07/10/2011

Les ambitions déçues de la révolution syrienne

Il y a un peu plus de dix ans, Bachar Al-Assad écrasait avec une violence inouïe les espoirs de libéralisation de la société, menés par des intellectuels syriens et apparus après la mort de son père, Hafez Al-Assad. Ce premier printemps de Damas marquait les prémisses du réveil du peuple syrien. Aujourd’hui, ce nouveau printemps syrien, s’inscrivant dans le printemps arabe, a une toute autre ampleur, à tel point que le faire taire n’est plus une option.

La crise syrienne est tout aussi complexe que frustrante pour la communauté internationale. Pourtant, il semblerait que la révolution syrienne soit dans un tournant décisif. Plusieurs éléments sont à considérer : d’abord, l’unification ce 2 octobre des différentes forces politiques d’opposition au régime dans un Conseil National Syrien (CNS), geste fort qui permet d’institutionnaliser cette lutte pour la démocratie et de représenter, dans un même organe, les courants d’opposition traditionnels : libéraux, islamistes (y compris les Frères musulmans) et nationalistes. Il y a ensuite la mise en place de deux groupes armés dans l’opposition – il s’agit des Mouvements des officiers libres et de l’Armée syrienne libre qui sont formés de soldats séditieux (10 000 selon les autorités américaines). Toutefois, la portée exacte des actions menées par ces groupes armés demeure inconnue et même si les manifestations sont majoritairement pacifiques, l’idée d’une révolution armée commence à faire son chemin.

De plus, maintenant que l’isolement de Bachar Al-Assad sur la scène internationale est total depuis que la Turquie, alliée de la Syrie, a décidé de rompre tout dialogue avec le pays, le leader syrien ne fera  plus marche arrière. A l’heure où la Turquie a la nostalgie de son passé impérial et où Monsieur Erdogan apporte un soutien considérable aux révolutions arabes, la nouvelle politique étrangère turque suscite un engouement sans précédent au Moyen-Orient.

La réponse de la communauté internationale, quant à elle, est beaucoup moins populaire dans la région puisqu’elle se heurte au refus de la Chine et de la Russie de prendre des sanctions ciblées à l’égard du régime syrien. Le double veto de Moscou et de Pékin au projet de résolution contre le régime Al-Assad ne fait que convaincre un peu plus le peuple syrien de l’incapacité de la voie diplomatique à résoudre cette crise. L’Union européenne, pour sa part, a pris une série de sanctions depuis mai dernier (embargo sur les importations d’armes, de pétrole,  gel ciblé des avoirs syriens y compris du président lui-même) contre le régime tout en sommant Bachar Al-Assad de s’écarter du pouvoir. Sanctions qui n’atteindront vraisemblablement pas les objectifs escomptés sans un soutien du Conseil de sécurité. Le secrétaire général de la Ligue arabe a proposé un plan de paix au régime syrien le 10 septembre dernier incluant un dialogue politique avec l’opposition et des réformes institutionnelles approfondies, tout en maintenant le président au pouvoir jusqu’à la fin de son mandat, sans résultat. Dès lors, inutile de rappeler qu’une sortie de crise pacifique n’est plus à l’ordre du jour.

Face à ce constat, quelle est la marche à suivre ? Doit-on se contenter de l’immobilisme face à une répression de plus en plus sanglante ayant d’ores et déjà couté la vie à plus de 2900 civils (selon les estimations de l’ONU) tandis que le nombre de réfugiés syriens ne cesse de croître ?

A vrai dire, les options des occidentaux sont pour le moins limitées. Pour l’UE, un premier pas symbolique serait la mise en place d’un dialogue politique officiel avec le Conseil National Syrien récemment créé. Tout en sachant que la question de sa reconnaissance officielle est entre les mains des vingt-sept qui ne sont pas tous prêts à faire ce pari risqué sur l’avenir. Une deuxième action à mener est d’apporter un soutien aux populations civiles syriennes afin d’éviter une catastrophe humanitaire de grande ampleur.

Tout semble lié au bon vouloir de cet homme, ophtalmologue de formation, à qui les rênes du pouvoir syrien ne devaient pas échoir. Au départ peu disposé à remplacer son aîné, il a pourtant fait preuve de certaines dispositions en multipliant les politiques de censure, de répression et de muselage de l’opposition nationale et internationale au régime syrien. Bachar Al-Assad semble encore et toujours intouchable. Tout comme le semblaient il y a encore six mois Ben Ali, Mubarak et Khadafi…

Dalila Bernard