16/09/2011

Politique étrangère turque : un exemple à suivre pour les européens ?

 

En tournée dans les pays qui ont renversé récemment leurs dirigeants respectifs, Recep Tayyip Erdogan a pu constater la popularité de la Turquie et de son modèle politique et économique dans ces pays. Les récentes prises de positions fermes du premier ministre turc vis-à-vis de l’état Hébreu ne sont bien entendu pas étrangères à cette grande popularité. Les européens quant à eux, malgré l’accueil chaleureux reçu par messieurs Cameron et Sarkozy en Libye, semblent encore loin de pouvoir influencer la Méditerranée comme commence à le faire la Turquie.

La Turquie de l’AKP semble en effet en train de prendre le leadership dans la région Méditerranéenne, leadership derrière lequel les européens semblent courir. Pourtant mise à mal il y a quelques mois suite aux tergiversations de la diplomatie turque face aux événements en cours en Syrie et en Libye, Erdogan semble désormais savoir où il se dirige. Ses visites en Egypte, Tunisie et Libye avaient, comme le signal Jean Marcou sur le site de l’observatoire de la vie politique turque, un triple objectif.

Le premier était de défendre le positionnement international de la Turquie face à l’état Hébreu. Les sanctions décidées par Ankara contre Israël, ont pour but de montrer l’isolement extrême qui est celui du gouvernement Netanyahou, au moment où les Palestiniens s’apprêtent à demander à l’Assemblée générale de l’ONU leur admission en tant qu’Etat, et espèrent pouvoir convaincre 150 pays d’apporter leur soutien à ce projet. Il est clair que cette position fut accueillie extrêmement favorablement dans ces pays, exemple donné par le premier ministre égyptien qui n’a pas hésité à dire que le traité de paix Israëlo-Egyptien n’était pas « sacré ». Il est clair qu’un tel positionnement ne pouvait être accueilli qu’avec beaucoup d’enthousiasme par des populations habitués à la faiblesse de leurs dirigeants face à l’état hébreu.

Le positionnement hostile à Israël reste cependant insuffisant pour permettre à la Turquie de conforter sa stature internationale émergente. Le second objectif de la tournée arabe de Recep Tayyip Erdoğan était donc de présenter les performances politiques, économiques ou diplomatiques de son pays au cours des dernières années. Ses discours sur la relation entre le pouvoir et la religion furent accueillies avec plus de sympathie par le parti  islamique tunisien Ennada et les tunisiens en général que par les frères musulmans égyptiens. La croissance  économique soutenue de la Turquie ses dernières années, malgré la cris économique qui frappe l’Europe, reste évidemment un exemple à suivre pour les pays de la région.

Finalement, ces visites montrent également un nouveau visage de la politique étrangère turque qui s’est légèrement écarté de la règle « zéro problème avec les voisins » de ces dernières années. En effet, en plus des relations très tendues avec l’état hébreu, la Turquie s’est attiré les foudres de l’Iran à cause de ses volontés de poursuivre sa collaboration étroite avec les États-Unis sur le plan militaire. Ses relations avec un régime syrien englué dans une répression sanglante, risquent également de se détériorer très sérieusement dans les prochains mois. La Turquie cherche donc à nouer de nouveaux partenariats dans la région. Il semble que le premier ministre Turc y soit tout à fait parvenu avec des régimes qui, faut-il le rappeler, sont « provisoires ». Rien n’est donc encore gagné sur ce plan là mais la voie est tracée.

Erdogan va-t-il faire de la Turquie un acteur incontournable dans région Méditerranéenne? Il semble être sur la voie et ravit ainsi la vedette à des européens tout auréolés par la chute de Kadhafi, mais toujours incapables de réagir fermement vis-à-vis de Damas, toujours si complaisant envers le gouvernement israélien, et surtout toujours incapables depuis tant d’années de créer un réel partenariat euro-méditerranéen.

Prendre enfin des positions claires vis-à vis de tous les gouvernements qui violent les droits des gens et le droit international en arrêtant de diaboliser sans cesse l’islam, comme le fait la Turquie, pourrait donc être la voie à suivre. En d’autres termes, Il serait temps que les européens fassent en sorte que leur politique étrangère soit en accordance avec les valeurs que l’UE se vante d’incarner et de défendre.

Geoffroy d’Aspremont