MER MORTE AU CŒUR DE LA MACHINE : LE RED SEA DEAD SEA CANAL

 

Faut-il rappeler que la Jordanie fait partie des 10 pays les plus secs au monde et que les territoires palestiniens sont dépossédés depuis 40 ans du contrôle direct sur leurs réserves d’eau détournées par Israël? Et ce alors qu’ils disposent pourtant de la plus grande nappe phréatique de la région. Comble du comble pour les Palestiniens dans ce théâtre de l’absurde et parce que la solution résidera peut être finalement là, ces pays sont entourés par des mers et donc de l’eau : la Méditerranée, la Mer rouge. Que faire quand on prédit un assèchement imminent du Jourdain alors que 98% de son eau est déjà détournée directement par les Israéliens et les Jordaniens pour les besoins de leur agriculture et l’eau potable depuis 60 ans? La construction d’un canal reliant la Mer rouge à la mer morte, ou un canal reliant la mer Méditerranée à la mer morte? Les deux hypothèses ont été envisagées à un siècle d’écart.

Certains imaginèrent un canal sous la Méditerranée entre la Turquie et Israël pour subvenir aux besoins de ce dernier. Il n y avait aucune projection ou intégration de la mer Morte dans le projet, il est encore trop tôt. On pensa également à un canal de la Paix depuis l’Egypte via le Nil en direction de l’Etat hébreu.

LE MED DEAD

L’une des premiers projets envisagés pour intégrer la mer Morte dans un espace de circulation hydraulique celui d’un canal qui relierait la mer Morte à la Méditerranée. En effet, elle remonte à 1855 et ce fut l’amiral anglais William Allen qui imagina bien avant la réalisation du Canal de Suez, construire une alternative à Suez en faisant un canal depuis la méditerranée à la mer rouge via la mer Morte.

On ne reviendra pas sur les projets de Theodor Herzl de construire un canal plus simple partant de la Méditerranée à la mer Morte afin de profiter du dénivelé et créer des usines hydroélectriques sur le trajet. Tout ça remonte aux années 1970 : « Pendant la crise du pétrole, le gouvernement israélien a commencé à relancer la construction du canal Med Dead afin de produire de l’hydroélectricité et mettre ainsi fin à la dépendance du pays au pétrole.»

Amman manifeste ceci étant deux volontés : celle qu’Israël n’accentue plus son contrôle sur le territoire palestinien qu’elle gère jusqu’en 1994 avant de transférer à l’Autorité palestinienne sa gestion civile et militaire par la construction d’un canal qui entérinerait à long terme la main mise israélienne ; qu’Israël n’interfère pas dans les affaires économiques jordaniennes en dénaturant une partie des activités industrielles jordanienne d’extraction de la potasse. Cela n’empêcha pas Israël dès les années 1980 de commencer à construire le souterrain, mais le projet fut abandonné à l’approche des négociations d’Oslo. Menahem Begin, alors premier ministre depuis 1977, inaugura en 1985 le creusement des premiers mètres. On en resta là.

Ce sont les négociations de paix dans les années 1990 entre Israël et le royaume hachémite, mais également la dure sécheresse que traverse la région à l’époque qui pousse Israéliens et Jordaniens a lancer un autre projet : celui qui courrait de la mer Rouge à la mer Morte sur 180 km.

LE PROJET EN COURS : LE RED SEA DEAD SEA CANAL

Pomper les eaux de la Mer Rouge, telle est l’ambition de ce projet pharaonique qui existe sur le papier depuis de nombreuses années. Symboliquement, le tracé du RSDSC emprunterait la route de la mer des roseaux citée dans la Bible ; l’idée assez simple sur le papier de transporter de l’eau de la mer Rouge vers la mer Morte se révèlera un chantier majeur d’une dizaine d’années si le projet venait à aboutir. En construisant un canal de près de 180 km jusqu’à la Mer morte via la Jordanie, l’approvisionnement en eau de la mer devrait permettre au Lac de revivre. Il s’agirait pourtant pour commencer de stabiliser le niveau de la Mer morte qui ne fait plus que 1050 km2 et s’est vu couper en deux en raison du manque d’eau de plus en plus régulier. Et espérer un retour à la normale en 2040 à – 393m, le niveau originel. Le second objectif serait de permettre de produire de l’électricité grâce à des installations hydrauliques afin d’alimenter la région.

Eretz Ron, project manager pour le compte de l’Etat hébreu est lucide sur ce qu’est ce projet au départ scientifique : « C’est un projet complètement politique ». D’un projet israélien, puis israélo-jordanien nous parvenons avec l’intégration des Palestiniens comme bénéficiaires du projet à un projet régional où il y a des acteurs et des bénéficiaires. Alexander Mc Phail, le responsable du projet à la Banque mondiale tient à préciser que « ce projet n’est au départ pas qu’un projet israélien car les urgences provenaient des deux côtés du Jourdain. Il y a un intérêt local mais aussi international, car ce Canal que l’on cherche à conceptualiser et réaliser depuis un siècle pourra servir de modèle de coopération et de paix ».

