Analyse

Contexte actuel.

Que se passe-t-il en ce moment en Tunisie ?  Je répondrai énormément de choses chaque jour. D’abord,  les commissions de l’Assemblée Nationale Constituante [1] ont démarré la discussion sur le contenu du préambule mais pas encore la rédaction de la constitution, alors il est légitime de se poser la question : pourquoi un tel retard ? Veulent-ils rester le plus longtemps possible au pouvoir ?  Ils nous avaient pourtant promis une année.

Ce qui fait ralentir nos députés serait la question de la place de la charia dans la Constitution, devrait elle être une source essentielle de la législation comme ça été stipulé dans le projet de Constitution d’Ennahda, le parti au pouvoir avec 89 sièges au sein de l’assemblée ?  Malheureusement, la Tunisie est déchirée entre principes universels et principes islamiques.

Pour le moment, il n’y a pas de consensus, pourtant pour une question si importante le consensus est essentiel.  En effet, l’introduction de la charia dans la constitution remettra  en cause plusieurs acquis ainsi le droit positif, fondement de l’Etat civil, laissera place aux  fatwas mais aussi toute loi contraire à la charia y compris les traités ratifiés par la Tunisie sera inapplicable. Le problème n’est pas avec la religion, la Tunisie est majoritairement musulmane, de plus, ce n’est pas aller à contre courant que d’être de sa culture et de sa religion, ce qui est à contre courant, c’est d’aller contre ses acquis.

Le deuxième événement majeur s’est passé le 7 mars à la faculté des lettres de la Manouba.  Des salafistes voulant imposer leur loi au sein de cette faculté, à la suite du passage d’étudiantes portant le niqab devant le conseil de discipline pour irrespect de règles internes de la faculté, ont enlevé le drapeau tunisien et l’ont remplacé par leur drapeau noir et blanc. Par une acte héroïque, une tunisienne a grimpé sur le toit de la Faculté pour tenter de remettre en place le drapeau tunisien. Ca lui a valu une décoration de la part du Président de la République et une reconnaissance de la part de la société tunisienne. Un acte de courage qui démontre aux sceptiques de la cause féminine que ce n’est pas un hasard que c’est en Tunisie qu’un Code de Statut Personnel révolutionnaire a été promulgué en 1956 pour défendre les droits des femmes, un modèle envié et jalousé dans le monde arabe.

Conclusions issues de la conférence « La Tunisie face à l’expérience démocratique »

La Tunisie face à l’expérience démocratique, c’est le titre de la conférence organisée par le Parlement Européen de Bruxelles le 20 mars dernier en collaboration avec des associations ambitieuses telles  que le CCMO, MEDEA et l’Assemblée des Citoyens et Citoyennes de la Méditerranée (ACM).   Une conférence sur la Tunisie post révolution. Cette conférence a tenu ses promesses puisque le débat était intéressant et les interventions diverses, des politiciens à la société civile en arrivant jusqu’à l’art, tout était réunit. La question qui se pose à l’heure actuelle est la suivante : la Tunisie va-t-elle réussir sa  transition démocratique ?

«  Les relations tuniso –européennes : dynamique et perspectives d’un nouveau partenariat » C’est le titre de la première table ronde  de la conférence. La Tunisie a besoin de l’Europe et l’Europe a besoin de la Tunisie, c’est l’idée maitresse. Une belle phrase qui résume tout des relations entre la Tunisie et l’Europe. La Tunisie a besoin de l’Europe pour réussir sa transition et l’Europe compte sur la Tunisie pour être un exemple de réussite pour les autres pays en transition.  La Tunisie a généré la flamme de la révolution dans presque tout le Maghreb et quelques pays du Moyen Orient, si la Tunisie échoue ; la boucle de l’échec touchera les autres pays aussi.  L’Europe a bien fait des efforts pour aider la Tunisie dans sa transition, certes mais beaucoup reste à faire. Une des étudiantes tunisiennes présente lors de la conférence a proposé que les représentants de l’UE viennent et constatent les besoins du pays par eux même sans se fier ou se suffire aux demandes exprimées par le gouvernement actuel. Ce sont les tunisiens qui connaissent le mieux leur besoin, les politiciens pensent plutôt aux prochaines élections et comment rester au pouvoir.

