According to the report of the United Nations (UN) on the Syrian crackdown, from March 2011 until last May there were nearly 10,000 deaths as a result of the conflict and thousands of cases of violations of human rights. The majority of war crimes were committed by military forces of the Syrian army and, in particular, against deserters. The UN plan hasn’t calmed the violence and, according to the report, the conflict has become increasingly militarized. The report exposes many executions committed in private houses and, also, detention and torture of children.

On 25th May, at Hula, in the Syrian province of Homs, were killed about 110 civilians including 50 children: some victims have died as a result of artillery fire and others were massacred by the forces of Syrian regime, but State media have accused groups linked to al-Qaeda to be the perpetrators. The scenes of the massacre have been filmed and broadcasted on YouTube, causing indignation of the international community: in particular, the U.S. Secretary of State, Hillary Clinton, who condemned the atrocities of the massacre and the High Representative of the European Union (EU) for Foreign Affairs and Security Policy, Catherine Ashton, who said that she was “horrified by the news of the brutal massacre”. The Security Council of the UN approved unanimously, including Russia, which has still been the principal ally of the government of Damascus, a document that condemns the massacre. The Russian State was an ally of Syria for decades and he has vetoed two Security Council resolutions of the UN condemning the atrocities committed by the Syrian regime. However, although Russia to follow its economic and strategic interests, it can’t appear anymore as the defender of a violent and repressive regime.

Recently two ships, one Russian (Professor Katsman) and one North Korean (Odai), were sighted off Syrian ports and, according to several media in the Middle East, they were carrying war material probably intended to Syrian regime. Indeed, in developing its programs on weapons of mass destruction, it’s estimated that Syria has received direct forms of assistance from Russia, China, Iran and North Korea. The main reason that would push the country to acquire weapons would be its own defence against the Israeli threat. The International Community expressed concern about the fate of the arsenal of ballistic missiles and chemical weapons in Syria in the case of a collapse of the regime: paradoxically, the best result in terms of control of the arsenal of weapons of mass destruction of Syria would be to retain the power of President Bashar al-Assad, but this seems less likely.

The solution to end the violence, according to Barack Obama, could come from Yemen. President of the United States of America would propose the exile for al-Assad. Barack Obama and Russian President, Vladimir Putin, will meet in June to discuss the possible solution in Syria, a key-country for the balance of the Middle East. Probably, Obama will press for the departure of Syrian President and to manage the transition period with his government, as happened in Yemen. Meanwhile, on 28th May, the special envoy of the UN and the League of Arab States, Kofi Annan, arrived in Damascus with a full agenda of meetings and burdens of responsibility, the largest of which takes place on 29th May, since he’ll meet al-Assad.

UN report: UNCHR Syria – Periodic update

GIACOMO MORABITO

University of Messina

 

Selon un rapport de l’Organisation des Nations Unies (ONU) sur la répression syrienne, de mars 2011 jusqu’à mai dernier il y a eu près de 10’000 décès causés par le conflit et des milliers de cas de violations des droits de l’homme. La majorité des crimes de guerre ont été commis par les forces militaires de l’armée régulière syrienne et, en particulier, à l’encontre des déserteurs. Le plan de l’ONU n’a pas calmé la violence et, selon le rapport, le conflit est devenu de plus en plus militarisée. Le rapport dénonce de nombreuses exécutions commises dans les résidences privées et, aussi, de détention et de torture d’enfants.

Le 25 mai, à Hula, dans la province syrienne de Homs, ont été tués environ 110 civils, dont 50 enfants: certaines victimes ont trouvé la mort à la suite des tirs d’artillerie et d’autres ont été massacrés par les forces du régime syrien, mais les médias d’État ont accusé les groupes liés à Al-Qaïda d’être les auteurs du massacre. Les scènes de ce massacre ont été filmées et diffusées sur Youtube, provoquant l’indignation de la Communauté Internationale : en particulier, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, qui a condamné les atrocités du massacre et le Haute Représentante pour les Affaires Étrangères de l’Union Européenne (UE), Catherine Ashton, qui s’est déclarée « horrifiée par les nouvelles du massacre brutal ». Le Conseil de Sécurité de l’ONU a approuvé à l’unanimité, Russie comprise et qui a pourtant toujours été le principal allié du gouvernement de Damas, un document qui condamne le massacre. L’État russe était un allié de la Syrie depuis des décennies et il a mis son veto à deux résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU qui condamnaient les atrocités commises par le régime syrien. Toutefois, bien que la Russie suive ses intérêts économiques et stratégiques, elle ne peut plus apparaître comme le défenseur d’un régime violent et répressif.

Récemment deux navires, l’un russe (Professeur Katsman) et l’autre nord-coréen  (Odai), ont été aperçus a large des ports syriens et, selon plusieurs médias du Moyen-Orient, ils transportaient du matériel de guerre probablement destiné au régime syrien. En effet, dans le développement de ses programmes sur les armes de destruction massive, on estime que la Syrie a reçu des formes directes de l’assistance de la Russie, de la Chine, de l’Iran et de la Corée du Nord. La principale raison qui pousserait le pays à acquérir des armes serait sa propre défense contre la menace israélienne. La Communauté Internationale a exprimé son inquiétude sur le sort de l’arsenal de missiles balistiques et des armes chimiques en Syrie dans le cas d’un effondrement du régime : paradoxalement, le meilleur résultat en termes de contrôle de l’arsenal des armes de destruction massive de la Syrie serait de conserver le pouvoir du Président syrien, Bachar el-Assad, mais ce résultat semble être de moins en moins probable.

