Already a year ago, January 25, 2011, the Egyptians transcended their fear of repression and came down in the street to topple the historic leader Mubarak from the presidency he was holding for nearly thirty years. A popular effort of 18-day’s finally overcame the tenacity of the old leader who left the capital and took exile in Sharm El Sheikh on February 11.

This Wednesday, January 25, 2012, the Egyptians massively took the streets. In Inside Story on Al Jazeera, Sheriff Kouddous, a correspondent for Democracy Now, explains the ambivalence of this mass movement. « If people took to the streets on Wednesday, » he says, « it is both to celebrate and to demonstrate. They want to remind that what was launched a year ago has succeeded in toppling a dictator in eighteen days, but that a dictatorship is still in place, embodied by the Supreme Council of Armed Forces ».

More commonly known as the SCAF, the Supreme Council still has a stranglehold on the major positions of power. In his opinion in Egypt independent *, Ashraf El-Sherif warns against this « secret group that governs Egypt ». He explains how much the National Assembly debates and the election results are secondary. The Egyptian military leadership « controls the state and the three branches running the elections, namely the judiciary, security apparatus and the media, so it would be illogical to expect an outcome that does not please them. »

Presenting the annual report of Human Rights Watch, Kenneth Roth, director of the organization describes the imbroglio between the three current Egyptian players that are the military that keeping control on the security, the islamists winners of the election and the liberals, engine of the revolutionary spirit. The dynamics at work today is such that each group has specific expectations about other actors, resulting in a unavoidable misunderstanding and a total stalemate of the transition process.

In addition to these problems curbing the democratic transition, the economic situation remains alarming with more than half of Egypt’s population living below the poverty line.

Such a situation must be such as to worry Europe. Indeed, the destabilization of a country as large and central as Egypt can have a dramatic impact on the entire region. But this concern does not legitimize a Europe’s withdrawal in order to secure its own borders. The EU should instead start thinking in terms of ongoing dialogue with these new players, trying to push them to the values ​​demanded by the protesters for over a year. We hope therefore that Europe will not make the mistake again to follow its interests rather than its values.

 

Nathalie Janne d’Othée

 

* English version of the Egyptian Arabic weekly newspaper Al Masry Al Youm

 

Il y a un an déjà, le 25 janvier 2011, les Egyptiens dépassaient leur peur de la répression et descendaient dans la rue pour jeter le raïs Moubarak à bas de la présidence qu’il occupait depuis presque trente ans. Un effort populaire de 18 jours finit par vaincre la ténacité du vieux leader qui quitta la capitale pour se réfugier à Sharm El Sheikh le 11 février suivant.

Ce mercredi 25 janvier 2012, les Egyptiens sont descendus en masse dans la rue. Dans Inside Story sur Al Jazeera Sherif Kouddous, correspondant pour Democracy Now explique l’ambivalence de ce rassemblement. « Si les gens sont descendus dans le rue mercredi», dit-il, « c’est à la fois pour célébrer et pour manifester. Il veulent rappeler que ce qui a été lancé il y a un an a réussi à faire tomber un dictateur en dix-huit jours, mais qu’une dictature est encore en place, incarnée par le Conseil Supérieur des Forces Armées ».

Plus communément appelé le SCAF – initiales de la dénomination anglaise, ce Conseil garde encore la mainmise sur les grands postes de pouvoir. Dans son opinion dans Egypt independent*, Ashraf El-Sherif met en garde contre ce « groupe secret qui gouverne l’Egypte ». Selon lui, les débats de l’Assemblée Nationale et le résultat des élections sont secondaires. Le leadership militaire égyptien « contrôle l’Etat et les trois secteurs qui soutiennent les élections à savoir le judiciaire, l’appareil sécuritaire et les médias, il est donc illogique d’espérer une issue qui ne leur convienne pas ».

