27/04/2012

L’Egypte sous tension à un mois d’un scrutin majeur

L’Egypte vit un moment crucial de son histoire contemporaine, un an après la Révolution et à quelques semaines d’un scrutin présidentiel observé dans tout le monde arabe et par la communauté internationale toute entière avec une question en tête: l’Egypte réussira-t-elle sa transition démocratique et redeviendra-t-elle l’élève modèle du Proche-Orient ?

 

Signe de l’impatience populaire, la grande manifestation du 20 avril dernier qui a eu lieu sur la place Tahrir au Caire mais également à Alexandrie et Port-Saïd, après la prière du vendredi a été la plus importante depuis le renversement du raïs . En effet, des centaines de milliers d’Egyptiens laïcs et islamistes sont descendus dans la rue pour protester contre le pouvoir militaire. Ils n’ont pas confiance en le Conseil suprême des Forces armées. Les islamistes eux protestaient contre l’annulation de la candidature de leur candidat favori, Khairat el Chater, condamné et non amnistié sous l’ancien régime. Sur 23 candidats, la commission électorale en disqualifiait 10 le 14 avril dernier, parmi lesquels des favoris. Parmi eux également : Omar Souleyman, l’ancien chef du renseignement de Moubarak pourtant perçu comme le candidat des militaires.

 

La période politique qui s’ouvre inquiète de plus en plus d’Egyptiens laïcs, qui ont le sentiment de s’être fait voler leur révolution au profit des militaries et des islamistes. Si les élections présidentielles du 23 mai portaient un Frère musulman au pouvoir, beaucoup d’Egyptiens craignent que l’armée ne veuille céder la place au delà du 1er juillet, date prévue initialement pour son retrait du pouvoir. En attendant, il reste dans les favoris, Amr Moussa, 76 ans, l’ancien président de la Ligue Arabe qui pourrait avoir les faveurs aussi de l’armée (et qui est aussi un ancien ministre des AE de Moubarak), Mohamed Morsi candidat des Frères musulmans en remplacement de Chater, et Abdel Moneim Abul Fottouh ancien Frère et devenu candidat des libéraux.

 

Le pays avance à son rythme et reprend vie mais doucement. Le tourisme est relancé après 16 mois d’interruption. Les hôtels de luxe au Caire pratiquent des prix incroyablement attractifs pour les services offerts, et les vendeurs ambulants ou bazaristes divers, autour du grand marché Khan el Kalili, à deux pas de la grande université islamique Al Azhar. Le pays n’en est pas à son premier coup en matière d’atteinte au tourisme : il avait déjà connu un tel choc après les attentats de Louxor dans la Vallée des Rois en 1997. Mais le chemin est encore long et l’ouverture à la voie démocratique probablement chaotique. « Quand nous comparons avec l’Amérique latine, on voit bien qu’après les dictatures les transitions démocratique ont pris 10 à 15 ans pour se réaliser. On ne peut pas demander à notre pays d’y parvenir en seulement un an »précise Youssef, jeune révolutionnaire et militant engagé dans plusieurs ONG du Caire.  La première élection présidentielle libre en dira long sur la capacité qu’auront les forces démocratiques à prendre le relais ou non rapidement, et ce qu’elles soient issues d’un soutien militaire, des libéraux ou des islamistes.

Sébastien Boussois