La solution pour mettre fin à la violence, selon Barack Obama, pourrait provenir du Yémen. Le Président des États-Unis d’Amérique proposerait à Bachar el-Assad l’exil. Barak Obama et le Président russe, Vladimir Poutine, se réuniront en juin et discuteront de la possible solution en Syrie, un pays-clé pour l’équilibre de du Moyen-Orient. Probablement, Obama fera des pressions pour le départ du Président syrien et pour gérer la période de transition avec son gouvernement, comme cela s’est passé au Yémen. En attendant, le 28 mai, l’envoyé spécial de l’ONU et de la Ligue des États Arabes, Kofi Annan, est arrivé à Damas avec un ordre du jour complet des réunions et des charges de responsabilité, dont le plus important a lieu le 29 mai, puisqu’il y rencontrera Bachar el-Assad.

Le rapport de l’ONU : UNCHR Syria – Periodic update

GIACOMO MORABITO

Université de Messine

 

Analyse

Bahraïn, laboratoire politique des pays du Golfe?

Le vocable « pays du Golfe » regroupe les six Etats monarchiques qui forment le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) : Arabie Saoudite, Oman, Bahrain, Koweït, Qatar et Emirats Arabes Unis. En sciences politiques, la région est principalement étudiée pour ses aspects géopolitiques qui recoupent les questions des ressources pétrolifères, la politique américaine ou bien encore l’économie plus ou moins florissante qui attire les capitaux du monde entier. Cependant, dans le contexte du printemps arabe qui souffle sur la rive gauche de la Méditerranée, le Mashreq apparait comme le parent pauvre des contestations et des revendications citoyennes. Dès lors, comment analyser le changement politique dans cette région ?  Est-ce que les monarchies du Golfe persique ont « la politique de leur géographie » (Ammor, 2006) ? Sur la question du prisme géopolitique, un pays du Golfe en particulier se détache des autres : le royaume de Bahrain. Ce dernier est coincé entre l’Arabie Saoudite, l’Iran et le Qatar. Île peu étudiée par les politologues de la région, elle s’est fait néanmoins connaître du grand public, ces dernières années, avec l’organisation du Grand Prix de Formule 1, ou, plus récemment, avec les différentes manifestations politiques.

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Le vocable « pays du Golfe » regroupe les six Etats monarchiques qui forment le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) : Arabie Saoudite, Oman, Bahrain, Koweït, Qatar et Emirats Arabes Unis. En sciences politiques, la région est principalement étudiée pour ses aspects géopolitiques qui recoupent les questions des ressources pétrolifères, la politique américaine ou bien encore l’économie plus ou moins florissante qui attire les capitaux du monde entier. Cependant, dans le contexte du printemps arabe qui souffle sur la rive gauche de la Méditerranée, le Mashreq apparait comme le parent pauvre des contestations et des revendications citoyennes. Dès lors, comment analyser le changement politique dans cette région ?  Est-ce que les monarchies du Golfe persique ont « la politique de leur géographie » (Ammor, 2006) ? Sur la question du prisme géopolitique, un pays du Golfe en particulier se détache des autres : le royaume de Bahrain. Ce dernier est coincé entre l’Arabie Saoudite, l’Iran et le Qatar. Île peu étudiée par les politologues de la région, elle s’est fait néanmoins connaître du grand public, ces dernières années, avec l’organisation du Grand Prix de Formule 1, ou, plus récemment, avec les différentes manifestations politiques.

Avec son million d’habitants, l’Etat de Bahrain semble être à plusieurs égards un laboratoire  politique pour comprendre les autres pays du Golfe dont les décisions politiques sont, effectivement, véritablement liées aux questions géopolitiques mais aussi économiques et religieuses. L’observation de cette monarchie permettrait de mieux comprendre les enjeux politiques, économiques et sociaux que traversent les pays du CCG et ainsi d’analyser les décisions politiques prises, notamment, dans le cadre du printemps arabe. En effet, la politique et la société civile bahrainies cumulent plusieurs spécificités géopolitiques et institutionnelles de la région. Ainsi, dans un premier temps, nous verrons comment l’Etat bahraini, en comprenant ses singularités, ne diffère pas institutionnellement de ses voisins. Dans un deuxième temps, nous aborderons les questions géopolitiques qui jalonnent la politique bahrainie. Enfin, nous verrons de quelles manières Bahrain tente de se distinguer de ses voisins en travaillant à devenir le « Monaco du Moyen Orient » en développant son secteur financier et bancaire de manière particulièrement efficace.

I. Un Etat patrimonialiste comme les autres ?

A)   Un pouvoir exécutif fort face aux jeunes élections parlementaires

Avant les années 1930, Bahrain était limité à sa capitale actuelle : Manama. La famille des Al Khalifa, descendant de la même branche des Al Saoud (Arabie Saoudite) et des Al Sabah (Koweït), était déjà fortement présente sur l’île depuis sa conquête au XVIIIe siècle. Mais, la ville est devenue un Etat à l’initiative britannique et à la découverte du pétrole dans les années 1930 (Commom ; 2008). Ainsi, la Grande-Bretagne a consolidé au sommet de la cité-Etat le pouvoir de la famille sunnite Al Khalifa au détriment des autres tribus et des familles marchandes : « (…) (elle a su) faire évoluer (son) pouvoir de shaykh en systèmes dynastiques héréditaires, s’appuyant à la fois sur les traités de protection britanniques et sur la découverte d’immenses richesses pétrolières. » (Dazi-Héni ; 2006). Dès lors, la prédominance clanique des Al Khalifa leur permet de monopoliser l’appareil étatique et la bureaucratie tout en y intégrant le tribalisme, favorisant les relations clientélistes (Commom ; 2008).