La seconde table ronde tant attendu n’a pas vraiment atteint son objectif. Cette table a réuni des représentants des partis politiques au pouvoir ou ce qu’on appelle «  la troika » à savoir Ennahda, Ettakatol et le Congrès pour la république mais aussi une représentante de l’Union Générale des travailleurs tunisiens ( UGTT), un syndicat fort composé de gens de gauche qui rend la vie dure au parti au pouvoir.  Lors des différentes interventions, on a entendu la version de chaque parti de la situation actuelle en Tunisie. Des paroles de politiciens donc on ne saurait distinguer le faux du vrai. Le représentant d’Ennahda a parlé de l’argument qui a fait beaucoup de bruit au sein de l’assemblée nationale constituante mais aussi dans la rue. L’application de la Sharia en tant que source de législation principale en Tunisie. C’est une première en Tunisie, le droit positif aura un concurrent la loi islamique.  Le droit musulman est une source matérielle de la législation tunisienne c’est-à-dire que la législation s’en ai inspiré dans le code la famille, le code de obligations et des contrats… Mais le droit musulman n’a jamais été une source formelle, la sharia n’a jamais pris la forme d’une loi, c’est pourtant la demande d’Ennahda dans son projet de Constitution.

La disposition de l’article 10 du projet de Constitution d’Ennahda a effrayé plus d’un surtout avec la montée en force des salafistes et leur volonté d’instaurer la kilafat en Tunisie. Desormais cette disposition n’est plus à l’ordre du jour puisque suite à des pressions de la société civile et des partis progressistes en Tunisie, le chef D’ennahda est revenu sur sa position et a décidé de garder l’article 1 de la constitution de 1959 sans évoquer la sharia dans la nouvelle Constitution tunisienne. Un bon coup de communication politique réussit par Ennahda mais il me semble prématuré d’en conclure que «  les islamistes disent non à la charia » et que l’islam ne joue aucun rôle juridique dans la législation. L’article 1er de la constitution de 59 dispose que «  La Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain, sa religion est l’islam, sa langue et l’arabe et son régime la République ». Cet article, chef d’œuvre du Président Bourguiba puisqu’il est parvenu à contenir les deux courants animant la société tunisienne à cette époque. Un courant tourné vers l’enracinement dans l’identité religieuse et un courant orienté vers la modernisation et la sécularisation de l’Etat.

Comme le relève Sami Ghorbal, auteur d’un essai Orphelins de Bourguiba et héritiers du Prophète (CERES, Tunis, 2012).  «  Interpréter l’article 1er isolément et littéralement n’a aucun sens car il s’insère dans l’économie générale d’un texte.  Les articles 1,5 et 6 forment un tout cohérent. La proclamation solennelle de la liberté de conscience et de religion et l’interdiction de toute forme de discrimination ainsi que les omissions et les silences du texte constitutionnel qui ne fait aucune mention de la charia et du droit musulman doivent amener (…) à la conclusion que sans pour autant laïc, l’Etat tunisien n’est pas un Etat islamique ». Ainsi, il faudra attendre de voir l’architecture générale de la constitution pour pouvoir se prononcer sur la place de la religion d’autant plus qu’Ennahda doit aussi renoncer aux articles 126 et 127 du projet qui prévoient l’institution d’un Conseil supérieur islamique indépendant autorité constitutionnelle chargée d’émettre des fatwas et composé de oulémas élus par leurs pairs.