Dans sa présentation du rapport annuel de Human Right Watch, Kenneth Roth, directeur de l’organisation décrit bien l’imbroglio égyptien entre les trois acteurs actuels que sont les militaires qui contrôlent la sécurité, les islamistes sortis vainqueurs des élections et les libéraux qui représentent le moteur de l’esprit révolutionnaire. La dynamique à l’œuvre aujourd’hui est telle que chaque groupe a des expectatives propres concernant les autres acteurs.

Outre ces blocages de transition démocratique, la situation économique reste plus qu’alarmante avec plus de la moitié de la population égyptienne vivant en-dessous du seuil de pauvreté.

Une telle situation doit être de nature à inquiéter l’Europe. En effet, la déstabilisation d’un pays aussi grand et central que l’Egypte peut avoir des conséquences énormes sur l’ensemble de la région. Mais cette inquiétude ne doit pas pour autant mener à un repli sécuritaire de l’UE à l’intérieur de ses frontières. L’UE doit au contraire entrer dans une logique de dialogue permanent avec ces nouveaux acteurs, en essayant de les pousser à respecter les valeurs réclamées par les manifestants depuis plus d’un an. En espérant donc que l’Europe ne fasse pas encore une fois l’erreur de suivre ses intérêts plutôt que ses valeurs.

 

Nathalie Janne d’Othée

 

*Version hebdomadaire en anglais du quotidien égyptien en langue arabe Al Masry Al Youm

 

–          Le procès ‘Persepolis’ reprend dans un climat tendu en Tunisie ( ‘Persepolis’ trial resumes in tense climate in Tunisia) – Al Masry Al Youm – 24/01/2012

Le procès du directeur de la télévision tunisienne Nessma, accusé d’avoir « insulté les valeurs sacrées » pour avoir diffusé le film franco-iranien «Persepolis», a brièvement repris lundi dans un climat tendu à Tunis. «Je suis désolé d’être ici aujourd’hui, c’est un procès politique », à déclaré NabilKaroui à son arrivée. « C’est le procès de 10 millions de Tunisiens qui ont rêvé d’avoir un pays démocratique. » Le représentant de Reporters sans frontières (RSF) en Tunisie, Olivia Gre, a déclaré que l’enjeu était important dans le procès « Persepolis ».

–          Un an après la révolution, les Egyptiens exigent toujours un régime civil ( Egyptians urge civilian rule a year on from revolt) – Financial Times – 25/01/2012

La première commémoration de la révolution de l’Egypte est devenue une manifestation massive politisée contre le pouvoir des forces armées qui continuent de dominer les institutions du pays. Des centaines de milliers d’Egyptiens de tous les horizons politiques ont défilé dans le centre du Caire sur la place Tahrir, l’épicentre de la révolte de l’année dernière, demandant la fin immédiate de la domination militaire et criant des slogans contre la décision du Conseil Suprême des Forces Armées . «Le peuple veut la chute du maréchal», ont-ils scandé, en référence à Mohamed HusseinTantaoui, chef du conseil.

–          Les ONG dénoncent les tortures très répandues dans les prisons libyennes ( Organizations Say Torture Is Widespread in Libya Jails) –  New York Times – 26/01/2012

La torture et la mort en détention sont devenus des problèmes très répandus dans la Libye d’après-guerre ont déclaré les groupes humanitaires internationaux, une indication troublante que certains abus de l’ère Kadhafi continuent sous le régime du gouvernement intérimaire du pays et les milices organisées régionalement. Amnesty International a déclaré dans un communiqué que « plusieurs » personnes avaient été torturées à mort en détention « par les militaires reconnus officiellement et les entités de sécurité »,ainsi que par « une multitude de milices armées. » La majorité des victimes étaient des Libyens soupçonnés d’être demeurés loyalaux au gouvernement du colonel Mouammar Kadhafi pendant le conflit de neuf mois qui a conduit à son éviction mais certaines victimes étaient originaires d’Afrique sub-saharienne.