Le second projet envisagé autour du canal, serait l’implantation d’une usine hydroélectrique qui fournirait chaque année entre 150MW et 250MW et serait réparti entre les trois pays. Le troisième projet, et pas des moindres, la construction d’une usine de dessalement verrait le jour, à dimension internationale. Un seul lieu a été imaginé pour son implantation : le village de Fifa. Jusque maintenant, la question de dessalement de l’eau de mer a toujours eu un aspect artisanal. En utilisant l’énergie produite par la centrale hydroélectrique, il serait possible de produire près de 850 millions de mètres cubes d’eau dessalée répartie ensuite entre les trois pays. Enfin, le restant de l’eau pompée irait directement dans la mer Morte. A ce rythme, Coyne et Bellier imagine dans son dernier rapport, premier élément du rapport de faisabilité, présenté en juin 2010 lors de consultations publiques, que « la stabilisation de la mer Morte à -410 mètres pourrait être achevée en 2048 ». L’objectif ici serait d’en faire un modèle international. Quatre endroits ont été imaginés pour la construction : a proximité de la mer Morte, au sud du bassin directement ou à près de 50km, selon le choix des tunnels, pipelines ou canaux ; ou encore directement à Aqaba. Encore en réflexion.

La dernière mission de ce grand projet concernerait la Vallée du Jourdain, actuelle zone militaire et frontière entre Israël, les Territoires et la Jordanie. Perès avait imaginé une « valley of peace », les autorités jordaniennes envisagent tous les moyens d’amortir le projet y compris les pires : grosses zones touristique entre Amman et la mer Morte…mais ça bloque pour l’instant. Sur un plan économique, c’est donc un projet colossal avec de nombreuses perspectives que les pays et organismes mesurent bien malgré leurs réticences à boucler le budget.

Il sera construit côté jordanien car il était nécessaire que les Israéliens donnent des gages à la Banque mondiale dans l’idée « projet régional et de coopération ». Quant au point de sortie, s’il aura lieu dans la mer Morte, sur la frontière israélo-jordanienne, il a été beaucoup plus complexe politiquement de déterminer le point d’entrée de la conduite. Aqaba ou Eilat ? « Comme le tracé fut validé sur la côté jordanienne, il était difficile d’envisager un point d’entrée côté israélien. L’idéal aurait été dans la logique de paix que revendique le projet et celle de coopération pacifique, de le positionner dans la mer rouge à la frontière des deux pays. Mais pour des raisons techniques, de courants, et de tracé, on a choisi et proposé la ville côtière jordanienne d’Aqaba » explique un responsable du rapport de faisabilité du projet RSDSC au cabinet français Coyne et Bellier. Il semble aussi que le terrain géologique soit plus favorable côté jordanien et beaucoup plus vierge de constructions que la vallée de l’arava côté israélien.

La procédure

-2005 signature lettre conjointe

-En 2002, Jordanie et Israël manifestent lors du Sommet mondial du Développement durable tenu à Johannesburg en Afrique du Sud leur souhait de construire ensemble un canal reliant les deux mers dans le but de sauver la mer Morte.

-En 2005, les trois gouvernements israélien-jordanien et palestinien se retrouvent au Forum Économique Mondial en Jordanie le 9 avril et écrivent une lettre à la Banque mondiale en la sollicitant pour la levée de fonds pour ce projet de RSDSC,

-2008 : levée de fonds de la Banque Mondiale avec 8 pays donateurs dont la France, le Japon, les États-Unis, Grèce (ils ont encore des sous), Corée du sud, Japon, Pays Bas, Suède et Italie pour 17 milliards de dollars.

-2009 jusque 2011 : rapport de faisabilité par Coyne et Bellier sur 30 mois (pré-rapport, rapport, études complémentaires) disponible pour ceux publics sur le site de la Banque mondiale

Les atout du projet

Si le niveau de la mer Morte a naturellement augmenté de 8 cm pendant l’hiver 2010, il n’est pas sur que l’on puisse compter uniquement sur un miracle naturel pour restaurer durablement son intégrité historique. Le RSDSC aurait de multiples atouts, bien au delà du sauvetage de celle ci.

L’apport d’eau est le premier intérêt du projet. Si l’on envisage l’objectif majeur du Canal qui est de délivrer par an près de 2 millions de m3 aux pays concernés, il semble bien que la question de la pénurie d’eau en l’état soit en partie résolue à moyen terme. C’est la Jordanie qui a effectué la plus grande demande en eau dessalée et ce à juste titre vu sa situation hydrographique. Les Palestiniens n’en ont pas émis le souhait, alors même que les Israéliens profitent encore largement des eaux de l’aquifère oriental palestinien et du détournement du Jourdain en amont.

