09/09/2011

Les révolutions arabes : une fenêtre d’opportunité à exploiter pour les femmes

La Konrad Adenauer Stiftung (KAS) organisait ce mercredi 7 septembre un diner autour du thème de la participation politique des femmes et les processus de transformation démocratiques en Afrique du Nord. Mis à part le fait qu’aucune des intervenantes n’étaient originaires du Maghreb, leurs interventions ont relevé quelques points intéressants sur le sujet plus large des révolutions arabes et de la fenêtre d’opportunité qu’elles représentent pour le renforcement du rôle des femmes dans la société. Une opportunité qu’il s’agit toutefois de ne pas laisser passer. 

En effet les femmes sont aux avant-postes des révolutions comme le soulignait l’édito du 11 mars passé. Malheureusement, leur participation dans les révolutions ne leur vaut pas une participation acquise dans les processus de transition. Ainsi, aucune femme n’est à compter dans le Comité constitutionnel égyptien mis en place au départ d’Hosni Moubarak.

Or pour Mona Al Alami, directrice du Jordanian Centre for Civic Education Studies (JCCES) qui s’exprimait mercredi à la KAS, les exemples tunisiens et égyptiens sont  très importants pour l’ensemble des femmes dans le monde arabe. Tous comme pour les autres aspects de la révolution, des succès en Tunisie et en Egypte seraient de nature à encourager des avancées positives dans les autres pays en révolution. Alors qu’en Egypte, aucune amélioration notoire ne semble concerner la condition des femmes, la loi électorale tunisienne destinée à élire l’assemblée constituante introduit des quotas de femmes à respecter sur les listes. Roula Mikhael, directrice du Lebanese Centre for Civic Education, souligne néanmoins que les changements dans la loi n’entrainent pas forcément des changements des mentalités.

C’est bien pour cette raison que les femmes, et tous ceux qui œuvrent pour renforcer leur rôle dans la société, doivent prendre aujourd’hui les devant. Les sociétés arabes ont besoin des femmes dans leurs efforts démocratiques. Comment une société peut-elle en effet être qualifiée de démocratique si elle ne tient pas compte de la moitié de sa population ?

A la KAS ce mercredi, les participants ont relevé l’importance de l’émancipation économique des femmes. Sans une autonomie financière, elles éprouveront des difficultés à exercer un rôle propre dans la société. Mais en amont de leur indépendance financière, l’accès des femmes à l’éducation est également un élément essentiel de leur émancipation. Or comme le présentait Suzan Aref, directrice du Women Empowerment Organization (Irak), les femmes vivant à la campagne ne bénéficient pas de cette opportunité que ce soit à cause de leur éloignement géographique, de la tradition ou de la religion souvent plus prégnantes dans les milieux ruraux. Pour dépasser ce frein, la Women Empowerment Organization (Irak) dont Suzan est la directrice a donc entrepris de former les prédicateurs, afin que ceux-ci encouragent les femmes à se former. Ainsi la religion qui était un facteur de blocage devient un facteur d’encouragement de l’éducation des femmes.

De nombreux canaux existent donc aujourd’hui et sont exploités par des organisations comme celles de Mona, de Roula et de Suzan pour renforcer la place des femmes. Néanmoins les femmes doivent encore se battre pour toucher les dividendes des révolutions qui secouent le monde arabe. Il est donc essentiel que les organisations qui se mobilisent pour les droits des femmes travaillent en réseaux, s’échangent des bonnes pratiques et se renforcent l’une l’autre, que ce soit dans le monde arabe, mais aussi entre les deux rives de la Méditerranée.

Nathalie Janne d’Othée