–          A New York: Les Arabes préparent une recette pour l’éviction d’Assad  ( Arabs cook up recipe for Assad ouster in New York) – Middle East Online – 26/01/2012

Une équipe de la Ligue arabe est sur le point de mener la crise de 10 mois en Syrie devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Des militants ont déclaré que des forces de sécurité ont lancé une attaque sur un hub de protestation près de la capitale syrienne, jeudi dernier. Le commissaire de l’ONU aux Droits de l’homme, Navi Pillay, a déclaré que les Nations Unies ne pouvaient suivre l’évolution du nombre de morts dans les troubles en Syrie, troubles qui ont déjà coûté la vie à plus de 5400 personnes. Les ministres de la Ligue arabe ont exhorté Assad, la semaine dernière, à déléguer ses pouvoirs à son vice-président et ouvrir la voie à un gouvernement d’union nationale dans les deux mois, un plan que Damas a exclu comme étant une ingérence dans ses affaires intérieures. Selon des diplomates aux Nations Unies, les gouvernements européens et arabes sont sur le point de rédiger un nouveau texte qu’ils espèrent soumis à un vote au Conseil de sécurité en début de semaine prochaine.

–        Une guerre de tranchées en vue au sein du Hamas ? – Le Monde – 27/01/2012

Relativement épargné jusqu’ici par les puissants alizés qui continuent de balayer avec constance les rives du Proche et du Moyen-Orient, le Hamas pourrait, à son tour, entrer dans une zone de turbulences. Après seize années passées à la tête du bureau politique (en exil) du mouvement islamiste palestinien, Khaled Mechaal a indiqué, en fin de semaine dernière, qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat. Qu’elle réponde ou non à un calcul politique, cette décision parachève en tout cas la mue que le dirigeant semble avoir entreprise ces derniers mois.

 

 

–         ‘Persepolis’ trial resumes in tense climate in Tunisia – Al Masry Al Youm – 24/01/2012

The trial of the director of Tunisia’s Nessma television, accused of « insulting sacred values » for showing the Franco-Iranian film « Persepolis, » briefly resumed Monday in a tense climate in Tunis. « I am sorry to be here today, this is a political trial, » Nessma’s head, Nabil Karoui, said on arrival. « It’s the trial of 10 million Tunisians who dreamed of having a democratic country. » The representative of Reporters Without Borders (RSF) in Tunisia, Olivia Gre, said the stakes were high in the « Persepolis » trial.

–          Egyptians urge civilian rule a year on from revolt – Financial Times – 25/01/2012

The first commemoration of Egypt’s revolution became a massive politicised protest against the power of the armed forces that continue to lord it over the country’s institutions. Hundreds of thousands of Egyptians of all walks of life and varied political strains marched into central Cairo’s Tahrir Square, the epicentre of last year’s 18-day revolt, demanding an immediate end to military rule and shouting slogans against the ruling Supreme Council of the Armed Forces. “The people want the downfall of the field marshal,” they chanted, in reference to Mohamed Hussein Tantawi, head of the council.

–          Organizations Say Torture Is Widespread in Libya Jails – New York Times – 26/01/2012

Torture and death in detention have become widespread problems in postwar Libya, international humanitarian groups said Thursday, a troubling indication that some Qaddafi-era abuses continue under the fractured rule of the country’s interim government and regionally organized militias. Amnesty International said in a statement that “several” people had been tortured to death in detention “by officially recognized military and security entities,” as well as by “a multitude of armed militias.” A majority of victims were Libyans believed to have remained loyal to the government of Col. Muammar el-Qaddafi during the nine-month conflict that led to his ouster, but some were sub-Saharan Africans.