La dernière table ronde s’intitule «  la société civile face au changement politique en Tunisie : anciens et nouveaux acteurs de la transition démocratique ». La société civile post révolution est l’arme contre toute dérive, elle joue et jouera un rôle primordial dans la nouvelle Tunisie.  L’indépendance de la justice a été évoqué, en effet, cette institution souffre encore de l’ancien régime et essaie de s’en sortir à travers la création d’un syndicat des magistrats mais aussi à travers la mise en œuvre des mécanismes d’une justice transitionnelle juste en punissant  le corrompus tout en leur offrant une justice équitable.  Le secteur des médias a aussi été évoqué lors de cette conférence d’un media serviteur de l’ancien régime à un média « plus libre ». J’ai mis entre guillemet car c’est le cas, les médias tunisiens ne sont pas si libre que cela puisque les directeurs de la télé nationale et de la radio sont nommés par le parti au pouvoir. Le directeur  d’un journal privé a été mis en prison pour avoir publié une photo osée alors que des salafistes dangereux courent encore dans la nature….

Qu’en est-il du rôle de la société civile dans l’amélioration du statut de la femme en Tunisie ? Le syndicat des magistrats, l’association des juges ainsi que le syndicat des journalistes ont à leur tête des femmes nouvellement élues. Est-ce que c’est un signe d’une nouvelle vision de la société tunisienne à l’égard des femmes ?  La réponse pourrait être positive puisque la parité et l’alternance sur les listes électorales ont été instaurées pour la première fois en Tunisie permettant aux femmes de participer activement dans la sphère publique sauf que les résultats des élections n’ont pas suivi. Seules 27% des femmes sont dans la constituante et que trois ministres femmes dans le gouvernement. Ajoutant à cela le fait que le parti au pouvoir veut mettre fin à l’adoption et la remplacer par la Kafala, la ministre femme parle de mariage orfi, une élus d’Ennahda traite la mère célibataire d’infamie …

Tout cela pour dire que beaucoup de travail reste à faire et si la bonne volonté existe on réussira. La Tunisie appartient à tous les tunisiens, elle a toujours été une terre d’accueil généreuse ; il n’y a pas de raison pour que cela change…

Meriem Ben Lamine

 

[1] Au sein de l’Assemblée Nationale Constituante, il y a 6 commissions permanentes : la commission préambule et principes, commission droits et libertés, la commission pouvoirs législatif et exécutif, la commission pouvoir judiciaire, la commission des instances constitutionnelles et enfin celle des collectivités.  22 membres pour chaque commission permanente repartie par groupe parlementaire. Chaque commission étudie le thème de constitution dont elle est chargée avant sa soumission à la plénière en première lecture. En cas de deuxième lecture, elle réexamine son projet et procède à une nouvelle rédaction à la lumière des observations et recommandations de la séance plénière

 

 

 

 

With the uprising of the arab spring, we witnessed popular mobilization on a whole new level, but phrased in terms that seemed to fall between liberalism, leftism, and Islamism, but perhaps having had nothing to do with ideologies in the first place. Maybe the compulsion to plot the uprisings into existing ideological registers merely displays the poverty of our analytical categories, or a lack of imagination.

Fourteen months after the flight into exile of dictator Ben Ali, many Tunisians are plunged into doubt. The intoxication of the hard-won freedom has given way to a concern that is still expressed in Tunis on Tuesday to mark the anniversary of independence during a demonstration in which thousands of citizens including shouted « the people want a civil state (secular) », « No to the retrograde spirit, no to the caliphate. »

The diplomatic gridlock at the United Nations appeared to have eased when Security Council members agreed to pass a statement calling for an end to the violence in Syria. The move came as the UN Secretary-General Ban Ki-moon issued a grave warning about the « massive repercussions » which could result from the continued bloodshed in Syria.

It is possible to identify six strategic blunders which Israel has made in recent decades, and  under the far-right government of Prime Minister Benyamin Netanyahu. The first of these errors, from which several of the others spring, is Israel’s adamant refusal to allow the emergence of a Palestinian state in the occupied West Bank and the besieged Gaza Strip. The others are the evident intention of creating a Greater Israel, Netanyahu’s febrile warmongering against Iran, its permanent aggressive posture, its murderous attitude towards Gaza and Israel’s failure to understand that now is the time to make peace, not war.

