While the bombs are still falling in some districts of Homs, repression becomes increasingly violent and opposition becomes increasingly armed and determined. More than sixty countries are represented in Tunis, Friday, Feb. 24, for a meeting  » Friends of Syria « who wishes to define a plan of international humanitarian assistance to the Syrian people and intensify pressure on Damascus. The meeting will probably appeal the ruling regime in Damascus to implement a cease-fire and allow access for humanitarian agencies to populations in distress, especially in Homs. It will also urge the opposition, fragmented, to unite and come together.

The next response from the international community will no doubt recognize the Syrian National Council (SNC) as the legitimate representative of Syria. However, the SNC is only a part of the opposition, and no Kurdish or Alawite is represented within it. The safety of minorities in a post-Assad Syria is not yet guaranteed by the SNC. Bashar al-Assad is still supported by part of the Sunni majority, particularly in the business community, who have benefited during 30 years of a favorable economic environment.

Such a response should therefore be taken only after having insurance that the SNC represents a credible alternative and that it represents well the Syrian diversity. In other words, it is important to know if it can ensure a democratic transition that guarantees both the exercise of individual freedoms that the security of every Syrian citizen. For now the answer to this question seems negative.

This meeting of « Friends of Syria » is presented by the regime of Bashar al-Assad as an American-Zionist conspiracy, while the (CNS) pushes them to foreign intervention. Although this solution is presented by some as the « best » one to get out of the crisis, the Iraqis and Libyans examples tend to prove that this solution is not a panacea. The precipitous fall of Assad would lead either to civil war that would force Western troops to remain for years on site or on the takeover of Sunni Islamists, hardly an attractive alternative. Moreover, this intervention should take place outside the United Nations – China and Russia will oppose it – which will make it very soon unpopular with public opinion in countries involved.

« Friends of Syria » will limit themselves so certainly to support the plan of the Arab League which steps a democratic transition in Syria. Although this plan has the merit of proposing a peaceful solution to the current crisis, it remains the work of Saudi Arabia and Qatar, two regimes more interested in the elimination of one of the allies of Iran, their sworn enemy, than in the promotion of democracy and social justice, what they do not even offer to their own citizens.

The situation in Syria is in a complete deadlock. The opposition – or rather the oppositions – is unable to overthrow the regime and the regime is unable to overcome opposition. The international community, itself divided on the answer to the crisis, is also stuck in this deadlock and can currently only offer humanitarian aid. Meanwhile the repression continues, foreign fighters and weapons are flowing into Syria and the specter of civil war is approaching quickly.

Geoffroy d’Aspremont

 

Alors que les bombes tombent toujours sur certains quartiers de Homs et que la répression devient de plus en plus violente face une opposition de plus en plus armée et déterminée, plus de soixante pays sont représentés à Tunis, vendredi 24 février, pour une réunion des « amis de la Syrie » qui souhaite définir un plan d’aide humanitaire international au peuple syrien et accentuer la pression sur Damas. La réunion va sans doute appeler le régime au pouvoir à Damas à mettre en œuvre un cessez-le-feu immédiat et permettre l’accès des agences humanitaires aux populations en détresse, notamment à Homs. Elle exhortera également l’opposition, fragmentée, à s’unir et à se rassembler.

La prochaine réponse de la communauté internationale sera sans doute la reconnaissance du Conseil national syrien (CNS) comme représentant légitime de la Syrie. Pourtant, le CNS ne représente qu’une partie de l’opposition, et aucun alaouite ou kurde n’y est représenté. Il n’est à l’heure actuelle aucunement en mesure de garantir la sécurité de ces minorités dans une Syrie post-Assad. Ce dernier est de plus encore soutenu par une partie de la majorité sunnite, notamment dans le milieu des affaires, qui bénéficient depuis 30 ans d’un environnement économique favorable.

Une telle réponse ne devrait donc se faire qu’après avoir eu l’assurance que le CNS représente une alternative crédible et que toute la diversité de la Syrie soit représentée en son sein. En d’autres termes, il est primordial de savoir si il capable d’assurer une transition démocratique qui garantissent tant l’exercice des libertés individuelles que la sécurité de chaque citoyen syrien. Pour l’instant la réponse à cette question semble négative.