–         Arabs cook up recipe for Assad ouster in New York – Middle East Online – 26/01/2012

An Arab League team is to take the 10-month-old crisis in Syria to the UN Security Council, as activists said security forces launched an assault on a protest hub near the Syrian capital on Thursday. UN human rights chief Navi Pillay, meanwhile, said the United Nations could not keep track of the death toll in Syria’s unrest that has already cost more than 5,400 lives. Arab League ministers last week urged Assad to delegate powers to his vice president and clear the way for a national unity government within two months, a plan which Damascus has ruled out as interference in its internal affairs. According to diplomats at the United Nations, European and Arab governments are drafting a new text they hope to put to a vote in the Security Council early next week.

–         Trench warfare insight within Hamas? ( Une guerre de tranchées en vue au sein du Hamas ?) – Le Monde – 27/01/2012

Relatively unscathed so far by the powerful winds that continue to consistently affect the shores of the Near and Middle East, Hamas could now turn into a zone of turbulence. After sixteen years at the head of the Political Bureau (in exile) of the Palestinian Islamist movement, Khaled Meshaal, said last weekend, that he would not seek another term. Responding or not to a political calculation, this decision completes at least the change that the leader seems to have started in the last few months.

 

GEORGES (Naël) (Préface Joseph Yacob), Le droit des minorités. Le cas des chrétiens en Orient arabe, Aix-en-Provence, PUAM, 2012.

La présence de chrétiens en Orient arabe, même avant l’émergence de l’islam, a profondément marqué cette région sur les plans culturel, politique, religieux et juridique. Ainsi, leur apport à la modernisation n’est pas négligeable lorsqu’ils ont contribué activement à la transformation des États religieux en États modernes par la mise en place d’une pensée nationaliste faisant de la citoyenneté « al-muwatanah » une nouvelle notion inhérente à la culture arabo-moderne.

Néanmoins, en dépit d’une tolérance observée envers les chrétiens en terre de l’islam, leur émancipation n’est pas encore assurée lorsqu’ils subissent des violations touchant aux droits fondamentaux comme ceux relatifs à l’égalité, à la liberté religieuse, à la liberté d’expression, à l’intégrité physique et au droit à la vie.

Le respect des droits des chrétiens est essentiel à la stabilité, à la paix et à la démocratisation et à la richesse de l’Orient arabe. Néanmoins, leur avenir reste obscur dans le contexte actuel de changements politiques. On peut parler d’une disparition lente sous des régimes autoritaires, d’une élimination rapide en cas de guerre civile ou d’instabilité, d’un retour au statut de dhimma sous des gouverneurs islamistes, ou d’une intégration en cas de l’instauration d’une démocratie pluraliste.

Cet ouvrage apporte une analyse objective du statut des minorités religieuses, notamment chrétiennes de l’Orient arabe, afin de mieux comprendre les problématiques relatives à leur intégration. Il analyse, surtout des aspects politico-juridiques à la lumière de la conception internationale des droits de l’homme et des préceptes de la loi musulmane. Il propose la prise d’initiatives sérieuses dans le contexte de la réforme politico-juridique actuelle afin de créer un Orient arabe pluraliste et humaniste permettant le respect des droits fondamentaux des chrétiens mais aussi de l’ensemble de citoyens.

Site des Presses Universitaires d’Aix-Marseille.

 

GEORGES (Naël) (Préface Joseph Yacob), Le droit des minorités. Le cas des chrétiens en Orient arabe, Aix-en-Provence, PUAM, 2012.

La présence de chrétiens en Orient arabe, même avant l’émergence de l’islam, a profondément marqué cette région sur les plans culturel, politique, religieux et juridique. Ainsi, leur apport à la modernisation n’est pas négligeable lorsqu’ils ont contribué activement à la transformation des États religieux en États modernes par la mise en place d’une pensée nationaliste faisant de la citoyenneté « al-muwatanah » une nouvelle notion inhérente à la culture arabo-moderne.

Néanmoins, en dépit d’une tolérance observée envers les chrétiens en terre de l’islam, leur émancipation n’est pas encore assurée lorsqu’ils subissent des violations touchant aux droits fondamentaux comme ceux relatifs à l’égalité, à la liberté religieuse, à la liberté d’expression, à l’intégrité physique et au droit à la vie.