The strategies chosen by the Syrian regime to fight off the challenge against it have intensified sectarian divisions. A prolonged civil war that further consolidates these divisions is likely to engulf neighboring Lebanon and Iraq, both of which have had their own sectarian calamities, and put pressure on Jordan and Turkey and possibly Israel. On the other hand, the fate of the regime and the future course of the country will also be determined by the geopolitical games that have intensified in the wake of the American withdrawal from Iraq.

The confusion prevailing among the leaders of the Egyptian Church and the disputes among them over Pope Shenouda’s funerals yesterday, reflected the status of the Copts following the departure of the man on whom they always relied to resolve their differences with the ruling regime, and always held responsible whenever a delay affected a reaction which satisfied them on the state’s end toward events related to their safety throughout more than four decades.

 

Avec les soulèvements du printemps arabe, nous avons assisté à une mobilisation populaire d’un tout autre niveau, mais formulée en des termes qui semblaient se situer entre le libéralisme, le gauchisme, et l’islamisme. Mais peut-être qu’en fait, ce mouvement n’a rien à voir avec les idéologies en premier lieu. Peut-être que la contrainte de placer ces soulèvements dans les catégories idéologiques existantes démontrent simplement la pauvreté de nos catégories d’analyse, ou un manque d’imagination.

Quatorze mois après la fuite vers l’exil du dictateur Ben Ali, nombre de Tunisiens sont plongés dans le doute. L’ivresse de la liberté durement conquise a laissé la place à une inquiétude qui s’est encore exprimée ce mardi à Tunis à l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance pendant une manifestation au cours de laquelle des milliers de citoyens ont notamment crié « le peuple veut un Etat civil (laïque) », « Non à l’esprit rétrograde, non au califat ».

L’impasse diplomatique à l’Organisation des Nations Unies semble avoir assoupli lorsque les membres du Conseil de Sécurité ont convenu d’adopter une déclaration appelant à mettre fin à la violence en Syrie. Le mouvement est venu du Secrétaire général, Ban Ki-moon,  qui a émis un avertissement grave sur les « répercussions massives » qui pourraient résulter de l’effusion de sang continue en Syrie.

Il est possible d’identifier six erreurs stratégiques faites par Israël dans les dernières décennies, et sous le gouvernement d’extrême-droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu. La première de ces erreurs est le refus inflexible d’Israël de permettre l’émergence d’un Etat palestinien dans les territoires occupés de Cisjordanie et de la bande de Gaza assiégée. Les autres sont l’intention évidente de créer un Grand Israël, le bellicisme à l’égard de l’Iran, sa posture agressive permanente, son attitude meurtrière envers la bande de Gaza et l’échec d’Israël à comprendre que le moment est venu de faire la paix, pas la guerre.

Les stratégies choisies par le régime syrien pour combattre les menaces dirigées contre lui ont intensifié les divisions sectaires. Une guerre civile prolongée qui consolide encore ces divisions est susceptible d’engloutir les voisins du Liban et d’Irak,  qui tous deux ont déjà eu leurs propres malheurs sectaires, et faire pression sur la Jordanie et la Turquie et peut-être sur Israël. D’autre part, le sort du régime et de l’évolution future du pays serony également déterminés par les jeux géopolitiques qui se sont intensifiés à la suite du retrait américain d’Irak.

La confusion qui règne parmi les dirigeants de l’Eglise égyptienne et les différends entre eux plus de funérailles le Pape Shenouda hier, reflète le statut des Coptes après le départ de l’homme sur lequel ils ont toujours compté pour résoudre leurs différends avec le régime en place, et toujours tenu responsable chaque fois que l’état réagissait tardivement après des événements liés à leur sécurité tout au long de plus de quatre décennies.

 

 

 

Within this political disorder across the Maghreb and the Mashreq, there are few examples of slow peaceful democratic transitions. Morocco is one of them. But unlike some sex cases identified in Marrakech or some recent political-economic arrangements between Paris and Rabat, the press made little echo to it.