Cette réunion des « Amis de la Syrie » est présentée par le régime de Bachar El Assad  comme un complot americano-sioniste, le (CNS) pousse lui pour une intervention étrangère. Bien que cette solution semble à l’heure actuelle pour certains la « meilleure » pour sortir de la crise, les exemples Irakiens et Libyens tendent à prouver que cette solution n’est pas la panacée. La chute précipitée d’Assad déboucherait soit sur une guerre civile qui contraindrait les troupes occidentales à rester des années sur place soit sur la prise de pouvoir de sunnites islamistes, alternative  guère alléchante. De plus, cette intervention devra se faire hors du cadre des Nations Unies – La Chine et la Russie s’y opposeront -, ce qui la rendra très très vite impopulaire aux yeux des opinions publiques des pays qui y participent.

« Les Amis de la Syrie » se borneront certainement donc à soutenir le plan de la Ligue Arabe qui prévoit les étapes d’une transition démocratique en Syrie. Bien que ce plan a le mérite de proposer une issue pacifique à la crise actuelle, celui-ci reste l’œuvre de l’Arabie Saoudite et du Qatar, deux régimes plus intéressés par l’élimination de l’un des alliés de l’Iran, leur ennemi juré, que par la promotion de la démocratie et de justice sociale, qu’ils n’offrent même pas à leurs populations respectives.

La situation en Syrie est donc dans une impasse complète. L’opposition — ou plutôt les oppositions — est incapable de renverser le régime, et le régime est incapable de venir à bout de l’opposition. La communauté internationale, elle-même divisée sur la réponse à donner à la crise, se retrouve également dans cette impasse et ne peut  à l’heure actuelle que proposer de l’aide humanitaire. Pendant ce temps la répression continue, les combattants étrangers et les armes affluent en Syrie de part et d’autres et le spectre de la guerre civile se rapproche à grand pas.

Geoffroy d’Aspremont

 

Analyse

RETOUR SUR LE CATCH-22 LIBYEN ET SES CONSÉQUENCES

13 avril 2012

Sur un bombardier au large d’une île méditerranéenne durant la seconde guerre mondiale, le capitaine d’aviation John Yossarian est témoin des ravages du militarisme débridé, de l’hubris et de l’incompétence de sa hiérarchie, de l’absurdité de la guerre. A chaque sortie aérienne, il risque inutilement sa vie pour obéir aux ordres d’un colonel uniquement préoccupé par l’obtention d’une promotion. Le seul moyen pour lui d’échapper à l’enfer : se faire déclarer fou. Un seul problème, l’article 22, qui stipule : « Quiconque veut se faire dispenser d’aller au feu n’est pas réellement fou. » Et bien évidemment quiconque est réellement cinglé ne fera pas la démarche de remplir le formulaire pour se faire déclarer fou. Dilemme inextricable, cercle vicieux, alternative maudite et absurde où l’on sort nécessairement perdant à tous les coups : c’est l’histoire de Catch-22, livre du romancier américain Joseph Heller, devenu un classique de la littérature américaine et un manifeste des opposants à la guerre du Vietnam. L’expression Catch-22 entrera dans le langage courant comme synonyme d’une ‘No-Win Situation.’

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Par Dr. Nael GEORGES

L’islam dans les États du Moyen Orient n’est pas seulement affaire privée, elle est aussi, plus ou moins, une affaire de gouvernance, de politique, de culture, de coutumes, d’identité et de tradition. Les États actuels de l’Orient arabe[1], dont la Syrie, la Jordanie et l’Égypte, ne sont pas complètement islamiques. La laïcité ne qualifie pas non plus ces États. On peut cependant insister sur la différence fondamentale quant à l’influence de l’islam ou le degré d’islamisation de chaque État.

L’influence de l’islam apparaît principalement à travers les constitutions, d’une part, ainsi que par l’insertion des dispositions islamiques dans les lois internes, d’autre part. Il s’agit donc d’aborder, en un premier temps, la place de l’islam dans les textes constitutionnels des États de l’Orient arabe (I), avant d’examiner les effets législatifs de la charia islamique sur les lois internes (II).

I.         L’islam dans les textes constitutionnels

Il est vrai que certains termes de droit musulman ont disparu des constituions modernes des États arabo-musulmans[2]. Cependant, l’emprise de l’islam apparaît également, à plusieurs reprises, dans les constitutions de ces États. Contrairement à la Constitution libanaise qui n’énonce aucun lien entre l’État et l’islam[3], tous les États de l’Orient arabe font une telle allusion. Cependant, la manière dont cette référence est affichée, varie d’un État à l’autre.