Le respect des droits des chrétiens est essentiel à la stabilité, à la paix et à la démocratisation et à la richesse de l’Orient arabe. Néanmoins, leur avenir reste obscur dans le contexte actuel de changements politiques. On peut parler d’une disparition lente sous des régimes autoritaires, d’une élimination rapide en cas de guerre civile ou d’instabilité, d’un retour au statut de dhimma sous des gouverneurs islamistes, ou d’une intégration en cas de l’instauration d’une démocratie pluraliste.

Cet ouvrage apporte une analyse objective du statut des minorités religieuses, notamment chrétiennes de l’Orient arabe, afin de mieux comprendre les problématiques relatives à leur intégration. Il analyse, surtout des aspects politico-juridiques à la lumière de la conception internationale des droits de l’homme et des préceptes de la loi musulmane. Il propose la prise d’initiatives sérieuses dans le contexte de la réforme politico-juridique actuelle afin de créer un Orient arabe pluraliste et humaniste permettant le respect des droits fondamentaux des chrétiens mais aussi de l’ensemble de citoyens.

Site des Presses Universitaires d’Aix-Marseille.

 

 

 

« Those who make peaceful revolution impossible will make a violent revolution inevitable » said J. F. Kennedy and it is exactly what Mohammed VI is trying to avoid in Morocco. Morocco is one of the few Arab countries that have not been touched, or almost, by the revolutionary wave. Without going through a revolution, the country is launched on the path of democratic progress. As witness the adoption of the new constitution by referendum last July and the parliamentary elections that have followed. The Kingdom has opted for gradual reforms to avoid a major upheaval that could threaten the monarchy in place. But can there be profound change without revolution and without break with the past? How is the democratic transition going on in Morocco and do the promised reforms will actually take place?

On coming to power in 1999, the young King Mohammed VI marked a significant break with the brutal reign of his father in power since 1961. Prosecution and torture of opponents were common-as shown by the example of the family of General Oufkir (responsible for a failed military putsch) held in one of the secret prisons of Hassan II, during nineteen years. The new monarch King built an image of modern reformer. It has taken a number of progressive measures to liberalize the country. For example, he created the Equity and Reconciliation Commission charged to reveal the crimes committed during the reign of Hassan II, but none of those responsible were prosecuted. He also passed a key measure in favor of the women rights, the Mudawana, which makes polygamy illegal and reform the family code.

Mohammed VI has resisted the wave of Arab revolutions in responding quickly at the first sign of protest. To respond to the claims of the February 20th movement , he decided in March to revise the Constitution deeply and to hold early parliamentary elections. The new Constitution, adopted by referendum in July, states that the king gives up some of his prerogatives to the head of government and that Parliament will have its powers expanded. The Islamist Justice and Development Party (PJD) topped the elections on November 25th . This party is firmly monarchist and does not question the authority of the King.
However, these measures have been insufficient to meet the demands of the movement of February 20th  which considers that the PJD has always been part of the very corrupt Moroccan political landscape and does not represent a separation with the past wanted by the people. It is true that in the context of the wind of freedom that blew across the Arab countries, Morocco could have done much more better. February 20th  protesters demand a profound political change, the end of the corruption and the establishment of a constitutional monarchy. But the elections have not generated the expected enthusiasm. The organization of the electoral system does not allow the domination of one political force over another in the Parliament, the various parties can therefore govern only as a coalition. Political parties remain weak and thus the power remains in the hands of the king.