Yet, until recently by the end of February, at the occasion of a delegation sent to Rabat, the European Union welcomed the change process in Morocco. It even strengthened its Association Agreement and thus its economic relations with its neighbour. March 6, 2012, a meeting was held in Brussels in the framework of the European Neighbourhood Policy, between a delegation led by President of the Moroccan Parliament and the European Commission.

The Kingdom is experiencing a historic political change initiated at the accession of King Mohammed VI in 1999 and strengthened in the two past years. The latter has gradually tried to turn the page of the dark period of the country’s history, the one of the reign of his father, Hassan II. Gradually emptying the Makhzen of the most reluctant to transparency and democracy, the king, as Amir al Mu’minin, had to show the example.

When the movement of February 20 was formed and began to demonstrate for democratization in the country following the examples of Tunisia and Egypt, Mohamed VI initiated the first reforms. Reform of the constitution is the best example: the Moroccans approved by referendum this change on July 1, 2011. Even if everything is not perfect, the change is significant.

Which developments did this new constitution bring? The preamble sets the scene: « Loyal to its irreversible choice to build a democratic constitutional state, the Kingdom of Morocco resolutely pursues the process of consolidating and strengthening the institutions of a modern state, founded on the principles of participation, pluralism and good governance ». The means to reach this goal are: reducing the power of the king, to make impossible for him to dismiss a minister, the Prime Minister becomes Chair of the Government, the possible dissolution of parliament by the latter, the progression of the rights of the Moroccans who could seize the Constitutional Council, the inclusion of gender equality, the accentuation of the independence of the judiciary, the inclusion of Jewish heritage but also the recognition of the Amazigh language as official language.

The electoral choice of Moroccans also seems to bother Western observers, scared of the Islamists. The parliamentary elections in January have indeed taken the Islamists and the Justice and Development Party into power. Abdelilah Benkirane, leader of the JDP, conquered the people, and was therefore asked by the king to form a government. The desire to break with old practices, does not mean that Moroccan youth aspires to more religious austerity. Instead, many Moroccans even expect the return of political rectitude and integrity in governance practices. Certainly, many observers note that veiling is increasing in Morocco since a few years, but at the same time we often forget to say that there are many mini-skirts and low necklines in major cities. Much has been said this week in the Kingdom of the opening of the first sex shop in Casablanca. It is also good to come back on liberalization of the opinion press criticizing openly the government in newspapers such as Tel Quel, Actuel or Le Temps.

And the signs of openness and modernization are increasing. The largest shopping-center in Africa opened in Casa, « the Morocco Mall, » on December 5, inaugurated by Jennifer Lopez. Finally, another symbol, March 8, 2011, all the press headlined on the International Day of Women and national events in honor of the woman were organized the all week long. The multiplication of rights associations also reflects the structural roots of the Moroccan civil society. Are these symbols of a country that wants to lock up? And of courses there are some negative aspects: structuring difficulties of the opposition, the weight of the Makhzen and the bureaucratic inertia among other things. But could we believe that the Islamist government, arrived by the polls and revocable by the polls could succeed in muzzling a country whose youth under 25 years represents 50% of the population? This seems unlikely and the French journalists should think about exploiting new analytical frameworks to understand this country in turmoil. Moreover, touch of humor to reassure the skeptics: someone was notifying to Prime Minister Benkirane the proliferation of beards in the country. The latter answered with elegance that he was planning to keep his beard short and neatly trimmed and that he wanted to make it a symbol for all. Notice to extremists of all stripes?

 

Sébastien Boussois

 

Dans ce contexte politique trouble que traversent le Maghreb et le Machrek, il existe quelques rares exemples de lente transition démocratique pacifique. Le Maroc en est un. Mais contrairement aux quelques affaires de mœurs recensées à Marrakech et montées en épingle ou aux quelques étranges arrangements politico-économiques récents entre Paris et Rabat[1], la presse en fait peu l’écho.