C’est dans ce contexte que Bahrain prend son indépendance en 1971 avec à sa tête le monarque Isa Ben Salman Al Khalifa. Cependant, dès 1973, l’Etat se dote d’une Constitution qui instaure, c’est une première dans la région, d’une assemblée législative (Majlis Al Shura). Cependant, un rejet d’un projet de loi sur la sécurité publique en 1975 amène le roi à dissoudre l’assemblée. Il faudra attendre jusqu’en 2001 pour que des assemblées législatives voient à nouveau le jour. En effet, à la mort le 6 mars 1999 de Isa ben Salman Al Khalifa, le pouvoir est passé à son fils Hamad ben Isa Al Khalifa qui se positionne clairement en rupture vis-à-vis de l’autoritarisme politique de son père. Très vite, il organise des élections communales en 1999 et un référendum le 14 et 15 février 2001. Les citoyens bahrainis, hommes et femmes, âgés de plus de 21 ans ont à se prononcer sur les réformes de la Constitution. Avec un taux de participation de 98%, le oui l’emporte. Le paysage institutionnel est en plein changement mais le nom également : « L’Etat de Bahrain » est devenu depuis 2001 « la monarchie constitutionnelle de Bahrain ». Ainsi, la nouvelle Constitution consolide d’une part le pouvoir royal mais instaure un bicaméralisme avec une Chambre haute (membres nommés par le Roi) et une Chambre basse (élue).

Cette « démocratisation » est nommée par le royaume « la détente politique » (infiraj siyasi). Elle désigne toutes les mesures qui tentent de tourner la page des années d’autoritarisme : amnistie des prisonniers politiques et annulation de la loi d’urgence notamment (Dazi-Héni ; 2006). Cependant, cette détente politique est contrebalancée par la « vieille garde » du gouvernement dirigé depuis 1971 par le Premier ministre Khalifa ben Salman Al Khalifa, oncle d’Ahmad ben Isa Al Khalifa. En effet, le Premier ministre reste puissant en raison du soutien de l’armée et de la police à son égard mais aussi grâce à ses liens privilégiés avec la famille Al Saoud et ses contacts avec le secteur pétrolier.

Ainsi, très succinctement, nous avons vu que le royaume bahraini est institutionnellement marqué par le patrimonialisme d’Etat où la famille royale Al Khalifa tend à considérer l’administration et ses agents comme leur propriété (Hermet, Badie, Birnbaum, Braud ; 2005) et opère sur elle un droit quasi absolu, en tout cas, jusque 1999. Cette caractéristique n’est pas propre à l’île mais peut s’appliquer aux autres pays du Golfe où les pouvoirs sont concentrés entre les mains de la famille royale régnante.

B)   Une société divisée entre sunnites et chiites (mais pas seulement)

Bahrain, s’il ressemble institutionnellement à ses voisins arabes, possède une caractéristique unique : la famille royale sunnite règne sur une population à majorité chiite. Cette dernière se considère encore à nos jours, nous l’avons vu avec le printemps arabe, comme victime de cette ordre sunnite, et ce, depuis l’invasion des Al Khalifa de Bahrain au XVIIIe siècle (Dezi-Hani ; 2006). L’histoire politique, économique et sociale de l’île est profondément marquée par ce rapport entre minorité sunnite et majorité chiite qui constitue, selon certaines sources, près de 70% de la population totale (Ammor ; 2006). Toutefois, les autorités bahrainies tentent de minimiser l’importance du chiisme dans sa société : dissolution du jeune Parlement, marginalisation des chiites dans la fonction publique et répression politique coercitive.

Pourtant, même si la société bahrainie est fortement marquée par le clivage sunnisme/chiisme, elle est également traversée par le clivage rural/urbain. En effet, la famille royale a profondément changé la structure de la population. En effet, l’île était traditionnellement peuplée des baharna, marchands sédentaires majoritairement chiites exploitant principalement la perle et l’agriculture et assez indépendants du pouvoir. Tendance que l’on retrouve dans les autres pays du Golfe, la manne pétrolière change la donne de façon spectaculaire : en 1941, plus de la moitié de la population était encore rurale. Trente ans plus tard, à l’indépendance, 78% de la population vit en ville et 70% de la population active travaille dans la fonction publique (Dazi-Héni ; 2006). Malgré ce changement socio-économique extrêmement rapide, les plus lésés par ce développement seront les Bahrainis chiites qui vivent en marge de Manama et de Muharraq, les principales villes du Nord de l’île, ceux qui, aujourd’hui, continuent les manifestations.

Pour résumer, la société bahrainie peut être structurée de cette manière (Dazi- Héni; 2006) : 1) au sommet se trouve la famille Al Khalifa et les tribus alliées sunnites, 2) les urbains (chiites et sunnites) qui regroupent les professions libérales et 3) les ruraux vivant en banlieue des principales villes du pays et à majorité chiite. Ces derniers sont particulièrement réprimés lors des différentes revendications politiques qui ont étayé les années 1990 et, depuis peu, lors du printemps arabe qui a commencé le 14 février 2011 sur l’île. En effet, les autorités étatiques accusent ces minorités chiites de vouloir renverser le pouvoir en faveur de l’Iran (Ammor ; 2006). Ainsi, ce confetti d’Etat se retrouve au cœur des enjeux politiques qui quadrillent  la région.