The new Constitution is truly progressive. Never a leader of the Moroccan government has had so much power. In theory, this is the most powerful government in the history of Morocco and its leader was chosen in the party that won the most seats in the parliamentary elections. The recognition of Amazigh as a second official language is a major step forward that should be emphasized. Now the question is whether the King will meet the provisions of the new constitution and let the head of government, Abdelilah Benkirane, a free hand to carry out the necessary economic reforms. This new government is facing huge economic challenges with a rate of youth unemployment over 30%, while the public deficit is around 6%. Skepticism moved since the election, since the new constitution provides that the Prime Minister replaced the king as head of government. However, the king formed his own cabinet. To be credible, the Prime Minister needs to mark his independence from an omnipotent king. If Morocco truly wants to take the path of constitutional monarchy, an effective control must be exerted on the king. For now, he still has very extensive powers, remains head of the army, religious authorities and courts. For many, these reforms have only allowed the emergence of an executive bis.

The issue of corruption of the regime does not help establish the credibility of the king in this project of reform. While Wikileaks has revealed the extent of the corruption of the royal family, the American magazine Forbes has meanwhile introduced Mohammed VI in the list of the wealthiest monarchs in the world. It appears in seventh place, before the King of Qatar, with a fortune of $ 7.5 billion. Early in his reign, the racketeering of the young king was severely criticized. He assured his domination on real estate, food and banking sectors. This adds to the lack of freedom of the press where independent media are gradually disappearing due to the financial weapon. The red lines that are religion, the king and the monarchy seem impossible to overcome.

No one expects  Morocco to  transform from an absolute monarchy to a constitutional one overnight. The country is likely in the right direction but the king must not only follow the reforms adopted but also make it clear that this is only the first step in a long series of reforms. Mohammed VI does not undergo the same kind of pressures as other Arab heads of state, it still has broad support among the population as a Commander of the Faithful. However, it should certainly not underestimate the importance of popular demands for more democracy and social justice as the revolutionary wave does not seem to spare anyone.

Dalila Bernard

 

« Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable » disait J.F.Kennedy et c’est exactement ce que tente d’éviter Mohammed VI au Maroc. Le Maroc est l’un des rares pays arabes à ne pas avoir été touché, ou presque, par la vague révolutionnaire. Sans passer par une révolution, le pays semble lancé sur la voie des avancées démocratiques. En témoigne l’adoption de la nouvelle constitution par référendum en juillet dernier et les élections législatives qui ont en suivi. Le royaume a fait le choix des réformes graduelles pour éviter un grand bouleversement qui risquerait de menacer la monarchie en place. Mais peut-il y avoir changement profond sans révolution et sans rupture avec le passé ? Où en est la transition démocratique au Maroc et est-ce que les réformes promises auront vraiment lieu ?

En arrivant au pouvoir en 1999, le jeune roi Mohammed VI a marqué une rupture considérable avec le règne brutal de son père au pouvoir depuis 1961. La poursuite et la torture des opposants étaient monnaie courante -comme l’a montré l’exemple de la famille du général Oufkir (responsable d’un putch militaire échoué) détenue dans l’une des prisons secrètes de Hassan II, pendant dix neuf ans.

Le nouveau monarque se construit une image de roi moderne et réformateur. Il a pris un certain nombres de mesures progressistes pour libéraliser le pays. Il a par exemple créé l’Instance Equité et Réconciliation chargée de révéler les crimes commis pendant le règne de Hassan II, sans pour autant que les responsables soient poursuivis. Il a aussi fait adopter une mesure phare en faveur du droit des femmes, la Moudawana, qui rend la polygamie illégale et réforme le code de la famille.

Mohammed VI a résisté à la vague des révolutions arabes en réagissant rapidement dès les premiers signes de contestation. Pour répondre aux manifestations issues du mouvement du 20 Février, il décide dès mars de réviser profondément la Constitution et d’organiser des élections législatives anticipées. La nouvelle Constitution -adoptée par référendum en juillet dernier- prévoit que le roi abandonne une partie de ses prérogatives au chef du gouvernement et que le Parlement dispose de pouvoirs plus élargis. Les islamistes du Parti Justice et Développement (PJD) sont arrivés en tête des élections du 25 novembre dernier. Ce parti est résolument monarchiste et ne remet aucunement en question le pouvoir du Roi.