La constitution syrienne de 1973 ne déclare pas l’islam comme religion de l’État en Syrie[4] ; cependant elle annonce que la religion du chef d’État doit être l’islam[5]. Cette clause constitue une atteinte portée aux droits sociopolitiques des autres communautés religieuses. Ladite constitution fait du fiqh (doctrine) islamique l’une des sources principales de la législation, à la différence de l’ancienne constitution de 1950 où le fiqh musulman était la source principale de la législation.

La situation en Égypte est plus complexe et sa constitution est beaucoup plus islamisée qu’en Syrie. Elle déclare que l’islam est la religion de l’Étatet que les principes de la loi musulmane constituent la source principale de la législation. Concernant cette dernière clause, la rédaction initiale était « la loi musulmane constitue une source de législation », soulignant bien que, comme dans la plupart des constitutions arabes, la loi musulmane est une source de législation et non la seule source. Cependant le Président égyptien Sadate, qui encourageait les Frères musulmans, a ajouté en mai 1980 la mention « la source principale » à l’article 2, ce qui bien évidemment, renforce l’islamisation de la législation. Par conséquent, cela débouche souvent sur des lois discriminatoires à l’encontre des non-musulmans et des femmes dans le pays. L’article 12 de la Constitution égyptienne exige, de l’État et de la société, de veiller au maintien du niveau élevé de l’éducation religieuse et l’article 19 fait de l’instruction religieuse une matière essentielle dans les programmes de l’enseignement général. Ces clauses, prévues dans les articles 12 et 19, sont absentes des autres constitutions de l’Orient arabe. Ce qui explique le degré élevé de l’influence de la religion en Égypte par rapport aux pays voisins.

Quant à la Jordanie, celle-ci déclare dans sa constitution que l’islam est la religion de l’État et la loi musulmane est la source principale de la législation. En vertu de ladite constitution, les tribunaux islamiques “chariés” appliquent les règles de la loi musulmane. De ce fait, la charia est retenue « en tant qu’ensemble de normes se suffisant à elle-même »[6]. En outre, cette constitution prévoit une clause relative au Roi qui doit être musulman, sain d’esprit, né d’une épouse légitime et de parents musulmans (article 28, e).

Il existe également d’autres dispositions constitutionnelles indirectement inspirées de la religion musulmane. Ainsi l’article 34 de la Constitution égyptienne et l’article 17 de la Constitution syrienne font allusion à la succession. Ces articles disposent que le droit à la succession est garantie conformément à la loi, mais de quelle loi s’agit-il ? En effet, la succession est un droit réglementé dans la charia, jusqu’à nos jours, dans les États de l’Orient arabe. De même, l’insistance sur certains termes comme la « solidarité » et la « famille comme base de la société » trouve son fondement dans le Coran. L’article 9 de la Constitution égyptienne prévoit que « la famille est la base de la société, fondée sur la religion, la morale et le patriotisme ». L’article 44, 1 de la Constitution syrienne reprend ces mêmes dispositions.

Il ressort qu’aucune des dites constitutions n’a fondée le pouvoir politique et législatif de l’État directement sur l’islam, comme c’est le cas au Soudan et en

Arabie Saoudite. Ainsi, l’incompatibilité des constitutions de l’Orient arabe avec le projet de constitution islamique élaboré par l’université d’Al-Azhar en 1978 et le modèle de constitution islamique rendu public, en 1983, lors d’une conférence sur « l’islam aujourd’hui » en témoigne[7]. Ces deux textes contiennent les principes et les règles qui devraient régir l’organisation de tout État islamique. Néanmoins, l’islam a laissé clairement ses empreintes sur les constitutions des États de l’Orient arabe et par conséquent sur les lois internes comme on le constatera dans le paragraphe suivant.

II.        L’islam dans les lois internes

La référence constitutionnelle à la charia, comme source principale de législation, n’a pas beaucoup d’effets sur le système juridiques internes. Ainsi, dans tous les États de l’Orient arabe, les législations ont été fortement influencées par les codes occidentaux, anglais et français. De ce fait le droit islamique est souvent écarté en faveur du droit positif.

Il semble qu’en général la loi musulmane sert uniquement à combler les lacunes dans la législation positive comme le précise l’article 1er du Code civil syrien de 1949[8], l’article 1er du Code civil égyptien[9] et l’article 2 du Code civil jordanien. Néanmoins, ces États continuent, jusqu’à nos jours, à appliquer la loi musulmane en matière du statut personnel. Ce dernier comprend les affaires relatives au mariage, divorce, héritage, succession, testament, etc. Il faut noter que les affaires du statut personnel des chrétiens sont, en principe, réglées par les tribunaux ecclésiastiques qui appliquent le droit canonique.

