04/11/2011

Israéliens et Palestiniens aux prises entre unilatéralisme et multilatéralisme

 

Les évènements s’enchaînent et ne se ressemblent pas en Israël et dans les territoires palestiniens depuis plusieurs semaines. Après des années d’embourbement des négociations de paix, le gel des discussions mais pas celui de la colonisation des territoires palestiniens par Israël, la Palestine, avec à sa tête le président Mahmoud Abbas a fait le choix de faire des actions unilatérales son nouveau cheval de bataille et sa nouvelle stratégie diplomatique. Condamnée fermement par Israël qui invite les Palestiniens à revenir à la table, la demande d’adhésion de la Palestine aux Nations unis en septembre dernier est encore en pourparlers plus d’un mois après et à ce jour, aucun texte de résolution n’est encore à l’étude, et il manque aux Palestiniens 2 membres du Conseil de Sécurité sur 9 pour l’emporter. Evidemment, la menace du veto américain annihilerait toute perspective favorable. Alors que la libération historique du sergent Gilad Shalit contre 1027 prisonniers palestiniens, il y a deux semaines, avait redonné la main au Hamas, et étouffé le succès temporaire d’Abbas à l’international, le premier Ministre Netanyahou avait du subir les virulentes attaques des Israéliens qui ne craignaient qu’une chose : la reprise de la violence et du terrorisme.

Voilà que la diplomatie aux succès de courte durée dont nous ne pouvons que constater en permanence la réalité au Proche-Orient sévit de nouveau puisque la victoire de l’Autorité palestinienne, qui a réussi cette semaine à faire admettre la Palestine comme membre à part entière de l’UNESCO et de facto dans la première organisation liée à l’ONU qui veut bien d’elle, remet la diplomatie et l’action politique unilatérale au premier plan, écartant le succès temporaire du mouvement islamiste. Si l’on peut douter de la réconciliation effective des deux camps palestiniens, on ne peut nier la victoire écrasante de Mahmoud Abbas sur ce coup là : 107 voix pour, 52 abstention, et 14 voix contre, dont les USA. Il est intéressant de voir que désormais la Palestine pourra soumettre ses propres sites et monuments au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce qui ne sera pas sans poser de nouveaux vrais problèmes politiques pour Israël qui a condamné fermement cette décision par la signature de 2000 nouvelles habitations dans les Territoires et probablement piraté le réseau internet de la Cisjordanie et de Gaza qui en sont privés depuis plusieurs jours.

Les réactions disproportionnées d’Israël ont fermement été condamnées par la communauté internationale : en effet, 50 millions de dollars d’avoir mensuels, qui correspondent au remboursement des droits de douane prélevés sur les produits palestiniens qui transitent par Israël, ont été bloqués alors qu’ils représentent aujourd’hui près de 30% du budget de l’Autorité palestinienne et assurément le paiement des salaires de près de 150 000 fonctionnaires palestiniens.

Les Etats Unis inflexibles et contre la vague de critiques à l’égard d’Israël,  ont menacé de suspendre leur aide directe à l’UNESCO qui représente 22% de son budget. Ce qui posera de nouveaux problèmes politiques pour toute la région aussi car la Palestine pourra revendiquer avec plus de force la souveraineté de certains de ses territoires comme celui de la mer Morte par exemple dont le secteur nord-ouest est occupé par Israël depuis 1967. Encore faut-il qu’Israël et la Jordanie demandent le classement en même temps à l’organisation. Ce qui n’a jamais été fait jusque la. De toute façon, quand bien même ils tomberaient d’accord, l’UNESCO certifie qu’il refuserait un tel classement car il ne reconnaît pas l’occupation des rives de la mer Morte par Israël. On en revient toujours au même obstacle. Le chemin sera encore long pour que la Palestine puisse être maître de ses lieux de mémoire, mais chaque avancée aussi minime peut-elle paraître est un grand pas sur la voie de sa souveraineté. En tout cas, dans le contexte agité de la région, elle a semble-t-il fait le choix gagnant de la diplomatie et du droit international et non de la violence. C’est un point non négligeable.

 

Sébastien Boussois