Ces mesures n’ont toutefois pas suffi à répondre aux exigences du mouvement du 20 Février, qui estime que le PJD a toujours fait partie du paysage politique marocain très corrompu et n’apporte pas la rupture souhaitée par le peuple. Il est vrai que dans le contexte du vent de liberté qui a soufflé sur les pays arabes, le Maroc aurait pu faire bien mieux. Les manifestants du 20 Février exigent un changement politique profond, la fin de la corruption et la mise en place d’une monarchie constitutionnelle. Or, les élections législatives n’ont pas suscité l’engouement attendu. L’organisation du système électoral ne permet pas la domination d’une force politique sur une autre au Parlement, les différents partis ne peuvent donc gouverner qu’au sein d’une coalition. Les partis politiques demeurent ainsi faibles et le pouvoir reste aux mains du roi.

La nouvelle Constitution est  véritablement progressiste. Jamais un chef de gouvernement marocain n’a disposé d’autant de pouvoirs. En théorie, ce gouvernement est le plus puissant de l’histoire du Maroc et son chef a été choisi au sein du parti qui a remporté le plus de sièges aux législatives. La reconnaissance de l’amazighe comme deuxième langue officielle du pays est aussi une avancée considérable qui doit être soulignée. Désormais, la question est de savoir si le roi respectera les dispositions de la nouvelle constitution et laissera au chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, les mains libres pour mener à bien les réformes économiques nécessaires. Ce nouveau gouvernement se retrouve face à des défis économiques de taille avec un taux de chômage des jeunes de plus de 30%, alors que le déficit public avoisine les 6%. Le scepticisme s’est installé depuis les élections, puisque la nouvelle constitution prévoit que le premier ministre remplace le roi en tant que chef du gouvernement. Pourtant, le roi a formé son propre cabinet. Pour être crédible, le premier ministre devra marquer son indépendance face à un roi omnipotent. Si le Maroc souhaite réellement prendre le chemin de la monarchie constitutionnelle, un véritable contrôle doit pouvoir être exercé sur le roi. Pour l’instant, il dispose encore de pouvoirs très étendus, demeure chef de l’armée, des autorités religieuses et judiciaires. Pour beaucoup, ces réformes n’ont permis que l’émergence d’un exécutif bis.

La question de la corruption du régime n’aide pas à établir la crédibilité du roi dans ce chantier de réformes. Alors que WikiLeaks a révélé l’étendue de la corruption de la famille royale, le magazine américain Forbes a quant à lui introduit Mohammed VI dans la liste des monarques les plus fortunés de la planète. Il y apparaît en septième position, avant le roi du Qatar, avec une fortune de 7,5 milliards de dollars. Dès le début de son règne, l’affairisme du jeune roi a été sévèrement critiqué. Il a assuré sa domination sur l’immobilier, l’agroalimentaire et le secteur bancaire. Ceci s’ajoute à l’absence de liberté de la presse où les médias indépendants disparaissent progressivement grâce à l’arme financière. Les lignes rouges que sont la religion, le roi et la monarchie semblent impossible à franchir.

Personne ne s’attend à ce que le Maroc passe d’une monarchie absolue à une monarchie constitutionnelle du jour au lendemain. Le pays va sans doute dans la bonne direction mais le roi doit non seulement respecter scrupuleusement les réformes adoptées mais également montrer clairement qu’il ne s’agit ici que de la première étape d’une longue série de réformes.  Mohammed VI ne subit pas le même type de pressions que les autres chefs d’Etats arabes , il dispose encore d’un large soutien auprès de la population en tant que Commandeur des Croyants. Pour autant, il ne devrait surtout pas sous-estimer l’importance des exigences populaires pour plus de démocratie et de justice sociale car la vague révolutionnaire ne semble épargner personne.

 

Dalila Bernard