17/02/2012

Les relations UE-Israël et les incohérences de la politique extérieure européenne

Face au printemps arabe, l’UE a maintes fois souligné sa volonté de remettre en avant les droits de l’homme, d’encourager leur respect comme fondement indispensable des futures démocraties arabes en construction. Mais qu’en est-il de ses relations avec Israël ? Le lancement cette semaine du rapport conjoint d’Aprodev et du Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme (EMHRN) sur le sujet nous permet de pointer du doigt quelques incohérences de l’UE en matière de politique extérieure.

Depuis le traité de Lisbonne, l’UE insiste de plus en plus sur la cohérence de sa politique extérieure avec « les principes qui ont présidé à sa création, à son développement et à son élargissement et qu’elle vise à promouvoir dans le reste du monde: la démocratie, l’Etat de droit, l’universalité et l’indivisibilité des droits de l’homme et des libertés fondamentales, le respect de la dignité humaine, les principes d’égalité et de solidarité et le respect des principes de la charte des Nations unies et du droit international » (cfr article 10A du traité). Cette volonté de cohérence, Catherine Ashton l’a encore rappelée dans sa communication conjointe au Conseil et au Parlement européens le 12 décembre dernier, intitulée « Les droits de l’homme et la démocratie au cœur de l’action extérieure de l’UE – vers une approche plus efficace ».

Cette cohérence semble pourtant rester au stade dans mots puisque malgré un manque de volonté politique d’avancer vers la paix, et des violations flagrantes des droits de l’homme par Israël, l’UE continue de nouer avec cet Etat des relations de plus en plus étroites. Le gel du rehaussement de l’accord d’association  décidé en juin 2009 suite à l’attaque israélienne meurtrière sur la bande de Gaza n’est qu’un leurre derrière lequel se cache un « rehaussement silencieux » (K. Lemanska, La coopération entre l’UE et Israël. Etat des lieux, Palestine n°49, ABP, 2011).

D’autre part, l’UE ferme les yeux sur les rapports annuels des chefs de missions européens à Jérusalem-Est. Ces derniers sont chaque année plus alarmants sur la situation à Jérusalem-Est, et cette année également sur la zone C (R.Backmann, Les Européens jugent qu’Israël sabote le processus de paix, Nouvel Obs, 1/2/2012). Les diplomates auteurs du rapport vont cette fois-ci jusqu’à préconiser que l’UE légifère pour empêcher ou décourager les entreprises et organisations des Etats membres de faire des affaires qui soutiennent les colonies israéliennes (H. Sherwood, EU report calls for action over Israeli settlement growth, 18/1/2012). Comme chaque année, ce rapport terminera dans un tiroir.

Les manifestants du printemps arabe ont montré qu’ils n’étaient pas dupes. La politique de double poids, double mesure adoptée jusqu’ici par l’UE ne passera plus. Si elle veut convaincre, il est temps que l’UE respecte le principe de cohérence qu’elle s’est elle-même imposé. Les relations entre l’UE et Israël ne peuvent plus se développer de cette manière, en négation totale du droit international et des droits de l’homme.

 

Nathalie Janne d’Othée