Pourtant, encore récemment fin février, à l’occasion de l’envoi d’une délégation à Rabat, l’Union Européenne saluait le processus de changement au Maroc. Elle renforçait même son accord d’association et par là même ses relations économiques avec lui. Le 6 mars 2012, une rencontre avait lieu à Bruxelles dans le cadre de la politique européenne de voisinage, entre une délégation conduite par le Président du parlement marocain et la Commission européenne.

Le Royaume vit une mutation politique historique engagée dès l’accession du roi Mohamed VI en 1999 et renforcée depuis deux ans. Ce dernier a progressivement tenté de tourner la page des années de plomb et des périodes sombres de l’histoire du pays sous le règne de son père, Hassan II. Ayant progressivement épuré le makhzen des éléments les plus réticents à la transparence et à la démocratie, le roi, comme Commandeur des croyants, se devait de montrer l’exemple.

Quand le mouvement du 20 février s’est constitué et a manifesté pour la démocratisation dans le pays à la suite des exemples tunisien et égyptien, Mohamed VI a engagé les premières réformes. La réforme de la constitution en est le meilleur exemple : les Marocains ont approuvé ce tournant par voie référendaire le 1er juillet 2011. Même si tout est loin d’être parfait, le changement est de taille.

Quelles évolutions a apporté cette nouvelle constitution[2] ? Le préambule pose le décor : « Fidèle à son choix irréversible de construire un Etat de droit démocratique, le Royaume du Maroc poursuit résolument le processus de consolidation et de renforcement des institutions d’un Etat moderne, ayant pour fondements les principes de participation, de pluralisme et de bonne gouvernance. » Les moyens d’y parvenir sont les suivants : la réduction du pouvoir du roi, l’impossibilité pour ce dernier de révoquer un ministre ; le premier ministre devient président du gouvernement, la dissolution possible du parlement par ce dernier ; la progression des droits des Marocains pouvant saisir le conseil constitutionnel, l’inscription de la parité hommes-femmes, l’accentuation de l’indépendance de la justice, l’inscription de l’héritage hébraïque mais également la reconnaissance de la langue amazigh comme langue officielle.

Le choix électoral des Marocains semble par ailleurs gêner les observateurs occidentaux, méfiants des islamistes. Les élections législatives de janvier dernier ont en effet vu l’arrivée des islamistes et du Parti de la Justice et du Développement accéder au pouvoir. Abdelilah Benkirane, dirigeant du PJD, a su conquérir le peuple, et a donc été chargé par le roi de former un gouvernement. La volonté de rompre avec les pratiques du passé, ne signifie pas que la jeunesse marocaine aspire à plus d’austérité religieuse. Au contraire, beaucoup de Marocains attendent même le retour d’une droiture politique et d’une intégrité dans les pratiques de bonne gouvernance. Certes, beaucoup d’observateurs constatent dans le même temps une recrudescence du port du foulard depuis quelques années au Maroc, mais on oublie souvent de dire que celui des mini-jupes et les décolletés ont d’autant plus explosé dans les grandes villes. On a beaucoup parlé cette semaine dans le Royaume de l’ouverture du premier sex-shop à Casablanca. Il est bon aussi de revenir sur la libéralisation de la presse d’opinion qui s’en donne à cœur joie contre le pouvoir dans des titres comme Tel Quel, Actuel ou Le Temps.

 

Et les signes d’ouverture et de modernisation se multiplient. Le plus grand shopping-center d’Afrique a ouvert à Casa, le « Morocco Mall », le 5 décembre dernier, inauguré par Jennifer Lopez[3]. Enfin, autre symbole, le 8 mars 2011,  toute la presse[4] titrait sur la journée mondiale de la Femme et les évènements nationaux en hommage à la femme n’ont pas manqué sur la semaine. La multiplication des associations de défense des droits est aussi le reflet d’un enracinement structurel de la société civile. Sont-ce là des symboles d’un pays qui veut s’enfermer ? Des points noirs, bien sûr qu’il y en a: difficulté de structuration de l’opposition, poids du makhzen et inertie bureaucratique notamment. Mais doit-on croire que le gouvernement islamiste, arrivé par les urnes et révocable par les urnes parviendra à museler un pays dont la jeunesse de moins de 25 ans représente 50% de la population[5] ? Cela semble peu probable et les journalistes français devraient penser à exploiter de nouvelles grilles d’analyse pour appréhender ce pays en plein bouleversement. D’ailleurs, petite touche d’humour, afin de rassurer, le premier Ministre Benkirane, à qui l’on faisait remarquer la multiplication des barbes dans le pays depuis quelques temps, répondait avec élégance qu’il comptait bien garder sa barbe courte et bien taillée et qu’il tenait à en faire un symbole pour tous. Avis aux extrémistes de tous poils ?

