24/06/2011

Une crise complexe

L’accroissement de la tension à la frontière turco-syrienne rappelle le danger potentiel que constitue l’actuelle situation syrienne pour la région. En comparaison avec toutes les précédentes révolutions, le soulèvement du peuple syrien est clairement celui qui semble comporter le plus de risques de propagation régionale. Ce risque a été clairement établi pas la Secrétaire d’Etat américaine, dans une adresse hier à la presse.

Reprise dans une vidéo sur le site du Guardian, Hilary Clinton a en effet déclaré craindre « une escalade des conflits dans la région » si le régime syrien poursuivait sa politique de répression des aspirations démocratiques de son peuple. Une telle déclaration effectuée par la Secrétaire d’Etat américaine, fondée sur des observations des services américains dans la région, est de nature à inquiéter.

La Syrie a en effet de particulier qu’elle est un Etat peu docile dans la perspective occidentale du terme, et exerçant en outre une influence sur son voisinage. Jusqu’ici pourtant, les Etats-Unis et l’UE s’accommodaient bien d’un Bachar al Assad qui montrait de temps à autres des signes de bonne volonté. La politique régionale du président syrien était en effet intelligemment menée, ménageant les uns et les autres – les Américains et les Iraniens, les Palestiniens et les Israéliens – avec pour conséquence d’aujourd’hui brouiller les analyses sur les implications régionales de la chute du régime syrien.

Ces conséquences ont déjà pris corps. A deux reprises déjà, le 15 mai et le 5 juin, des réfugiés palestiniens de Syrie tentèrent de passer les frontières les séparant du Golan, occupé par Israël. Ayant observé une certaine retenue à la première infiltration, l’armée israélienne s’est montrée nettement plus violente à la deuxième. Et depuis une quinzaine de jours, les réfugiés sont de plus en plus nombreux à s’installer dans les camps installés à la frontière sud de la Turquie, dans une région historique de conflit entre la Syrie et la Turquie. Et à côté de cela, les relations privilégiées existant entre la Syrie et l’Iran laissent à craindre une entrée en jeu de Téhéran. Jusqu’ici maîtrisées, les retombées de la révolution syrienne pourraient donc avoir un effet boule de neige sur la région.

En comparaison à l’attitude va-t-en-guerre observée face à la Libye, la communauté internationale semble donc agir ici avec beaucoup, voire trop, de prudence. En début de semaine, le conseil des Affaires étrangères de l’UE a durement dénoncé l’attitude du gouvernement syrien en alourdissant ses sanctions à l’encontre du régime syrien et de ses alliés. De plus en plus de pays tournent ainsi le dos au régime de Bachar al Assad, mais le Conseil de Sécurité n’a quant à lui pas encore décidé de sanctions du fait de la persistance du veto russe. La situation syrienne est donc complexe, et cela au détriment du principal concerné : le peuple syrien.

N.J.O.