03/02/2012

Le jeu dangereux de la Russie en Syrie

Alors que des manifestions avaient lieu aujourd’hui pour commémorer  le trentième  anniversaire du soulèvement de Hama dont la répression  fit  entre 10000 et 30000 morts selon les sources, les membres du Conseil de Sécurité des Nations-Unies examinaient aujourd’hui un projet de résolution, émanent de la Ligue Arabe et présenté par le Maroc, concernant la situation en Syrie. La Russie, membre permanent du Conseil de Sécurité et disposant donc du droit de veto,  reste malheureusement encore opposée au projet.

Le Conseil de Sécurité n’a pas encore réussi à adopter une seule résolution concernant la situation en Syrie depuis le début de la répression violente des manifestations contre le régime de Bachar el Assad en mars dernier. La Russie et la Chine se sont en effet opposées à la dernière tentative de résolution au mois d’octobre. Pour parvenir à un accord au sein du Conseil de Sécurité, le texte actuel se voulait donc extrêmement consensuel.

En effet, il abandonne toute demande départ de Bachar el Assad ainsi que toute référence aux sanctions économiques décidées par la Ligue Arabe contre Damas en novembre 2011. Le  paragraphe où le Conseil s’inquiétait des ventes d’armes à la Syrie a également été effacé. Néanmoins, la Ligue Arabe souhaite qu’une résolution, même faible, qui « condamne la violence d’où qu’elle émane » et appelle à une transition politique, soit votée.

Moscou semble déterminer à empêcher toute répétition des événements libyens, lorsque les russes avaient laissé passer la résolution 1973 dont l’interprétation par les occidentaux a sans conteste contribué à faire tomber le colonel Mouammar Kadhafi, proche des russes – événement qui a souligné une nouvelle fois la perte d’influence russe dans les affaires mondiales. La Russie se dit donc opposée à toute résolution de ce type sur la Syrie. De plus, Moscou ne fera rien qui porte atteinte à son dernier allié significatif dans le monde arabe.

Une autre raison  est certainement le commerce d’exportation lucratif des armes russes vers la Syrie. Malgré les critiques internationales  des tactiques brutales du régime d’Assad, le gouvernement Poutine / Medvedev entend poursuivre ces ventes, comme l’a déclaré le vice ministre russe de la Défense, Anatoly Antonov. «À compter d’aujourd’hui il n’y a pas de restrictions sur la livraison d’armes et nous devons nous acquitter de nos obligations, et c’est ce que nous faisons».

Les États-Unis, comme les européens et les arabes, ont insisté auprès des russes pour que le Conseil de Sécurité agisse rapidement, comme l’a déclaré Hillary Clinton cette semaine: « Etes-vous sur le côté du peuple syrien, ou êtes-vous du côté d’un régime dictatorial brutal? » La Russie semble à l’heure actuelle clairement du côté de la répression brutale.

Pourtant, avec un PIB à peine supérieur à celui de l’Espagne, La Russie ne peut plus prétendre influer sur les affaires mondiales comme jadis l’Union Soviétique. Il est temps que les gouvernants russes l’acceptent, au lieu de continuer à faire croire le contraire à leur population. La Russie n’a pas grand-chose à gagner à soutenir des régimes qui ne valent pas vraiment la peine d’être soutenu.

Une abstention russe lors d’un éventuel vote de la résolution dont le texte est discuté en ce moment au conseil de sécurité des Nations Unies honorerait donc bien plus la Russie. De plus, un veto russe affaiblirait un peu plus Le Conseil de Sécurité des Nations Unies, l’un des derniers forums internationaux où les russes peuvent encore exercer une certaine influence.

Une résolution contre la Syrie isolerait quant à elle un peu plus le régime répressif syrien et lui signifierait qu’il est temps de commencer à négocier. Bachar El Assad a suffisamment démontré qu’il ne céderait jamais aux pressions de la majorité de sa population. Seule la pression internationale pourrait donc le pousser à négocier une issue « pacifique » à la crise .une telle issue diplomatique et pacifique à la crise ne peut, dans l’état actuel des choses, que passer par une  résolution au Conseil de Sécurité.

Si la Russie, comme elle le prétend, désire vraiment cette issue diplomatique, qu’elle s’abstienne lors de ce vote éventuel, Qu’elle s’abstienne également de vendre des armes au régime syrien, armes qui ne feront qu’alimenter la violence actuelle.

Geoffroy d’Aspremont