15/07/2011

Les égyptiens s’impatientent

Malgré les dernières concessions et promesses faites dernièrement par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige le pays depuis le départ de M. Moubarak, un nouveau rassemblement de la population Egyptienne aura lieu aujourd’hui place Tahrir.

La pression de la rue a en effet amené le premier ministre, Essam Charaf, à prononcer un discours où il a tenté de calmer les manifestants en annonçant un grand nombre de promesses. Mais loin de convaincre, le discours du premier ministre a été accueilli avec indifférence, voire déception, par la place Tahrir, et avec scepticisme de la part des citoyens qui l’ont suivi à la télévision.

Tout d’abord, le premier ministre a annoncé un report des élections législatives, qui devaient avoir lieues en septembre, à novembre où décembre. Cette demande était formulée par les nombreuses formations politiques créées depuis janvier pour leur permettre de préparer aux mieux les élections, et de lutter à armes égales avec les frères musulmans, déjà bien préparé à se présenter devant les électeurs. Le premier ministre a également annoncé code électoral sera également promulgué très bientôt.

L’annonce du report des élections a été bien accueillie par les partis politiques, à l’exception des frères musulmans, grands favoris des élections, mais ne semble pas avoir totalement calmée les manifestants. Alors que le CFSA voudrait que ces élections précèdent la rédaction d’une nouvelle constitution, de nombreux manifestants se sont prononcées pour que cette rédaction soit préalable aux élections législatives, afin de garantir l’ancrage démocratique de l’Egypte post-Moubarak quel que soit le résultat du vote.

Ensuite, le ministre de l’intérieur a annoncé une purge de l’appareil policier du pays. Cette purge comprend le renvoi de plus de 600 officiers -parmi lesquels 505 généraux et des officiers de grade inférieur- et la mutation de 4 000 membres du ministère. Des généraux et colonels ayant été impliqués dans la mort de manifestants lors de la révolution du 25 janvier sont concernés.

Aux yeux des manifestants, cette purge reste insuffisante. Les manifestants demandent surtout une réforme du ministère de l’intérieur où les pratiques de détentions arbitraires et de tortures restent monnaie courante et que cessent donc les violations systématiques des droits de l’homme. De plus les manifestants exigent que les civils ne comparaissent plus devant des tribunaux militaires.

Concernant les revendications de justice sociale qui comprennent l’accès aux services de santé et à l’enseignement, les hausses salariales ou encore les retraites, le chef du gouvernement intérimaire a demandé, dans son discours, au ministre de la Solidarité sociale de présider un comité composé de tous les ministres concernés pour étudier les demandes des manifestants. Pour finir, le gouvernement a également annoncé un remaniement ministériel.

Mais tout cela reste insuffisant pour les manifestants car des piliers de l’ancien régime détiennent toujours les rênes du pouvoir à la tête du système judiciaire, de l’appareil policier, de l’administration locale et des médias. Les manifestants exigent donc la chute de ces symboles.

Malgré toutes ces promesses, les manifestants continuent d’exiger que le gouvernement accepte toutes leurs revendications. Certains manifestants menaçant même de recourir à d’autres moyens d’action et brandissent déjà les « armes » de la grève de la faim et de la désobéissance civile.

La situation reste donc très tendue. En effet, les promesses du gouvernement provisoire sont un pas dans la bonne direction mais sont encore insuffisantes. Au-delà des symboles et des personnes de l’ancien régime, il convient surtout changer les pratiques et les mentalités. Ce travail là ne se fait malheureusement pas en quelques mois ou par simple décret.

Les manifestants ont donc raison de continuer à faire pression sur le gouvernement provisoire. Cependant, ils devraient rester patients afin que la situation ne dégénère pas et permette une campagne électorale sereine et un bon déroulement des élections.

Geoffroy d’Aspremont