Ce système du pluralisme religieux en matière des statuts personnels débouche parfois sur un conflit de lois et de juridictions. Il prévoit plusieurs privilèges en faveur des musulmans, mais également des discriminations à l’encontre des non-musulmans, amenant parfois à la violation de certains droits fondamentaux, notamment la liberté religieuse et l’égalité devant la loi et devant les tribunaux. Il est aussi à l’origine de l’islamisation d’un nombre considérable de chrétiens puisque la conversion à l’islam constitue une solution pour échapper aux dispositions abusives de législation confessionnelle et pour bénéficier de certains avantages de la loi musulmane. Cette conversion est essentiellement effectuée pour obtenir la garde de l’enfant[10], attribuée au parti musulman en cas de conflit, ou bien pour conclure un mariage mixte lorsque ce type de contrat est interdit en vertu de la législation arabe. L’interdiction de divorce chez certaines communautés chrétiennes reste l’une de principale raison pour la conversion à l’islam[11]. Le chrétien converti, même durant le déroulement des procédures judiciaires, peut immédiatement soumettre son affaire aux dispositions générales de la loi musulmane qui admettent facilement le divorce. Le nombre estimé des chrétiens affectés par cette situation, varie d’une source à l’autre, mais il s’élève à des milliers. Ceux-ci ont menacé, en août 2011, l’Église orthodoxe en Égypte de renoncer à leur confession pour régler leurs problèmes[12].

Il ressort que, sur le plan formel, le droit musulman couvre peu de domaines. Ainsi, la majorité des lois commerciales, civiles et pénales sont d’origine occidentale et la charia n’a qu’une place partielle dans l’ordre juridique. En revanche et dans la réalité, la charia joue un rôle important dans presque tous les aspects de la vie. Elle intervient afin de déterminer le caractère licite ou illicite de certains actes dans la société comme l’avortement, la circoncision, la relation sexuelle hors mariage, les interdits alimentaires, la liberté d’expression, la participation de la femme et des non-musulmans à la vie politique, etc.

Il faut enfin noter que l’influence de la charia varie d’un État à l’autre selon la situation politique. La modernisation actuelle de la plupart des lois et la place limitée de la cha­ria, ne permettent pas de dire qu’il existe, actuellement, un régime islamique dans un de ces États. En effet, nous ne pouvons pas attribuer la définition d’État islamique aux États de l’Orient arabe ; loin d’être à l’instar d’un État islamique comme l’Iran et l’Arabie saoudite.

Néanmoins, le Monde arabe, dont les États du Moyen orient, fait l’objet actuellement d’une réforme politico-juridique importante et historique. Après des décennies d’oppression par les régimes dictatoriaux, les populations du Monde arabe réclament leur liberté et leur dignité en demandant un changement politique fondamental. Celui-ci, bien évidement, amène à l’instauration d’un nouveau visage politico-juridique dans cette région et laissent par conséquent ses empreintes sur le rôle de la religion dans la vie politico-juridique. Il est vrai que les manifestations réclamaient notamment la liberté et ceci sans aucun slogan concernant l’instauration d’un État religieux. Cependant le caractère laïc des révolutions reste fragile, comme en témoigne la victoire des islamistes dans certains États arabes. En effet, le combat semble se poursuivre entre deux courants. Le premier vise à éliminer toute loi étrangère, et par conséquent à appliquer intégralement la charia. En revanche, le deuxième courant qui, malgré la pression de l’islamisme, ne cesse de lutter pour le respect total des instruments internationaux des droits de l’homme.

 

Originaire de la Syrie, le Dr. Nael Georges est titulaire d’une thèse de doctorant en droits de l’homme de l’Université Pierre Mendès France. Il est l’auteur de plusieurs articles de revues scientifiques ainsi que d’une livre intitulé « le droit des minorités. Le cas des chrétiens en Orient arabe ».Il est actuellement chercheur à l’université de Genève.



[1] L’appellation « Orient arabe » ne veut en aucune manière imposer ou attribuer une identité arabe à cette zone multiethnique. Elle nommée comme telle pour le simple faite de référer aux États, à majorité arabe, qui se trouvent dans le Moyen-Orient. L’Orient arabe est également appelé Machrek (Levant) par opposition au Maghreb (Couchant).

