18/11/2011

Témoigner de la révolte en Syrie, une action périlleuse pour les ONG

Le plan de sortie de crise de la Ligue arabe qui a échoué récemment demandait avant tout un arrêt des massacres en Syrie par le régime alaouite. L’organisation Human Right Watch alertait dans un rapport à la mi-novembre sur les atrocités commises dans tout le pays, et notamment à Homs, le siège de la rébellion. On chiffre le nombre de morts à près de 600 de mi avril à fin août, et pas moins de 200 en septembre dernier. L’organisation non gouvernementale a pu effectuer une centaine d’interviews à distance et parle déjà de crimes contre l’humanité. Dans son rapport , HRW évoque également des milliers de cas de torture, classiques de la fuite en avant d’un conflit asymétrique, et ce d’ailleurs de part et d’autres des camps belligérants . HRW comme un certain nombre d’ONG syriennes se sont adressées directement à la Ligue arabe afin de faire pression sur elle pour sanctionner le régime, et ce face à l’inaction et l’impuissance de la communauté internationale. Quant à Amnesty international, il publie communiqué sur communiqué de sensibilisation ou met en ligne des vidéos des violences .

Mais comment témoigner lorsque l’on ne peut être sur place ou que l’on ne peut plus effectuer son travail sereinement? Ce sont souvent grâce aux « réfugiés syriens qui arrivent au Liban et en Jordanie » qu’elles peuvent récolter des informations en restant à l’extérieur du pays, précisait Nadim Houry d’HRW, basé au Liban depuis la crise. Quant aux ONG syriennes proprement dites dont l’information est souvent relayée par l’Observatoire national syrien des droits de l’homme basé à Londres et dirigé par Rami Abdul Rahmane*, elles sont les seules à pouvoir témoigner du nombre de morts, et égrènent les chiffres des disparus quotidiennement. Dans un article daté du 19 août et paru dans le Figaro, on apprenait « Les stratégies des ONG contre les censures ». En réalité, des organisations se sont créées de manière pragmatique pour contourner les interdits de Damas. Se sont constituées toute une flopée de comités locaux d’informations, et d’animateurs de pages sur Facebook qui témoignent en temps réel de la violence de la répression . Internet joue ainsi un rôle non négligeable comme dans beaucoup des révoltes du monde arabe jusqu’ici : les témoignages, les photos, s’échangent sur internet par mail, par skype, par téléphone portable, ou directement via les réseaux sociaux.

La manière de transmettre les informations est digne d’un arsenal de guerre orchestré dans l’urgence mais efficace. Les informations sont cryptées, les lignes protégées par les grandes ONG internationales qui récoltent les informations de l’étranger et recoupent les informations. Il s’agit avant tout de protéger les sources, mais aussi de continuer avant tout à témoigner de la tragédie quotidienne que fait vivre Bachar Al Assad à son peuple. Il s’agit aussi de protéger et collecter des matériaux pour l’histoire qui serviront à la communauté internationale si un jour ou l’autre l’on parvient à juger les principaux dignitaires du régime alaouite pour les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis.

Sébastien Boussois

 *Contesté par certains qui l’accuseraient de servir les frères musulmans et gonfler les chiffres, et considéré par d’autres comme l’AFP ou le Monde comme crédible