II. Un confetti d’Etat « bankable »  au cœur des enjeux géopolitiques de la région

A)   Bahrain : victime de sa géographie

Cette petite île qu’est Bahrain est l’objet de bien des dissensions entre l’Arabie Saoudite et l’Iran : l’Iran proclame régulièrement Bahrain comme faisant partie de son territoire, ce qui n’est absolument pas du goût des Saoudiens (Cordesman ; 1997). Les raisons invoquées sont multiples. Tout d’abord, l’Iran rappelle les liens historiques entretenus avec Bahrain : l’île fut conquise au XVIIe siècle par le Shah Abbas. Ceci aura pour conséquence, en raison de la forte présence du chiisme et des liens commerciaux entretenus avec la population, que Bahrain serait « naturellement » iranienne. Cette affaire fut portée en 1927 devant la Société des Nations par l’Iran lors de la signature des Britanniques avec les Saoudiens qui reconnaissaient explicitement l’indépendance de Bahrain (Cordesman ; 1997). Plus tard, même si Bahrain siège désormais à l’ONU (Organisation des Nations Unies) depuis les années 1970, l’ayatollah Khomeini continuait de réclamer la souveraineté de l’Iran sur Bahrain. Les liens entre les religieux chiites des deux pays restent encore étroits à ce jour puisqu’ils sont formés dans les mêmes écoles chiites en Irak et en Iran. Mais ces liens entre chiites bahrainis et l’Iran sont surévalués et surtout instrumentalisés par les autorités de l’île. En effet, toutes les manifestations depuis 1979 sont le résultat de la « main iranienne » sur l’île, d’où une répression particulièrement forte sur les protestataires (Da Lage, 2011). Ci-dessous, nous pouvons voir que les affiches gouvernementales jouent toujours la carte de la « conspiration iranienne » qui fomente les manifestations au sein du royaume.

Cette question iranienne dans le Golfe persique (le mot même de « persique » fait l’objet de débat) semble se cristalliser dans l’enjeu bahraini dont le voisin saoudien regarde attentivement ce qui s’y passe ; au point d’y intervenir militairement en mars 2011 afin de réprimer les manifestations du printemps arabe à Bahrain. Mais de façon plus globale, Bahrain joue un important rôle stratégique dans le Golfe, en particulier pour les politiques occidentales, principalement américaine et britannique (Cordesman, 1997). La position géographique de Bahrain est particulièrement avantageuse pour se baser militairement. C’est notamment pendant la Guerre du Golfe de 1990-1991 contre l’Irak que Bahrain est l’une des bases principales pour les opérations Bouclier du Désert et Tempête du Désert. Après la signature d’accords bilatéraux en 1991 entre Bahrain et les Etats-Unis, la présence américaine est de plus en plus grande : environ 2000 militaires y sont basés. De plus, suite au 11 septembre 2001, la base américaine de Riyadh s’est déplacée vers Bahrain et le Qatar.

Ainsi, Bahrain est au cœur des principaux enjeux géopolitiques qui traversent les pays du Golfe : la menace iranienne et la présence américaine. De quelles manières Bahrain tire son épingle du jeu et tente de se différencier dans la région ? Nous verrons que l’île tente de devenir une sorte de Monaco dans la région. Mais est-ce un moyen de dépressuriser le poids de sa géographie ?

B)   Le développement de la finance comme bouclier de protection?

L’économie de Bahrain repose encore majoritairement sur l’exploitation du pétrole et du gaz. Premier pays où les premiers puits ont été forés dans les pays du Golfe, Bahrain n’a en réalité plus d’or noir sur son territoire et tire ses rentes d’un champ de pétrole situé en Arabie Saoudite, gracieusement offert par la famille Al Saoud (Common ; 2008). Suite à l’exploitation des richesses pétrolières, le secteur public reste la principale activité économique et source d’emploi du pays (Commom, 2008) ; ce qui permet la redistribution (inégalitaire, nous l’avons vu) des rentes des hydrobarbures.

Pourtant, l’économie de Bahrain est la plus diversifiée de la région, principalement en raison du développement du tourisme, de la production d’aluminium et, surtout, de l’activité bancaire off shore, on shore et islamique (Dazi-Héni ; 2006). Le royaume a encouragé le développement financier depuis les années 1980 pour devenir une référence mondiale. L’île compte, en effet, plus de 360 banques, et, contrairement à Dubaï, célèbre pour le blanchiment d’argent, la crédibilité et le sérieux des banques basées sur l’île jouent en la faveur de l’agence monétaire de Bahrain (BMA – Bahrain Monetary Agency). Par ailleurs, Bahrain est le seul pays de la région à avoir un double système de régulation financier : non-islamique et islamique. Ce dernier secteur s’est principalement développé après le 11 septembre 2001. Aujourd’hui, aucun autre pôle financier du Golfe ne peut rivaliser avec le « port financier » de Bahrain muni de ce double système (Dazi- Héni, 2006). Bahrain voudrait-il devenir le « Monaco » de la région en attirant les capitaux du monde entier en raison de son statut de « paradis fiscal » ? En tout cas, en devenant l’une des banques du Moyen Orient, Bahrain tente de se prémunir des menaces géopolitiques de la région.

En conclusion, nous avons vu de façon succincte que Bahrain était un laboratoire particulièrement intéressant pour les sciences politiques. En effet, cette  monarchie constitutionnelle a une histoire politique et sociale particulièrement riche. Au carrefour des enjeux géopolitiques de la région, l’île est traversée par des enjeux qui recoupent les questions des présences britanniques puis américaines, du poids du regard saoudien et de l’influence iranienne dans la région du Golfe persique. Par ailleurs, son système politique repose sur le patrimonialisme et la redistribution des rentes : la famille royale sunnite Al Khalifa règne sur le système étatique et tend à le considérer comme sa propriété.
De plus, en matière de démocratisation et sur les questions de légitimité du pouvoir, Bahrain peut être dans ce cas un observatoire privilégié pour les Middle East Studies. Depuis février 2011, Bahrain a vu souffler sur son territoire le vent des protestations du printemps arabe mais il n’y a, dans ces évènements, rien de surprenant quant à la forte conscience politique lorsque l’on analyse la question des associations. En effet, tout en n’oubliant pas la question chiite, la mobilisation politique est particulièrement bien organisée dans l’élite citadine. Même si les partis politiques sont interdits, les « clubs » de citoyens  sont les véhicules de l’opposition politique. Contrairement aux « maisons funéraires » chiites qui regroupent les personnes de même confession, les clubs recrutent les personnes les plus éclairées de la société. Véritables structures para-politiques depuis les années 1930 qui existent également au Koweït, il manque à ce jour des études sur le sujet pour comprendre la façon de faire de la politique dans la région.

