02/05/2012

Oman : du Printemps Arabe au possible rôle crucial géostratégique de ce dernier

Entre la fin février et le début mars 2011, à Mascate, capitale d’Oman, ont eu lieu des manifestations pacifiques, auxquelles ont pris part des milliers de personnes pour exhorter les politiques de réforme, des emplois et demander de meilleurs salaires. Toutefois, la situation s’est détériorée à la suite des arrestations de manifestants, après les affrontements entre eux et la police. Dans une tentative d’étouffer les protestations, qui ont impliqué à la fois l’industrie et du pétrole et les services de sécurité et les activités portuaires, le Sultan Qaboos Bin Said Al Said a formé un nouveau gouvernement et il a annoncé des réformes : un salaire minimum pour les travailleurs du secteur privé, une allocation de chômage mensuel augmenté de 40%, la création d’un organisme de protection des consommateurs contre les prix des denrées alimentaires, la création de 50 000 nouveaux emplois et l’augmentation des subventions pour les étudiants de l’université. Toutefois, ces mesures se sont rapidement révélées insuffisantes : le peuple, insatisfait des mesures du gouvernement, a exigé plus de garanties et d’assurance pour les travailleurs locaux.

Bien que, selon la Banque mondiale, Oman ait une économie de marché ouverte et moderne grâce à son commerce international, en particulier fondée sur le commerce du pétrole, le pays pourrait faire face à une contraction de son économie, avec des répercussions sur son rôle stratégique au niveau régional et international à la croisée des grandes routes commerciales de la région. Les États-Unis ont encouragé le Sultan à entreprendre les réformes appropriées pour éviter que la crise du pays s’aggrave encore. Selon plusieurs analystes, la situation à Oman serait sous contrôle et la stabilité du gouvernement ne serait pas en danger pour diverses raisons: en particulier, la population omanaise est très réduite et elle tend à avoir de la sympathie envers le Sultan et, en outre, à Oman il n’y a pas de tensions communautaires comme dans les autres pays arabes. Par conséquent, dans une situation similaire, il manque des éléments-clé qui pourraient mettre en danger la stabilité du gouvernement. Le Sultan a également répondu, en partie, aux demandes des manifestants, permettant certaines réformes mais, dans le même temps, maintenant le contrôle sur le pouvoir.

Pendant ce temps, Qaboos bin Said Al Said tente de « libérer » son pays du rôle de sentinelle du Golfe Persique, encourageant le passage de flux de pétrole par le détroit d’Ormuz : si d’une part Oman a entrepris un programme de développement et de modernisation de ses ports, de l’autre elle construit une ligne ferroviaire qui mettra en communication les principaux ports de la frontière des Emirats Arabes Unis. Si ce projet était réalisé, le transport du pétrole pourrait être fait à travers le système ferroviaire plutôt que de par mer et, de cette façon, le flux du pétrole serait détourné du Détroit d’Ormuz et loin de la potentielle menace iranienne. En outre, l’équilibre régional serait certainement bouleversé en faveur des pays arabes et Oman occuperait alors un rôle central en tant que « port d’attache » des navires de transport et point de passage obligé pour tous les flux de pétrole directs du Golfe Persique au reste du monde.

Afin de s’assurer que ce projet se réalise et pour éviter d’importants changements institutionnels, le Sultan a rapidement donné de plus larges possibilités d’action aux représentants élus au sein du Conseil d’Oman et des subventions aux couches sociales défavorisées. Mais, en dépit de la réponse du Sultan, le peuple a voulu encore réitérer son intention d’être impliqué davantage dans les affaires du pays, élisant à l’Assemblée Consultative (Majlis al-Shura) du Conseil d’Oman trois militants issus des rangs des protestations de février 2011. Pendant ce temps, la situation qui se profilera lors de la succession nécessaire pour le trône reste incertaine même si elle reviendra à un membre de la famille du Sultan Qaboos bin Said Al Said. Si cela se produisait, ce serait un choix logique afin de prévenir des possibles troubles liés à diverses affiliations tribales internes de la population.

GIACOMO MORABITO

Université de Messine