04/05/2012

Elections anticipées en Israël : une rentrée 2012 de tous les dangers? Peu de risques

La décision du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou de convoquer en Israël des élections anticipées, probablement le 4 septembre prochain, est à mettre en perspective dans un contexte national qui lui est toujours plus favorable de jour en jour. En effet, le premier Ministre actuel culmine toujours dans les sondages selon Haaretz à 48% de l’opinion israélienne. Les Israéliens sont ainsi convaincus qu’il est le meilleur candidat pour ces élections.

Sa coalition gouvernementale, qui ne supporte aucune concession à l’égard des Palestiniens, de l’Iran, et de ses voisins proches qui connaissent de véritables changements politiques, fait aujourd’hui  preuve de ténacité.

Bibi a évité l’erreur commise en 1996. En effet, alors qu’il était pour la première fois Premier ministre et à la recherche d’un dialogue avec les Palestiniens et les Syriens, BIBI avait provoqué la chute de sa majorité. Aujourd’hui il est bien en place; sa principale stratégie politique est simple et réside dans le statu quo et l’intransigeance.

Tout d’abord un statu quo sur les Palestiniens, pour lesquels  les négociations n’ont pas clairement concerné et résolu plusieurs problèmes importants: la création d’un Etat palestinien à part entière, la résolution du conflit qui anime les belligérants depuis 64 ans, la colonisation des territoires et la judaïsation accélérée de Jérusalem-Est. Statu quo aussi sur les manifestants impliqués dans les grands  évènements de protestation sociale auxquels l’Etat a assisté l’été dernier: quelques mesures concernant le logement ont été prises après un an, l’indexation des loyers a été traitée, mais rien de plus. La priorité de l’Etat est ailleurs: son environnement immédiat et de sa sécurité.

En regardant avec anxiété le développement politique en Egypte, regrettant presque la stabilité apportée par Moubarak et le traité de paix signé par Sadate en 1978, Netanyahu surveille de près la situation de la Syrie et la place qu’occupe Bachar al-Assad. Objectivement, le tyran a apporté un soutien considérable à Israël, mais l’idée d’une guerre civile, si Bachar al-Assad venait à chuter, inquiète les Israéliens au plus haut niveau. Enfin, un dernier statu quo dans le paysage politique, où l’intolérance et la fermeté d’un gouvernement de droite et d’extrême droite à l’égard de la communauté internationale, et plus particulièrement envers les Palestiniens et les Arabes en général, a permis au Likoud de rester à la tête de l’État. Cette stratégie a contribué à l’effondrement du parti « Kadima » considéré comme modéré; parti de l’ancien Premier Ministre, Tzipi Livni, qui a échoué dans sa réélection et s’étant retiré de la primaire après avoir été maintenu dans l’opposition. Enfin, autre fait important: la crise existentielle profonde du Parti travailliste avec Ehud Barak,  Ministre actuel de la Défense qui a longtemps été associé et qui a maintenant ouvertement frappé à la porte du Likoud, malgré la création de son parti « Hatzmaout ».

C’est l’occasion pour la gauche israélienne de revenir sur le devant de la scène après 10 ans de déclin. La concrétisation des événements de l’été dernier n’a pas permis la reconstruction d’une force d’opposition du travail réelle, même si le parti en question est maintenant la force d’opposition de premier plan face à l’Etat et dans l’ensemble du paysage politique. Cependant, les intentions de vote pour Shelly Yachimovich, ancien présentateur de télévision, ne culmine qu’à 15%. Benjamin Netanyahu reste le maître incontesté dans son château. Il est devenu le seigneur d’un domaine à la campagne de plus en plus isolée dans son environnement régional, mais aussi au niveau international.

L’idée d’une grève contre les installations iraniennes, en coordination avec les États-Unis, est loin d’être concrétisée. Barack Obama occupe une place importante dans cette affaire, primordiale dans la campagne pour sa réélection de Novembre prochain.

Les derniers sondages de l’opinion publique israélienne reflètent quant à eux l’incertitude d’un choix, pouvant être dangereux pour l’Etat: en effet, 44% des Israéliens pensent que, après une attaque de Téhéran, le régime des mollahs se déclarerait renforcé, 45% pensent au contraire, qu’il serait affaibli. Mais de façon plus importante: seulement 19% des Israéliens pensent qu’Israël pourrait attaquer l’Iran seul, contre le soutien des Etats Unis qui représente 42% de la logistique et de la politique. L’armée israélienne n’est pas infaillible et cela fait plusieurs années qu’elle n’a pas gagner de guerres: le Liban, en 2006, a été un échec, comme « l’Opération Plomb Durci» à Gaza en 2008. Enfin, nous pouvons remarquer un signe de nervosité chez les Israéliens interrogés dans l’enquête même du président Sadate à l’université du Maryland avec l’appui de l’Institut Dahaf en Israël: 22% pensent que l’opération contre l’Iran allait durer des années, 29% pendant des mois, et 19 % pendant des semaines. Nous pouvons ainsi suffisamment comprendre pourquoi Benjamin Netanyahu convoque les électeurs pour assurer le soutien de son peuple, même si ils étaient plus de 400 000 dans le défi de l’été dernier pour protester contre les choix budgétaires du pays. Aujourd’hui la défense représente 30% du budget de l’Etat. Les Israéliens veulent aussi des actions dans le domaine sociale: Netanyahu ne prend pas de grands risques car il n’a pas d’adversaires sérieux pour le moment; pas même Yair Lapid, un ancien journaliste de Maariv, loin derrière lui, même s’il a créé son parti Yesh Atid et qu’il est entrain de faire le buzz du moment.

Est-il réellement possible pour quelqu’un provenant de la société civile, comme Lapid ou Yachimovich, de contrer le pouvoir des généraux, des dirigeants politiques de l’État éternel pour près de 65 ans, et de trouver un moyen de sortir de l’impasse d’une seule idée sécuritaire de l’Etat et de l’importance de l’armée? Peut-on alors exprimer un espoir politique et social dans une réalité tangible et recréer une force d’opposition réelle dans une démocratie compromise?

Le défi à relever est complexe du fait d’une crise sociale croissante en Israël et du coût d’une guerre de plusieurs mois voire de plusieurs années avec l’Iran, qui pourrait s’avérer fatale à l’État sous de multiples aspects: tant en termes d’image sur la scène internationale, que d’un point de vue politique, mais aussi économique; l’économie constituant un véritable nerf de la guerre pour un tel Etat avec une économie florissante, mais qui reste au final un Etat riche peuplé de personnes pauvres. En effet, un tiers des Israéliens sont aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté.

SÉBASTIEN BOUSSOIS