ELISABETH VANDENHEEDE

Doctorante en Sciences Politiques (ULB)

Bibliographie

  • CORDESMAN Anthony, Bahrain, Oman, and the UEA, Oxford, Westview Press, 1997.
  • DA LAGE Olivier, « Bahrein, l’excuse iranienne ne fonctionne plus », 19 février 2011, consulté le 9 mai 2012.
  • DAZI-HENI Fatiha, Monarchies et sociétés d’Arabie. Le temps des confrontations, Paris, Sciences Po Les Presses, 2006.
  • HACHEMAOUI Mohammed, « La rente entreva-t-elle vraiment la démocratie. Réexamen critiques des théories de « l’Etat rentier et de la malédiction des ressources », Revue française de science politique, 2012, vol.62, p.207-230.
  • HERMET Guy, BADIE Bertrand, BIRNBAUM Pierre, BRAUD Philippe, Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques, Paris, Armand Colin, 2005.
 

Les élections législatives en Algérie du dernier 10 mai, validant l’élection des 462 membres de l’Assemblée Populaire Nationale, ont vu la participation de 42,36% de la population totale. Le Front de Libération Nationale (FLN) a obtenu 220 sièges et, additionnés aux 68 remportés par le Rassemblement National Démocratique, formé d’une  aile du même FLN, on obtient 288 sièges sur 462. Les listes islamiques, toutefois, n’ont pas réussi à grimper au pouvoir: l’Alliance de l’Algérie Verte (composée du Mouvement Social pour la Paix, le Mouvement du Renaissance Islamique et le Mouvement pour la Réforme Nationale) a conquis seulement 48 sièges et le Parti de la Justice n’a pas eu le succès escompté, obtenant seulement 7 sièges. Cependant, malgré la présence de nombreux observateurs internationaux, les listes islamiques ont dénoncé des irrégularités dans le processus des élections. Si c’était vrai, la situation politique du Pays nord-africain pourrait dégénérer même si cette hypothèse peut être écartée pour le moment. Pourquoi?

Il faut préciser que l’Etat algérien, grâce à ses considérables réserves d’hydrocarbures, a réussi à éteindre, pendant les dernières vingt années, sa dette extérieure mais, dans le même temps, n’a pas réussi à élever le niveau de vie de la population: en particulier, le secteur de l’énergie, qui génère d’énormes profits mais qui nécessite aussi des investissements puissants, ne garantit pas le même impact positif sur l’emploi. Le pays a besoin d’un programme qui vise à la croissance d’une économie diversifiée. Et pendant les dernières années, la population a ouvertement exprimé son mécontentement, en manifestant son mécontentement sur des questions d’ordre social plutôt que politique, comme l’augmentation de la consommation de base et la crise de l’emploi. En bref, ces contestations avaient anticipé de quelques mois le Printemps Arabe qui en 2011 surgira au Maghreb et au Moyen-Orient.

Le Printemps Arabe, par conséquence, n’a pas “touché” l’Algérie et les raisons de cette situation sont diverses. Tout d’abord, la question islamique en Algérie n’a pas encore pris des contours alarmants parce que les partis islamiques sont, actuellement, assez intégrés dans le système politique national et la mémoires des années 1990 sont encore très présents dans la mémoire algérienne. En fait, il y a vingt-quatre ans l’Algérie a fait face à une sorte de Printemps Arabe, alors que sa population, fatiguée de trois décennies de parti unique (le FLN), est descendue dans les rues attaquant les bureaux, les ministères et en mettant le feu aux symboles de l’Etat. Ces manifestations, qui remontent à octobre 1988, étaient le début des insurrections qui ont dégénérées en guerre civile dans les années 1990, qui a coûté la vie de plus de 150 000 personnes, ainsi que des milliers de disparus. La population algérienne n’a pas oublié ces événements et il semble évident d’admettre que, après la décennie de la guerre civile, les islamiques ne recueillent pas le succès attendu. Cela justifie également le fait que les contestations populaires en Algérie ne se sont pas transformées en « révolution », comme cela s’est produit en Egypte et en Tunisie: il semblerait que les Algériens aient préféré ne pas aggraver le conflit social, en laissant les manifestations s’éteindre.

Cependant, le 16 mai dernier il y eut la première attaque terroriste réalisée après les récentes élections: un marin garde-côte est mort à bord d’un véhicule, suite l’explosion d’une bombe télécommandée, près de la ville d’Azzefoun. Est-ce le début d’un nouveau conflit civil? Est-ce que la population algérienne est maintenant prêt à mettre derrière-elle le passé tragique et à faire face à ce nouveau défi, fondé sur la nécessité de mettre en œuvre un processus de réforme démocratique et la modernisation du pays? En Tunisie, tout est parti d’un homme qui s’est immolé par le feu à Sidi Bouzid. On connaît l’histoire qui suivit.