Le dessalement à grande échelle pourrait être l’avenir de l’eau pour l’humanité. Les sécheresses de plus en plus nombreuses dans la région ont poussé les pays comme ceux du Golfe à réagir et à prendre l’eau là où elle se trouve. La Méditerranée et la mer Rouge baignent les bords d’Israël. L’Etat hébreu dispose déjà d’une usine de dessalement à Ashkelon sur le bord de la mer Méditerranée. C’est une industrie encore très coûteuse, depuis la construction de l’usine jusqu’au prix du litre d’eau dessalé. Dans les années 1980, un m3 d’eau dessalée coûtait environ 1,2 dollar US ; en 1994, il baissait de moitié pour atteindre les 0,6 dollar US et en 2007, descendait à 0,58 dollar US par m3. Très énergivore, le dessalement pourrait amener l’accélération de production d’énergies vertes comme le solaire, l’éolien, et l’hydroélectrique.

Le développement économique de la région pourrait être une autre conséquence positive du projet. Malgré les nombreuses réserves émises par les associations environnementales et les scientifiques, il est évident que le projet du RSDSC en amènera d’autres, qui génèreront activités économiques, industrielles et touristiques. Beaucoup imaginent également le développement touristique des sports aquatiques et des centres thermaux. Si l’on se positionne de ce seul point de vue, le projet international assurera la confiance des investisseurs privés et relancerait peut être la « Vallée de la paix » envisagée par Pérès. De l’ordre des grands chantiers du siècle, il pourrait apporter de l’emploi à de nombreux Israéliens, Jordaniens et Palestiniens.

Le sauvetage de la Mer Morte pourrait effectivement survenir grâce au RSDSC. D’après les paramètres actuels, les blocages politiques divers, la situation alarmante, il semble bien que le canal soit une bonne solution. La meilleure ? Il est difficile à ce stade de le dire mais il reste le projet le plus avancé. Le projet s’il doit se concrétiser ne se concrétisera qu’avec l’appui final et l’intervention des trois pays demandeurs depuis le début dans un processus de coopération régionale. Il ne peut y avoir défection d’un des acteurs du projet ; si tel était le cas, le projet serait probablement abandonné.

Les problèmes scientifiques et politiques du RSDSC

-mélange des eaux : elle pourrait devenir rouge (retard de coyne et bellier car s’est arrimé à un labo scientifique, ce qui n’était pas le cas au début !!)

-préservation du lieu risquée avec le développement des usines de dessalement polluantes et des centrales hydrauliques

-idée d’une biosphère ? Tension avec les organisations écologiques, qui entraînerait une redéfinition complète de l’activité des industries locales (potasse et cosmétiques).

-Il y a des opposants au RSDSC : l’action de lobbying des ONG telles FOEME auprès de la Banque Mondiale est très importante mais aussi en local. Mais aussi certains scientifiques qui sont pour une solution naturelle : rouvrir le Jourdain. Mais l’idée est impensable côté israélien et les jordaniens l’ont bien compris.

-les Palestiniens : bénéficiaires et pas vraiment acteurs, n’ont plus accès à la mer morte, et ont lancé une étude alternative

-toujours des volontés nationales comme la Jordanie qui lance le projet DISI, d’Amman à Aqaba qui reflète l’urgence même si elle est à fond pour le projet, on relève des différences de points de vue entre les ministères et les responsables locaux comme la Jordan valley Authority par exemple.

-le transfert des populations : bédouins et palestiniens sur le tracé

-la validation de l’occupation : et fin du droit au retour sur cette espace

– Le site n’est toujours pas classé à l’UNESCO pour raisons folles : ça c’est incroyable et raisons politiques

-la question du dossier « peace impact » du RSDSC;et ce aussi bien du côté des représentants des gouvernements rencontrés, que du côté de la Banque Mondiale (Alec Mc Phail) que du côté du cabinet d’ingénierie rédacteur du rapport, on est bien embêté, sur quelle base, comment, quels outils….une première version avait été proposée sous forme d’un sondages « pensez vous que le RSDSC pourrait ? ». Cela a été rejeté par la Banque mondiale qui ne tient pas à interroger n’importe qui, et surtout les peuples bien souvent plus en tension dans un contexte de paix (paix entre l’Égypte, la Jordanie et Israël mais les peuples restent très méfiants quelques soient les efforts des gouvernants.

CONCLUSION

Est ce que ce canal est une bonne solution et le prémisse à une relance du processus de paix?

Ce canal peut être un élément de coopération économique et scientifique entre les jordaniens, palestiniens et israéliens. Cependant les gens impliqués dans le projet sont cependant assez loin des politiques. De plus en ce qui concerne l’accès aux ressources en eau, les Israéliens resteront intraitables alors que les Palestiniens pensent que la question de l’accès aux ressources en eau est un préalable à toute coopération économique et donc à la construction d’un tel chantier.

La conférence a été suivie d’une séance de Questions/réponses.