 

Sébastien Boussois



[1] L’affaire du TGV Tanger-Casablanca par exemple, négocié entre Sarkozy et Mohamed 6 sans appel d’offre, contesté par l’Allemagne qui aurait souhaité que Siemens remporte le contrat face à Alsthom qui fut imposé, en compensation de l’échec des achats des rafales par le Maroc à la France.

[2] http://www.lemonde.fr/international/article/2011/06/17/maroc-la-nouvelle-constitution-va-reduire-les-pouvoirs-du-roi_1537583_3210.html

[3] http://www.youtube.com/watch?v=0YKLmxK2IUE

[4] Annonces en boucle notamment sur la radio 2M

[5] http://www.un.org.ma/spip.php?article350

 

Mr Netanyahu thinks the Zionist mission was to give the Jewish people control over their destiny. No people has control over its destiny when it is at war with its neighbours. But in any case, that is only one way of thinking of the Zionist mission. Another mission frequently cited by early Zionists was to help Jews grow out of the « Ghetto mentality ». Mr Netanyahu’s gift to Mr Obama shows he’s still in it.

Arrested by the army in Tahrir Square, Samira Ibrahim suffered torture in prison and a « virginity test ». Since then she seeks for justice. If she chose the courts for legal redress, Samira Ibrahim expects nothing from the current political forces, guilty, she said, of using women as a weapon to silence society as a whole.

Instead of declaring itself Iran’s proxy, the movement is aligning with the democratic rise of ‘moderate’ Islamic politics. Historically, Hamas has always gone to great lengths to assert its independence from any foreign influence. It is widely recognised that it receives support from powers such as Syria (until recently) and Iran. Yet this has never been worn as a badge of honour by the movement.

The Syrian people are now left to be victims but also bystanders. The SNC and its allies have allowed the Syrian cause to become an agenda in the foreign policies of such reactionary regimes as Qatar, Saudi Arabia, Kuwait, UAE, and Bahrain. The US and Israel are now engaged in a war that has nothing to do with the aspirations and desires of the Syrian people. The SNC is now on the side of the US and Israel in their plots against Syria.

Saudi Arabia’s “day of rage” planned for last March failed to gain ground, and protests concentrated in the Eastern Province fell short of producing a national consensus around demands for political reform. The country’s domestic stability has been attributed to a combination of three factors: the regime’s ability to rely on an influx of oil reserves to buy-off political unrest, its domestic alliance with a conservative religious establishment and powerful tribal groups as a means of dividing and controlling sources of dissent, and the long-standing support of Western powers for external security.

 

M. Netanyahu pense que la mission sioniste était de donner au peuple juif le contrôle de son destin. Aucun peuple n’a le contrôle de son destin quand il est en guerre avec ses voisins. Mais en tout cas, ce n’est là qu’une façon de penser de la mission sioniste. Une autre mission fréquemment cités par les premiers sionistes était d’aider les Juifs à s’émanciper de la «mentalité de ghetto ».  M. Netanyahou à M. Obama montre qu’il est encore enplein dedans.

Arrêtée par l’armée place Tahrir, Samira Ibrahim a subi en prison  la torture et le «test de virginité». Depuis, elle réclame justice. Si elle a choisi la justice pour obtenir réparation, Samira Ibrahim n’attend rien des forces politiques actuelles, coupables, selon elle, d’utiliser les femmes comme une arme pour museler la société dans son ensemble.

