22/05/2012

La « nouvelle » Algérie et le Printemps Arabe en échec ?

Les élections législatives en Algérie du dernier 10 mai, validant l’élection des 462 membres de l’Assemblée Populaire Nationale, ont vu la participation de 42,36% de la population totale. Le Front de Libération Nationale (FLN) a obtenu 220 sièges et, additionnés aux 68 remportés par le Rassemblement National Démocratique, formé d’une  aile du même FLN, on obtient 288 sièges sur 462. Les listes islamiques, toutefois, n’ont pas réussi à grimper au pouvoir: l’Alliance de l’Algérie Verte (composée du Mouvement Social pour la Paix, le Mouvement du Renaissance Islamique et le Mouvement pour la Réforme Nationale) a conquis seulement 48 sièges et le Parti de la Justice n’a pas eu le succès escompté, obtenant seulement 7 sièges. Cependant, malgré la présence de nombreux observateurs internationaux, les listes islamiques ont dénoncé des irrégularités dans le processus des élections. Si c’était vrai, la situation politique du Pays nord-africain pourrait dégénérer même si cette hypothèse peut être écartée pour le moment. Pourquoi?

Il faut préciser que l’Etat algérien, grâce à ses considérables réserves d’hydrocarbures, a réussi à éteindre, pendant les dernières vingt années, sa dette extérieure mais, dans le même temps, n’a pas réussi à élever le niveau de vie de la population: en particulier, le secteur de l’énergie, qui génère d’énormes profits mais qui nécessite aussi des investissements puissants, ne garantit pas le même impact positif sur l’emploi. Le pays a besoin d’un programme qui vise à la croissance d’une économie diversifiée. Et pendant les dernières années, la population a ouvertement exprimé son mécontentement, en manifestant son mécontentement sur des questions d’ordre social plutôt que politique, comme l’augmentation de la consommation de base et la crise de l’emploi. En bref, ces contestations avaient anticipé de quelques mois le Printemps Arabe qui en 2011 surgira au Maghreb et au Moyen-Orient.

Le Printemps Arabe, par conséquence, n’a pas “touché” l’Algérie et les raisons de cette situation sont diverses. Tout d’abord, la question islamique en Algérie n’a pas encore pris des contours alarmants parce que les partis islamiques sont, actuellement, assez intégrés dans le système politique national et la mémoires des années 1990 sont encore très présents dans la mémoire algérienne. En fait, il y a vingt-quatre ans l’Algérie a fait face à une sorte de Printemps Arabe, alors que sa population, fatiguée de trois décennies de parti unique (le FLN), est descendue dans les rues attaquant les bureaux, les ministères et en mettant le feu aux symboles de l’Etat. Ces manifestations, qui remontent à octobre 1988, étaient le début des insurrections qui ont dégénérées en guerre civile dans les années 1990, qui a coûté la vie de plus de 150 000 personnes, ainsi que des milliers de disparus. La population algérienne n’a pas oublié ces événements et il semble évident d’admettre que, après la décennie de la guerre civile, les islamiques ne recueillent pas le succès attendu. Cela justifie également le fait que les contestations populaires en Algérie ne se sont pas transformées en « révolution », comme cela s’est produit en Egypte et en Tunisie: il semblerait que les Algériens aient préféré ne pas aggraver le conflit social, en laissant les manifestations s’éteindre.

Cependant, le 16 mai dernier il y eut la première attaque terroriste réalisée après les récentes élections: un marin garde-côte est mort à bord d’un véhicule, suite l’explosion d’une bombe télécommandée, près de la ville d’Azzefoun. Est-ce le début d’un nouveau conflit civil? Est-ce que la population algérienne est maintenant prêt à mettre derrière-elle le passé tragique et à faire face à ce nouveau défi, fondé sur la nécessité de mettre en œuvre un processus de réforme démocratique et la modernisation du pays? En Tunisie, tout est parti d’un homme qui s’est immolé par le feu à Sidi Bouzid. On connaît l’histoire qui suivit.

GIACOMO MORABITO

Université de Messine