21/04/2012

La formule 1 à Bahrain face aux trouble-fêtes

Quelle est la place des festivités sportives dans un pays qui connait des vagues de protestations depuis plus d’un an ? « One nation in celebration » est le slogan choisi par les organisateurs du Grand Prix de formule 1 qui doit se dérouler à partir du 22 avril à Bahrain, et, il en dit long sur l’enjeu de l’évènement.  Île voisine de la géante Arabie Saoudite et du Qatar, le royaume bahraini, dont le peuple à majorité chiite est dirigé par la famille sunnite Al Khalifa, s’est déjà vu annuler son Grand Prix l’année dernière en raison des différentes manifestations inspirées du printemps arabe, rapidement matées par l’arrivée de troupes saoudiennes. Pour le gouvernement de l’île, cette annulation fut vécue comme une catastrophe économique et politique qui assombrissait un peu plus l’image extérieure du pays. En effet, l’économie du pays souffre du départ des investisseurs étrangers ainsi que de la main d’œuvre qualifiée en raison de la peur inspirée par les exactions. Depuis l’année dernière, les autorités, en particulier le prince héritier  Salman et ses conseillers, ont fait du lobbying intensif auprès de la Fédération internationale de l’automobile et en particulier auprès de Bernie Ecclecstone. Cet homme d’affaires britannique, « patron » de la formule 1, connait bien le prince Salman avec qui il a des contacts réguliers. D’ailleurs, lors de la conférence de presse de ce vendredi 20 avril, le prince Salman rappelait  à Ecclecstone, présent, et aux journalistes, l’importance de l’évènement automobile pour unir le peuple bahraini.
Toutefois, la tenue du Grand Prix cette année – au grand damne des autorités qui souhaitent redorer leur blason- n’a pas l’effet escompté. Profitant de la présence des caméras du monde entier, les manifestations ont repris ces derniers jours et les slogans anti-gouvernementaux ont refleuri sur les murs des villes. En face, les check-points, mis en place depuis le 14 février, date du début du printemps bahraini, ont été renforcés afin de mieux contrôler la population. Si le sport pourrait effacer un temps les divergences d’un pays, les opposants au régime bahraini ne semblent pas s’identifier à l’évènement. Le spectacle sportif semble donc avoir atteint les limites des protestataires mais les enjeux économiques sont tels qu’il serait intolérable que l’évènement soit troublé par des revendications politiques. Tout le monde est invité à la fête tant que les aspirations politiques sont laissées au placard afin de faire « One nation in celebration ».
 Elisabeth Vandenheede