[2] Ainsi, le terme “Gens du Livre ” et la distinction entre croyants et non-croyants fut remplacé par le terme “citoyens”.

[3] Cf., Abdelfattah Amor, « La place de l’Islam dans les constitutions des États arabes ; modèle théorique et réalité juridique », in Islam et droits de l’homme, Economica, Paris, 1994, p. 20.

[4] En effet le régime syrien cherche à légitimer son pouvoir sur une autre base que l’islam. Il remplace le panislamisme par le panarabisme comme l’en témoigne la constitution du pays. Il faut noter que l’arabisme est à l’origine d’une ignorance de la diversité ethnique en Syrie. Ainsi, l’arabisme est l’autre visage de l’islamisme. Cette dernière divise l’Orient arabe entre non-musulmans et musulmans en favorisant ces derniers, tandis que l’arabisme divise les citoyens entre non-Arabes et Arabes en favorisant également ces derniers. Les deux concepts conduisent à des formes d’inégalité ; ce qui est incompatible avec la conception actuelle des droits de l’homme.

[5] Le nouveau projet de constitution reprend également cette clause.

[6] Abdelfattah Amor, « La place de l’Islam dans les constitutions des États arabes ; modèle théorique et réalité juridique », in: Islam et droits de l’homme, Economica, Paris, 1994, p. 25.

[7] Cf., مشروع دستور إسلامي (Projet de constitution islamique), in: revue de l’Université d’Al-Azhar, avril 1979, p. 1092 et s. Et, نموذج للدستور الاسلامي (Modèle de constitution islamique, Islamic Council), 16 Grosvenro Grescent, London, SW1, 1983, 42 p.

[8] Code adopté en vertu du décret législatif n° 84 du 18 mai 1949.

[9] Il est vrai que le code civil égyptien a subi une réforme vers les années 1948 dans un but d’unification, de nationalisation et de détachement de l’influence française. Mais l’inspiration islamique a été aussi très faible comme l’affirme Bernard Botiveau dans son article : « Le droit de l’État-nation et le statut des non-musulmans en Égypte et en Syrie », Institut supérieur de sciences religieuses, Beyrouth, 1997, in Proche-Orient Chrétien (numéro spécial), Tome 47, pp. 128-129.

[10] Pour plus de détails, voir Dina Charif Feller, La garde Hadanah en droit musulman et dans les droits égyptien, syrien et tunisien, Librairie Droz, Genève, 1996, 301 p.

[11] Pour plus de détails, voir Nael GEORGES, Le droit des minorités. Le cas des chrétiens en Orient arabe [préface de Joseph Yacoub], PUAM, Aix-Marseille, 2012, p. 224 et s.

[12] Sabri Hassanien, « 150 ألف مسيحي يهددون بالتحول عن الإرثوذكسية في مصر » (« 150 000 chrétiens menacent de renoncer à leur orthodoxie en Égypte »), Elaph, 13 août 2011, www.elaph.com.

 

Facing the Arab spring, the EU has repeatedly stressed its willingness to promote the respect of human rights as an essential foundation for future Arab democracies under construction. But what about its relations with Israel? The launch this week of the joint report of Aprodev and the Euro-Mediterranean Human Rights Network (EMHRN) on the subject allows us to point at some inconsistencies in EU foreign policy.

Since the Lisbon Treaty, the EU insists on increasing the consistency of its foreign policy with  » principles which have inspired its own creation, development and enlargement, and which it seeks to advance in the wider world: democracy, the rule of law, the universality and indivisibility of human rights and fundamental freedoms, respect for human dignity, the principles of equality and solidarity, and respect for the principles of the United Nations Charter and international law »(cf. Article 10A of the Treaty). This desire for consistency, Catherine Ashton underlined it again in her joint communication to the Council and the European Parliament on December 12, entitled « Human Rights and democracy at the heart of EU external action – towards a more effective approach« .

But this consistency seems to remain at the stage of the words since, despite a lack of political will to move towards peace, and obvious violations of human rights by Israel, the EU continues to build a close relationship with this State. The freeze of the upgrading of the association agreement decided in June 2009 following the deadly Israeli attack on Gaza is merely an illusion behind which lies a « silent upgrading » » (K. Lemanska, La coopération entre l’UE et Israël. Etat des lieux, Palestine n°49, ABP, 2011).