GIACOMO MORABITO

Université de Messine

 

Legislative elections in Algeria of last 10th May, valid for the election of 462 members of the People’s National Assembly, saw the participation of 42.36% of the total population. The National Liberation Front (FLN) won 220 seats and, added to the 68 won by the National Rally for Democracy, formed a wing of the FLN, we obtain 288 seats of 462. Islamic lists, however, failed to rise to power: the Green Algeria Alliance (composed of the Movement of Society for Peace, the Islamic Renaissance Movement and the Movement for National Reform) won only 48 seats and the Justice and Development Party hasn’t had the expected success, gained only 7 seats. However, despite the presence of many international observers, lists Islamic denounced irregularities in the election process. If this was true, the political situation in the North-African State could degenerate even if this hypothesis can be ruled out for now. Why?

It should be noted that the Algerian State, with its considerable hydrocarbon reserves, has extinguished, during the last twenty years, its external debt but, at the same time, has failed to raise living standards of the population: in particular, the energy sector, which generates huge profits but also requires strong investments, doesn’t guarantee the same positive impact on employment. The State needs a program aimed at growing of a diversified economy. And in recent years, the population has openly expressed his displeasure, manifesting his displeasure on social issues rather than political, as the increase in consumer staples and employment crisis. In short, these disputes had anticipated a few months the Arab Spring, which in 2011 will arise in the Maghreb and the Middle East.

The Arab Spring, consequently, hasn’t “touched” Algeria and the reasons for this are various. First, the Islamic question in Algeria hasn’t yet taken shape alarming because the Islamic parties are currently adequately integrated into the national political system and the memories of the 1990s are still present in the Algerian memory. In fact, twenty-four years ago Algeria has faced a kind of Arab Spring, while its population, tired of three decades of single party (FLN), took to the streets attacking the offices, departments and setting fire to symbols of the state. These events, dating back to October 1988 was the beginning of insurgencies that have degenerated into civil war in the 1990s, which claimed the lives of over 150,000 people and the disappearance of thousands of people. The Algerian population hasn’t forgotten these events and it seems obvious to assume that, after a decade of civil war, the Islamic don’t collect the expected success. It also justifies the fact that popular protests in Algeria haven’t turned into “revolution”, as happened in Egypt and Tunisia: it seems that the Algerians have preferred not to exacerbate social conflict, leaving the events go off.

However, on last 16th May there was the first terrorist attack made after the recent elections: a mariner of the Coast Guard is died on board a vehicle, following the explosion of a remote-controlled bomb, near the town of Azzefoun. Is this the beginning of a new civil conflict? Does the Algerian population is now ready to put behind the tragic past and to face this new challenge, based on the need to implement a process of democratic reforms and modernization of the country? In Tunisia, all was started by a man who set himself on fire in Sidi Bouzid. We know the story that followed.


GIACOMO MORABITO

University of Messina

 

Analyse

Emirats Arabes Unis: un bilan de quarantaine

Formée le 2 décembre 1971 à la suite du retrait des Britanniques de la région, la Fédération émirienne qui comprend sept émirats à la superficie et au poids démographie très différents, a célébré en grande pompe son 40e anniversaire à la fin de l’année 2011.Ces festivités qui ont conclu une année tourmentée pour le monde arabe cherchaient à montrer l’unité de la nation émirienne dans un Etat, où les expatriés sont largement majoritaires (80% de la population du pays) et alors que les pouvoirs basculaient dans plusieurs pays arabes, y compris dans le voisinage (Bahreïn) emportés par le vent du « Printemps arabe ».

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Formée le 2 décembre 1971 à la suite du retrait des Britanniques de la région, la Fédération émirienne qui comprend sept émirats à la superficie et au poids démographie très différents, a célébré en grande pompe son 40e anniversaire à la fin de l’année 2011. Ces festivités qui ont conclu une année tourmentée pour le monde arabe cherchaient à montrer l’unité de la nation émirienne dans un Etat, où les expatriés sont largement majoritaires (80% de la population du pays) et alors que les pouvoirs basculaient dans plusieurs pays arabes, y compris dans le voisinage (Bahreïn) emportés par le vent du « Printemps arabe ».

  • Assurer la stabilité et la prospérité

Hantées par la crainte d’une déstabilisation néfaste au pouvoir hériditaire en place et au développement économique, les autorités émiriennes ont joué finalement joué la carte d’ une ouverture politique  très mesurée. En septembre 2011, ont été organisées des élections prévues depuis deux ans pour choisir les 20 membres « élus » du Conseil fédéral national. Ce geste reste toutefois purement symbolique puisque cette assemblée de 40 membres ne joue qu’un simple rôle consultatif et que le corps électoral était limité à un nombre restreint de citoyens. Envisagé par les autorités comme une sorte de « test » électoral dans le cadre d’un processus de démocratisation ouvrant à la répresentation populaire, le scrutin n’a toutefois pas été à la hauteur des attentes en ce qui concerne la participation qui a tout juste atteint 28%. On a néanmoins plus voter en moyenne dans les petits émirats du Nord qu’à Dubaï ou Abou Dhabi. Le taux de participation a ainsi dépassé les 54% à Umm Al Quwain et a atteint à 42% à Sharjah, ce qui montre que les attentes démocratiques sont plus importantes dans les émirats, où le niveau de vie est plus faible.

Le lendemain du 40e anniversaire de l’Etat, le Président de la fédération a décidé d’amnistier cinq bloggeurs qui avaient été arrêtés au printemps après avoir appelé aux réformes politiques dans le pays. Reste que deux ONG occidentales promouvant la démocratie, la Fondation allemande Konrad Adenauer et l’organisation américaine National Democratic Institute ont dû fermer leurs portes fin mars, pour des motifs administratifs et sans aucune justification officielle des autorités.

