02/09/2011

Reconnaître l’Etat palestinien

Le Gymnich, ou réunion informelle des ministres des Affaires étrangères européens, qui se déroule ces 2 et 3 septembre à Sopot en Pologne consacrera une majeure partie de ses discussions aux événements en cours dans le monde arabe, en particulier concernant le processus de paix au Moyen-Orient.

Revenue de quelques jours dans la région, Catherine Ashton a exprimé l’importance d’une reprise du processus de paix israélo-palestinien. Cette déclaration semble laisser entrevoir l’alignement de l’UE sur la position américaine, et par conséquent sur la position israélienne. L’enjeu des semaines à venir est en effet la demande de reconnaissance de l’Etat palestinien qui sera présentée par l’OLP aux Nations-Unies le 20 septembre. Influencé par leur lien indéfectible envers Israël, les Etats-Unis ont déjà annoncé qu’ils opposeraient leur veto à la résolution, soutenant que seul un accord de paix négocié pouvait donner naissance à un Etat palestinien.

Les ministres des Affaires étrangères européens doivent quant à eux se prononcer demain sur la position qu’ils prendront aux Nations-Unies en septembre. Lors du Conseil Affaires générales et Relations extérieures du 23 mai 2011, les vingt sept avaient en effet déclaré vouloir communiquer une position unanime sur le sujet, afin de renforcer le poids de l’UE dans les affaires internationales.

Malgré cela, certains Etats membres – l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la République tchèque – ont d’ores et déjà annoncé qu’ils s’opposeraient à la reconnaissance de l’Etat palestinien. Des rumeurs prétendent par ailleurs que d’autres, comme la Belgique, Chypre, la Grèce, l’Irlande, Malte, la Norvège, le Portugal, l’Espagne et la Suède, pourraient de leur côté se prononcer en faveur de l’initiative palestinienne.

Il semble quasiment inévitable donc qu’aucune position unanime ne sera trouvée demain. L’UE manquera donc plus que probablement une occasion de s’affirmer comme un acteur qui compte dans la région et en particulier dans le processus de paix. A l’heure des révolutions arabes, et de la remise en question de sa politique méditerranéenne à laquelle elle tente de procéder parallèle, l’UE aurait pu ici marquer un tournant fort de sa politique étrangère. Malheureusement les intérêts et les particularismes des Etats membres en ont une fois de plus décidé autrement.

Par ailleurs, il est vain de penser que sans cette reconnaissance, les négociations reprendront comme avant. Le processus d’Oslo est bel et bien mort. Les pourparlers ont en effet cessé lorsque Israël a mis un terme au moratoire de 10 mois sur la colonisation en Cisjordanie – la colonisation à Jérusalem-Est n’ayant pas discontinué durant cette période. L’échec incessant des négociations est constamment mis à profit par Israël pour imposer des faits sur terrain. Face à cette politique du fait accompli, critiquer la démarche « unilatérale » que représente la demande de reconnaissance de la Palestine aux Nations-Unies a quelque chose de dangereusement déséquilibré.

D’autant plus que le droit des Palestiniens à un Etat leur est reconnu depuis le plan de partage des Nations-Unies de 1947, et reconfirmé par les accords conclus à Oslo en 1993. Les institutions financières internationales ont par ailleurs jugée que l’Etat palestinien était désormais viable suite à l’application du plan de construction de l’Etat mis en place par le Premier Ministre Salam Fayyad. Il est donc contre toute logique de s’opposer à la volonté du peuple palestinien d’exercer ce droit légitime.

Nathalie Janne d’Othée