On the other hand, the EU stays blind in front of the annual reports of European heads of missions in East Jerusalem. Those are each year more alarming on the situation in East Jerusalem, and this year also on Area C ((R.Backmann, Les Européens jugent qu’Israël sabote le processus de paix, Nouvel Obs, 1/2/2012). The diplomats authors of the report go further this time and recommend that the EU legislates to prevent or discourage businesses and organizations of member states to do business that support Israeli settlements (H. Sherwood, EU report calls for action over Israeli settlement growth, 18/1/2012). Like every year, this report will end in a drawer.

Arab spring demonstrators showed they were not naive. The policy of double standards lead so far by the EU won’t be accepted longer. If it wants to convince, it is time for the EU to respect the principle of consistency that it has itself imposed. Relations between the EU and Israel can no longer grow in this way, in total negation of international law and human rights.

 

Nathalie Janne d’Othée

 

Face au printemps arabe, l’UE a maintes fois souligné sa volonté de remettre en avant les droits de l’homme, d’encourager leur respect comme fondement indispensable des futures démocraties arabes en construction. Mais qu’en est-il de ses relations avec Israël ? Le lancement cette semaine du rapport conjoint d’Aprodev et du Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme (EMHRN) sur le sujet nous permet de pointer du doigt quelques incohérences de l’UE en matière de politique extérieure.

Depuis le traité de Lisbonne, l’UE insiste de plus en plus sur la cohérence de sa politique extérieure avec « les principes qui ont présidé à sa création, à son développement et à son élargissement et qu’elle vise à promouvoir dans le reste du monde: la démocratie, l’Etat de droit, l’universalité et l’indivisibilité des droits de l’homme et des libertés fondamentales, le respect de la dignité humaine, les principes d’égalité et de solidarité et le respect des principes de la charte des Nations unies et du droit international » (cfr article 10A du traité). Cette volonté de cohérence, Catherine Ashton l’a encore rappelée dans sa communication conjointe au Conseil et au Parlement européens le 12 décembre dernier, intitulée « Les droits de l’homme et la démocratie au cœur de l’action extérieure de l’UE – vers une approche plus efficace ».

Cette cohérence semble pourtant rester au stade dans mots puisque malgré un manque de volonté politique d’avancer vers la paix, et des violations flagrantes des droits de l’homme par Israël, l’UE continue de nouer avec cet Etat des relations de plus en plus étroites. Le gel du rehaussement de l’accord d’association  décidé en juin 2009 suite à l’attaque israélienne meurtrière sur la bande de Gaza n’est qu’un leurre derrière lequel se cache un « rehaussement silencieux » (K. Lemanska, La coopération entre l’UE et Israël. Etat des lieux, Palestine n°49, ABP, 2011).

D’autre part, l’UE ferme les yeux sur les rapports annuels des chefs de missions européens à Jérusalem-Est. Ces derniers sont chaque année plus alarmants sur la situation à Jérusalem-Est, et cette année également sur la zone C (R.Backmann, Les Européens jugent qu’Israël sabote le processus de paix, Nouvel Obs, 1/2/2012). Les diplomates auteurs du rapport vont cette fois-ci jusqu’à préconiser que l’UE légifère pour empêcher ou décourager les entreprises et organisations des Etats membres de faire des affaires qui soutiennent les colonies israéliennes (H. Sherwood, EU report calls for action over Israeli settlement growth, 18/1/2012). Comme chaque année, ce rapport terminera dans un tiroir.

Les manifestants du printemps arabe ont montré qu’ils n’étaient pas dupes. La politique de double poids, double mesure adoptée jusqu’ici par l’UE ne passera plus. Si elle veut convaincre, il est temps que l’UE respecte le principe de cohérence qu’elle s’est elle-même imposé. Les relations entre l’UE et Israël ne peuvent plus se développer de cette manière, en négation totale du droit international et des droits de l’homme.

 

Nathalie Janne d’Othée

 

Saudi journalist Hamza Kashgari could pay dearly the fact he addressed directly the Prophet via Twitter. Considered blasphemous, his tweets on 4 February 2012 have raised the ire of thousands of Muslims, compelling him to flee his country. Arrested in Malaysia, the young man of 23 years was extradited to Riyadh and now faces the death penalty.

One year since the anti-Gaddafi revolt erupted, Libya is battling challenges ranging from how to tame rowdy militias who fought his forces to establishing a new rule of law in the country. On Friday, Libya marks the first anniversary of the revolution against Moamer Gathafi, which was ignited in the eastern city of Benghazi on February 17 and ended on October 20 with the dictator’s killing. No official celebrations have been organised at a national level, but local councils are planning commemorations and have been warned to be on the alert against possible attacks by Gathafi supporters.

