30/09/2011

Le Yémen en route vers le chaos

Plus de 1500 personnes ont déjà perdu la vie depuis le commencement des contestations populaires en janvier au Yémen, pays où le pouvoir doit faire face depuis de nombreuses années à des rebellions armées. Petit retour sur les événements de ces derniers mois pour bien comprendre la situation actuelle et les dangers qui guettent le pays.

Pour rappel, depuis le début des années 2000, le gouvernement yéménite doit faire face à des mouvements rebelles islamistes, et, depuis 2004, le Yémen est aussi confronté à une rébellion armée de la minorité chiite zaïdite dans la province de Sa’dah (nord-ouest), qui ne reconnait pas le régime du président Ali Abdullah Saleh, au pouvoir depuis la réunification du pays en 1990. En 2009, la guerre civile continue et l’Arabie Saoudite intervient militairement contre la rébellion.

S’inspirant des précédents algériens, tunisiens et égyptiens, des manifestations, surtout de jeunes, éclatent début 2011, réclamant la démocratie, la fin de la corruption et de la mainmise du congrès général du peuple (CGP, au pouvoir), de meilleures conditions de vie et le départ du président. La réponse du gouvernement fut d’abord une répression très dure des manifestations, faisant parfois de nombreux morts, notamment après la manifestation du 18 mars (52 morts). Après cette manifestation, l’état d’urgence est décrété et d’importants soutiens du régime passent à la contestation : l’opposition parlementaire, d’importantes tribus, et des généraux de l’armée. Le cheikh Sadek al-Ahmar, chef de la tribu Hached, la propre tribu du président, annonce lui aussi son soutien aux contestataires, suivi par de nombreux membres de cette tribu et par l’autre grande tribu du Yémen, les Bakils.

Pour sortir de la crise et entamer un processus de transition, le plan 30/60, élaboré par l’Union Européenne et les États-Unis et présenté par le conseil de coopération du Golfe  (CCG) est accepté par le CGP et signé le 21 mai par le CGP et l’opposition. Le Président Saleh préfère tergiverser pour gagner du temps et est victime d’un attentat qui l’éloignera du pays pendant trois mois.

Le 23 septembre dernier, le Président Saleh est rentré au pays et ne semble pour l’heure pas prêt à renoncer à son poste. De son côté Sadek al-Ahmar, qui contrôle désormais de nombreuses unités militaires, semble vouloir en découdre par la force, alors que d’autres factions tribales ou religieuses restent à l’affût. Le chaos et la guerre civile semblent donc s’installer, au grand dam du CCG, des européens et des américains qui craignent que le pays ne tombe in fine sous la coupe d’islamistes radicaux ou ne devienne une sorte de Somalie bis, menaçant par là l’une des voies d’accès au pétrole du Golfe, via le détroit de Bab al Mandab.

Bien que le plan 30/60 ne servira pas que les intérêts des yéménites, il semble cependant à l’heure actuelle la seule chance de sortie de crise, au risque de voir le pays s’enliser dans une guerre civile où aucune partie en présence n’émergera sans provoquer un bain de sang et/ou la consolidation des mouvements islamistes radicaux. Malheureusement, il semble que la ligne rouge ait été franchie et que le plan restera désormais lettre morte.  La mort annoncée aujourd’hui d’Anwar Al-Aulaqi, un responsable d’Al-Qaïda au Yémen, ne risque certainement pas de changer la donne. La jeunesse yéménite, qui réclamait des changements, devra donc s’armer de patience afin d’éviter de sombrer elle-même dans le radicalisme.

Geoffroy d’Aspremont