15/05/2012

L’inconnue jordanienne

Le 18 avril 2012, le roi de Jordanie Abdallah II a été l’invité du Parlement Européen, après une série de réunions avec l’Union Européenne, au cours de laquelle il a souligné les progrès accomplis par son Pays pour la démocratisation, en insistant sur la réforme de la Constitution et les élections parlementaires. En attendant les élections, le peuple jordanien espère que le roi maintiendra sa promesse de restaurer la paix sociale dans le pays.

Pendant le Printemps Arabe, dans le Royaume hachémite les protestations ont commencé dans le Sud et se sont propagées à Amman, tout comme il est déjà arrivé dans le passé avec la rébellion de 1989, connue comme la “Poussée d’avril”. Comme dans tous les pays arabes, mais d’une manière différente, en Jordanie il y a eu une montée des mouvements islamiques, en particulier des Frères Musulmans, qui ont effectivement dirigé la protestation parce qu’ils sont ceux qui ont des idées claires sur la demande d’une monarchie constitutionnelle, de nouvelles élections et d’un nouvel système d’Etat capable de contenir la corruption et la fraude, qui ont caractérisé la vie politique jordanienne de ces dernières années.

En Jordanie, les mouvements islamiques ont toujours joué un rôle important et, surtout ces derniers temps, où il y a eu des tensions avec les gouvernements parce que, plutôt que de chercher le dialogue, on a tenté d’éviter d’apporter des réponses aux contestations de la population, pourtant prête à boycotter largement les dernières élections, tenues en novembre 2010. Nous ne pouvons pas oublier, en outre, les problèmes liés à l’augmentation des prix des biens de première nécessité, l’augmentation progressive du taux du chômage et la pauvreté globale dans le pays. À propos de la crise économique et de l’inflation, même les tribus bédouines ont courageusement protesté contre le Roi et la reine Rania, critiqués pour leur dispendieux niveau de vie.

Dans les derniers mois, en essayant d’apaiser le mécontentement populaire, le roi a nommé un nouveau Premier Ministre, Aoun Khassawneh. Ce remplacement a été accueilli avec enthousiasme, après l’intrusion progressive ces dernières années dans la vie parlementaire et publique du Dairat al-Mukhabarat al-Ammah, c’est-à-dire le service de renseignement jordanien, qui était devenu un peu trop gênant. A la nomination du gouvernement, qui a eu lieu en octobre 2011, tous les groupes politiques ont immédiatement tenté de créer une atmosphère de paix pour travailler ensemble sur les réformes nécessaires pour améliorer les conditions dans le pays, en maintenant leur confiance dans le guide hachémite.

Comme son prédécesseur Maarouf Bakhit, en fonctions de février à octobre 2011, Khassawneh a été critiqué surtout pour ne pas avoir été capable de commencer le processus de réformes économiques. En conséquence, le 26 avril 2012 le roi a confié à Fayez Tarawneh la tâche de créer un nouveau gouvernement. Le roi jordanien semble avoir adopté, encore une fois, la “traditionnelle” tactique à laquelle la monarchie est attachée ces dernières années pour poursuivre un apparent processus de réformes: nommer un Premier Ministre pour commencer une politique de réformes dans le pays, puis l’accuser de ne pas avoir été capable d’accomplir la tâche qui lui est confiée et, donc, le remplacer avec un autre. De cette façon, la monarchie jordanienne a toujours présenté un visage réformateur, en écoutant les critiques sur les gouvernements pour les échecs répétés, qui au cours des dix dernières années ont fait régresser les libertés civiles et politiques dans le pays plutôt que les améliorer.

Cependant, ce choix laisse sans réponse une question fondamentale: si la mort-née d’une période incertaine de réformes peut satisfaire la monarchie, elle ne répond certainement pas aux exigences économiques de la composante rurale et pauvre de la Jordanie, qui est descendue dans les rues depuis le début de l’année dernière avec les autres groupes de la société jordanienne qui ne se sentent pas représentés par l’actuel système d’Etat. La Jordanie n’a pas simplement les ressources nécessaires pour étendre le système de patronage de traitement à tous les tribus transjordaniennes. D’autre part, de cette façon la composante palestinienne est exclue du processus politique. Le pays souffre toujours d’une grave crise économique, d’une dette croissante et d’un sérieux déficit énergétique et d’eau et n’est toujours pas à l’abri de l’explosion sociale et politique.

GIACOMO MORABITO

Université de Messine