Thousands of Syrians are rallying to demand Bashar al-Assad’s removal even as the Syrian president’s forces continue their heaviest pounding yet of the opposition stronghold of Homs. They turned out after the UN General Assembly overwhelmingly backed an Arab League initiative on Thursday calling on Assad to step aside, and shortly before a visit by a Chinese diplomatic envoy. In Homs, rockets crashed into opposition strongholds at the rate of four a minute, according to one opposition activist who said the central Syrian city was facing a humanitarian crisis.

The Islamist party that leads the new Egyptian Parliament is threatening to review the 1979 peace treaty with Israel if the United States cuts off aid to the country over a crackdown on American-backed nonprofit groups here. Leaders of the Brotherhood have said that they would respect the American-brokered 1979 treaty, and the seriousness of their new threats is hard to assess. However, ther are  internal domestic reasons to respect the treaty, mainly because it ensures peaceful borders at a time when Egypt can ill afford the cost of a military buildup and its economy teeters on the brink of collapse.

the incoming New York Times correspondent for Jerusalem has already been judged as antisemtic after a tweet she drafted. The incident is part of a broader rash of pouncing-upon from rightwing pro-Israelis. Yet the real danger in all this is that the rush to throw charges of antisemitism at people who criticise Israel will desensitise vigilance over the real thing. Such tactics are meant to intimidate and paralyse, choke and divert the discussion over Israel’s occupation and policies in the Middle East.

 

Le journaliste saoudien Hamza Kashgari pourrait payer très cher de s’être adressé directement au Prophète sur Twitter. Jugés blasphématoires, ses tweets du 4 février 2012 ont déclenché l’ire de milliers de musulmans, le contraignant à fuir son pays. Arrêté en Malaisie, le jeune homme de 23 ans a été extradé à Riyad où il risque aujourd’hui la peine capitale.

Un an depuis que la révolte anti-Kadhafi a éclaté, la Libye se voit de résoudre des défis allant de la façon de dompter les milices qui ont combattu à l’établissement d’un nouveau régime dans le pays. Vendredi, la Libye marquera le premier anniversaire de la révolution contre Kadhafi, qui a pris feu dans la ville de Benghazi 17 février 2011 et se termina le 20 octobre avec l’assassinat du dictateur. Aucune célébration officielle n’a été organisée au niveau national, mais les conseils locaux prévoient des commémorations et vont être sur leur garde contre d’éventuelles attaques par les partisans de l’ancien dictateur.

La nouvelle correspondante du New York Times à Jérusalem a déjà été jugée comme antisémite après un tweet qu’elle a rédigé. L’incident fait partie d’une plus large vague de pression de la droite pro-Israélienne. Pourtant, le véritable danger dans tout cela, c’est que ces vagues d’accusations d’antisémitisme à des gens qui critiquent Israël  désensibilisent notre vigilance sur le vrai problème. De telles tactiques sont destinées à intimider et à paralyser, étouffer et à détourner le débat sur l’occupation israélienne et les politiques au Moyen-Orient.

Le parti islamiste qui dirige le nouveau Parlement égyptien menace de réviser le traité de paix de 1979 avec Israël si les États-Unis coupe l’aide après que des associations soutenues par les Etats Unis soient réprimées en Egypte. La gravité de leurs nouvelles menaces est difficile à évaluer. Toutefois, Il y a des raisons internes à respecter le traité, principalement parce qu’il assure des frontières pacifiques à un moment où l’Egypte ne peut se permettre le coût d’un renforcement militaire et que son économie est au bord de l’effondrement.

Des milliers de Syriens se sont rassemblés pour exiger le retrait de Bachar al-Assad alors que les forces du président syrien continuaient leur bombardement du bastion de l’opposition à Homs, après que l’Assemblée Générale des Nations Unies ait massivement soutenu une initiative de la Ligue arabe appelant Assad à se retirer, et peu de temps avant la visite d’un émissaire chinois diplomatique. A Homs,  des roquettes se sont écrasées dans les bastions de l’opposition au taux de quatre à la minute, selon un militant de l’opposition qui a également dit quee  la ville syrienne était confrontée à une crise humanitaire.