Au lieu de se déclarer lui-même comme allié de l’Iran, le mouvement préfère s’aligner sur la montée démocratique des «modérés» de l’islam politique. Historiquement, le Hamas a toujours fait de grands efforts pour affirmer son indépendance de toute influence étrangère. Il est largement reconnu qu’il reçoit le soutien des puissances comme la Syrie (jusqu’à récemment) et l’Iran. Pourtant, cela n’a jamais été considéré comme un honneur par le mouvement.

Le peuple syrien est maintenant lassés d’être à la fois victime, mais aussi badaud. Le CNS et ses alliés ont permis à la cause syrienne d’être à l’ordre du jour dans l’agenda des politiques étrangères de régimes réactionnaires comme le Qatar, l’Arabie saoudite, le Koweït, les Emirats arabes Unis et le Bahreïn. Les Etats-Unis et Israël sont maintenant engagés dans une guerre qui n’a rien à voir avec les aspirations et les désirs du peuple syrien. La CNS est maintenant du côté des États-Unis et d’Israël dans leurs complots contre la Syrie.

« Le jour de colère » prévue pour la fin Mars en Arabie Saoudite a échoué à gagner du terrain, et les protestations se sont concentrées dans la province orientale et n’ont pas réussi à créer un consensus national autour de revendications pour la réforme politique. La stabilité intérieure du pays a été attribuée à une combinaison de trois facteurs: la capacité du régime à compter sur un afflux de réserves de pétrole pour acheter la paix sociale, son alliance nationale avec un établissement religieux conservateur et de puissants groupes tribaux comme moyen de division et de sources de contrôle de la dissidence, et le soutien de longue date des puissances occidentales pour la sécurité extérieure.

 

The visit in Brussels of Alaa al Aswany in the framework of the book fair (Foire du Livre) and of the literary meetings « Mondes Arabes » at the Halles de Schaerbeek gives us the opportunity to take a look at the state of the democratic transition in Egypt. The Egyptian author, champion of democracy for years already, is very optimistic, although it recognizes that the route change will be long. But he said the main thing is that the barrier of fear has been transcended, there won’t be steps back no more.

This Monday, February 23, at the end of a long ballot, the Egyptian parliament finally started its work. Most of the elected representatives are from the Islamist trend, but even the Muslim Brotherhood and their 47% of the seats cannot act alone. According to the analysis of Veronique Gaymard on RFI, the alliance game could surprise in being based on more pragmatic considerations. But the real issue for the new Parliament is whether it will manage to impose its laws to the Supreme Council of the Armed Forces (SCAF).

The presidential elections were finally set and the first round is planned on March 23 and 24 and a second round on June 16 and 17. But many are already denouncing the collusion between SCAF and the Muslim Brotherhood to « choose a consensus candidate. » For this reason, the candidate Mohammed El Baradei has already withdrawn from the race in January, arguing that the dice were loaded.

In the street the protests continue. The analysis of Hesham Sallam on Jadaliyya is talking about a country now divided between the « universe of transition » and the « universe of revolution ». Conceptually similar to what Clement Steuer called the legitimacy of the polls which opposes the one of the street (cf. CCMO-Medea Workshop on February 1).

The “universe of the revolution” consists under Hesham Sallam in all protest groups and movements which have refused to obey orders of the SCAF to leave the streets and continue the game in the « SCAF-sponsored formal political channels ». The latter is denouncing the methods of the military and of the information services of the Ministry of Interior, which are similar to those used under Mubarak. Thus, as emphasized in a Human Rights Watch report, freedom of expression and other basic rights is not yet secure and guaranteed is post-Mubarak Egypt, on the contrary. The Human Rights NGO is denouncing a harder repression against political opponents.

The pessimists will easily say that things are worse than under the old regime. Optimists like Alaa al Aswany say that the revolution will reach its goals, although it will take time. The famous author ends all its articles by « Democracy is the solution ». So is reality, leitmotif, autosuggestion? The Egyptian news will tell us more in the coming months.

 

Nathalie Janne d’Othée