  • Juguler les tensions régionales

Au niveau stratégique, les tensions croissantes liées au programme nucléaire iranien ont été la principale préoccupation émirienne : d’abord en raison des menaces proférées par le régime islamique de fermer le détroit d’Ormuz où passe 40% du trafic mondial de pétrole et le commerce en provenance et en direction des Emirats (hub portuaire de Dubaï), ensuite à cause de la visite du Président iranien M. Ahmadinedjad début avril 2012 sur l’île d’Abou Moussa, qui fait l’objet d’un contentieux territorial avec les Emirats. Face à ce que le Ministre des affaires étrangères émirien a qualifié de provocation, Abou Dhabi a réagi en rappelant son ambassadeur en poste à Téhéran, et obtenu le soutien de l’ensemble des membres du Conseil de coopération du Golfe. Depuis 1971, l’île qui dépendait de l’émirat de Sharjah est occupée militairement par l’Iran, mais continue d’être revendiquée par les Emirats qui ont accepté la présence iranienne tant que leur souveraineté n’est pas remise en cause et qu’un accord soit définitivement trouvé.

Dans ce contexte, la finalisation d’un oléoduc d’une capacité estimée entre 1,5 et 1,8 millions de barrils de pétrole-jour entre Habshan situé sur le Golfe Persique et le terminal pétrolier de Fujaïrah le long de la mer d’Oman arrive à point. Le Abu Dhabi Crude Oil Pipeline (ADCOP) achevé au cours du mois de mai 2012 permet en effet de contourner le détroit d’Ormuz et ainsi d’assurer la sécurité des approvisionnements énergétiques. L’oléoduc permettra à Abou Dhabi d’exporter environ les trois quarts de sa production, puis de l’acheminer par voie maritime à ses clients asiatiques, européens et américains. Déjà en 2010, avait été achevé le projet Dolphin qui permet d’exporter le gaz du Qatar sans passer par Ormuz.

  • Poursuivre la diversification économique

Sur le plan économique, la reprise semble s’affirmer avec une croissance prévue de 3,8% pour 2012, y compris sur le marché immobilier à Dubaï qui avait été très affecté par la crise de 2008. La diversification se poursuit avec le tourisme comme secteur phare, le maintien d’un prix du baril à plus de 100 dollars ayant permis d’importants investissements dans ce secteur qui représente 13,5% des activités économiques aujourd’hui. Le pays a accueilli 8,2 millions de touristes en 2011, bénéficiant de l’instabilité qui perdure en Egypte et en Tunisie et de l’attrait croissant de Dubaï comme destination. 2013 verra d’ailleurs la tenue à Abou Dhabi du sommet annuel du World Travel and Tourism Council (WTTC), le plus influent et prestigieux événement mondial du secteur touristique, en attendant l’inauguration entre 2015 et 2017 des Musées du Louvre, Guggenheim et Zayed au centre d’un projet de complexe culturel de 27 milliards de dollars dont la construction a été relancée par le Conseil exécutif d’Abou Dhabi le 12 janvier 2012. Grâce à la prise de participation du fond Aabar dans Virgin Galactic, Abou Dhabi accueillera le second aéroport au monde pour les vols dans l’espace. Le renforcement des infrastructures (port Khalifa, zones industrielles, autoroutes vers l’Arabie saoudite et le Qatar, extension de l’aéroport d’Abou Dhabi, écoles, centres de soins), la construction de logements pour les nationaux ainsi que la diversification énergétique (projets de centrale solaire et de ferme éolienne) s’appuient  sur l’abondance des moyens financiers provenant des exportations pétrolières et des fonds souverains, dont ADIA, le premier au monde avec 627 milliards de dollars,  et visent à la stabilité sociale d’une population nationale minoritaire.

FRANK TETART

Institut européen de l’Université de Genève

 

On 18 April 2012, Jordan’s King Abdullah II was the guest of the European Parliament, after a series of meetings with the European Union, during which he highlighted the progress made by his country for democratization, stressing the reform of the Constitution and the parliamentary elections. Pending elections, the Jordanian people hope that the king will keep his promise to restore social peace in the State.

During the Arab Spring, in the Hashemite Kingdom the protests began in the South and spread to Amman, as it has already happened in the past with the rebellion of 1989, known as the « surge of April ». As in all Arab countries, but in a different way, in Jordan there was a rise of Islamic movements, especially the Muslim Brotherhood, who actually led the protest because they’re those who have clear ideas about the application of a constitutional monarchy, new elections and a new system of State capable of containing corruption and fraud that characterized the political life of Jordan in recent years.

In Jordan, the Islamic movements have always played an important role, especially in recent times, when there were tensions with governments because, rather than seeking dialogue, it was tried to avoid providing answers to challenges to the population, yet ready to boycott largely the last election held in November 2010. We can’t forget, moreover, the problems associated with rising prices of essential goods, the progressive increase in unemployment and overall poverty in the country. About the economic crisis and inflation, even the Bedouin tribes have courageously protested against the King and Queen Rania, criticized for their expensive standard of living.

In recent months, trying to appease popular discontent, the King appointed a new Prime Minister, Aoun Khassawneh. This replacement was greeted with enthusiasm, after the progressive intrusion in recent years in public and parliamentary life of Dairat al-Mukhabarat al-Ammah that is the Jordanian intelligence service, which had become quite intrusive. At the appointment of the government, which occurred in October 2011, all political groups immediately attempted to create an atmosphere of peace and work together on reforms needed to improve conditions in the State, maintaining their confidence in the Hashemite guide.