 

Belgian media spread this week the info mentioned in a press release of SOS Jeunes – Quartier Libre that warned about the alarming situation of certain foreign unaccompanied minors, left to their fate while Belgium is going through a wave of unusual cold. While refuge measures implemented by the new Secretary of State for Immigration Maggie De Block show here more than a gap, the reason why we insist on it is rather that those young people are mostly from the Maghreb (Morocco, Algeria, Tunisia). The fact that young people are left alone without any hosting structures, because they do not want/cannot seek asylum, leads to a necessary reflection on our migration policies in the wake of the Arab spring.

In a speech on the blog of the show Avenue de l’Europe (France 3), the Green MEP Helene Flautre is the need of some governments to emphasize the negative effects of immigration, the need to talk about migration in terms of dangers, rather than of opportunities. She says the Arab spring is an unprecedented opportunity to rethink a framework for cooperation in the Mediterranean. She challenges above all the work of Frontex. Founded in 2004, this decentralized body of the EU, despite a speech where she says she protects migrants who try to cross the Mediterranean, is more attached to secure the sealing of our borders.

When will European policy makers realize that no dam can ever stop migration? Why keep these young people who may have desires, ideas, from arriving here, while more structured channels could be far more beneficial? It is time also to stop the alarmist talk about the number of newly arrived migrants in Europe, as other simultaneously return to their country where the future offers hope again. It is on this process of democratic transition emerging in our southern neighborhood that must be based our thinking in terms of migration.

One year after the beginning of the Arab spring member states policy on migration has not changed. It is time to enter into dialogue with the countries in transition to build a real partnership on these issues and to give these young people a real opportunity to bring something to Europe, and also to their country of origin. Let’s think and set up a migration policy which will be described in positive terms!

Meanwhile, it is necessary to applaud the action of civil society organizations such as SOS Jeunes – Quartier Libre that take over duties from the state when the latter failes in its duty. But this solution is partial and can only be provisional.

 

Nathalie Janne d’Othée

 

Les médias belges ont relayé cette semaine un communiqué de presse de l’association SOS jeunes – Quartier Libre qui lançait un avertissement sur la situation alarmante de certains mineurs étrangers non-accompagnés (MENA), laissés à leur sort alors que la Belgique traverse une vague de froid hors du commun. Bien que les mesures d’accueil mises en place par la nouvelle secrétaire d’Etat à l’immigration Maggie De Block montrent là une lacune, ce n’est pas sur cela que nous insisterons mais plutôt sur le fait que ces jeunes sont en grande majorité originaires du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie). Le fait que ces jeunes soient laissés à eux-mêmes, du fait qu’ils ne veulent/peuvent pas demander l’asile, entraine une réflexion nécessaire sur nos politiques migratoires dans le sillage du printemps arabe.

Dans une intervention sur le blog de l’émission Avenue de l’Europe (France 3), l’europarlementaire Verte Hélène Flautre relève le besoin de certains gouvernements de souligner les effets négatifs de l’immigration, le besoin de parler de migrations en termes de dangers, plutôt que d’opportunités. Selon elle, le printemps arabe est une occasion inédite de repenser un cadre de coopération en Méditerranée. Elle remet en question principalement le travail de l’agence Frontex. Créée en 2004, cet organe décentralisé de l’UE est, malgré un discours où elle dit protéger les migrants qui s’élancent en mer, davantage attachée à sécuriser la fermeture hermétique de nos frontières.

Quand les décideurs européens réaliseront-ils qu’aucun barrage ne pourra jamais freiner les migrations ? Pourquoi empêcher ces jeunes qui ont peut-être des envies, des idées, d’arriver chez nous, alors que leur accueil structuré pourrait nous être bien plus bénéfique ? Il serait temps également de cesser les discours alarmistes sur le nombre de migrants récemment arrivés en Europe, puisque simultanément d’autres retournent dans leurs pays où l’avenir permet désormais plus d’espoir. C’est sur cette transition démocratique qui se profile chez nos voisins du Sud que doit se baser notre réflexion en termes de migrations.

Un an après le début du printemps arabe, la politique des Etats membres en matière de migration n’a pas évolué. Il est temps d’entrer en concertation avec les Etats en transition pour construire un réel partenariat autour de ces questions et donner à ces jeunes de réelles possibilités d’apporter quelque chose à l’Europe, comme à leurs pays d’origine. Pensons et mettons en place une politique migratoire qui sera décrite en terme positifs !

En attendant, il est nécessaire d’applaudir l’action d’organisations de la société civile comme SOS jeunes – Quartier libre qui prennent le relai de l’Etat quand celui-ci failli à son devoir. Mais cette solution n’est que partielle et ne peut être que provisoire.

 

Nathalie Janne d’Othée