Like its predecessor Maarouf Bakhit, in office from February to October 2011, Khassawneh has been criticized mainly for not having been able to begin the process of economic reforms. Accordingly, on 26 April 2012 King entrust of creating a new government to Fayez Tarawneh. Jordanian king seems to have adopted, once again, the « traditional » tactic that was used by the monarchy in recent years to pursue an apparent process of reforms: appointing a Prime Minister to start a policy of reforms in the State, then the accused of not being able to accomplish his task and, therefore, replace him with another one. In this way, the Jordanian monarchy has always been a reformer face, listening to the criticism of governments for the repeated failures, which during the past decade have pushed down civil and political freedoms in the State rather than improve them.

However, this choice leaves unanswered a fundamental question: if the death to the birth of an uncertain period of reforms can satisfy the monarchy, it certainly doesn’t meet the economic requirements of the Jordanian rural and poor component, which is taken to the streets since early last year with other groups of Jordanian society which don’t feel itself represented by the current system of State. Jordan hasn’t just the resources to expand the patronage system of treatment to all Transjordanian tribes. On the other hand, in this way the Palestinian component is excluded from the political process. The State still suffers from a severe economic crisis, a growing debt and a serious energy shortage and water is still not immune to the social and political explosion.


GIACOMO MORABITO

University of Messina

 

Le 18 avril 2012, le roi de Jordanie Abdallah II a été l’invité du Parlement Européen, après une série de réunions avec l’Union Européenne, au cours de laquelle il a souligné les progrès accomplis par son Pays pour la démocratisation, en insistant sur la réforme de la Constitution et les élections parlementaires. En attendant les élections, le peuple jordanien espère que le roi maintiendra sa promesse de restaurer la paix sociale dans le pays.

Pendant le Printemps Arabe, dans le Royaume hachémite les protestations ont commencé dans le Sud et se sont propagées à Amman, tout comme il est déjà arrivé dans le passé avec la rébellion de 1989, connue comme la “Poussée d’avril”. Comme dans tous les pays arabes, mais d’une manière différente, en Jordanie il y a eu une montée des mouvements islamiques, en particulier des Frères Musulmans, qui ont effectivement dirigé la protestation parce qu’ils sont ceux qui ont des idées claires sur la demande d’une monarchie constitutionnelle, de nouvelles élections et d’un nouvel système d’Etat capable de contenir la corruption et la fraude, qui ont caractérisé la vie politique jordanienne de ces dernières années.

En Jordanie, les mouvements islamiques ont toujours joué un rôle important et, surtout ces derniers temps, où il y a eu des tensions avec les gouvernements parce que, plutôt que de chercher le dialogue, on a tenté d’éviter d’apporter des réponses aux contestations de la population, pourtant prête à boycotter largement les dernières élections, tenues en novembre 2010. Nous ne pouvons pas oublier, en outre, les problèmes liés à l’augmentation des prix des biens de première nécessité, l’augmentation progressive du taux du chômage et la pauvreté globale dans le pays. À propos de la crise économique et de l’inflation, même les tribus bédouines ont courageusement protesté contre le Roi et la reine Rania, critiqués pour leur dispendieux niveau de vie.

Dans les derniers mois, en essayant d’apaiser le mécontentement populaire, le roi a nommé un nouveau Premier Ministre, Aoun Khassawneh. Ce remplacement a été accueilli avec enthousiasme, après l’intrusion progressive ces dernières années dans la vie parlementaire et publique du Dairat al-Mukhabarat al-Ammah, c’est-à-dire le service de renseignement jordanien, qui était devenu un peu trop gênant. A la nomination du gouvernement, qui a eu lieu en octobre 2011, tous les groupes politiques ont immédiatement tenté de créer une atmosphère de paix pour travailler ensemble sur les réformes nécessaires pour améliorer les conditions dans le pays, en maintenant leur confiance dans le guide hachémite.

Comme son prédécesseur Maarouf Bakhit, en fonctions de février à octobre 2011, Khassawneh a été critiqué surtout pour ne pas avoir été capable de commencer le processus de réformes économiques. En conséquence, le 26 avril 2012 le roi a confié à Fayez Tarawneh la tâche de créer un nouveau gouvernement. Le roi jordanien semble avoir adopté, encore une fois, la “traditionnelle” tactique à laquelle la monarchie est attachée ces dernières années pour poursuivre un apparent processus de réformes: nommer un Premier Ministre pour commencer une politique de réformes dans le pays, puis l’accuser de ne pas avoir été capable d’accomplir la tâche qui lui est confiée et, donc, le remplacer avec un autre. De cette façon, la monarchie jordanienne a toujours présenté un visage réformateur, en écoutant les critiques sur les gouvernements pour les échecs répétés, qui au cours des dix dernières années ont fait régresser les libertés civiles et politiques dans le pays plutôt que les améliorer.

Cependant, ce choix laisse sans réponse une question fondamentale: si la mort-née d’une période incertaine de réformes peut satisfaire la monarchie, elle ne répond certainement pas aux exigences économiques de la composante rurale et pauvre de la Jordanie, qui est descendue dans les rues depuis le début de l’année dernière avec les autres groupes de la société jordanienne qui ne se sentent pas représentés par l’actuel système d’Etat. La Jordanie n’a pas simplement les ressources nécessaires pour étendre le système de patronage de traitement à tous les tribus transjordaniennes. D’autre part, de cette façon la composante palestinienne est exclue du processus politique. Le pays souffre toujours d’une grave crise économique, d’une dette croissante et d’un sérieux déficit énergétique et d’eau et n’est toujours pas à l’abri de l’explosion sociale et politique.

GIACOMO MORABITO

Université de Messine