27/06/2012

L’Europe, la Méditerranée et le monde arabe : géopolitique de la proximité

Jeudi 21 juin 2012, de 12h30 à 14h30 

MIDI DE LA MÉDITERRANÉE

L’Europe, la Méditerran​ée et le monde arabe : géopolitiq​ue de la proximité

par le Dr. Bichara Kader

Organisé par l’Institut Européen de Recherche sur la Coopération Méditerranéenne et Euro-Arabe (MEDEA),

en partenariat avec Generation Europe Foundation

1)     Présentation de M. Bichara Khader

  • Considéré comme l’un des analystes les plus reconnus sur les thèmes des relations euro-arabes et euro-méditerranéennes, M. Bichara Kader dirige le Centre d’Etudes et de Recherches sur le Monde Arabe Contemporain à l’Université Catholique de Louvain. Il est membre du Groupe des Hauts Experts sur la Politique Etrangère et de Sécurité Commune, du Groupe des Sages pour le dialogué culturel en Méditerranée dans le passé et il est administrateur de la fondation Méditerranée Nord-Sud.
  • Dans les années 1970 il n’y avait pas aucun cours sur le monde arabe contemporain à l’Université Catholique de Louvain : alors, il avait proposé la création d’un centre d’études à tel propos.

2)     « L’Europe, la Méditerranée et le monde arabe : géopolitique de la proximité »

  • M. Bichara Kader a introduit le thème de la conférence à travers quatre de ses livres (Le monde arabe expliqué à l’Europe, L’Europe pour la Méditerranée, Les migrations dans les rapports euro-arabes et Le Printemps Arabe : un premier bilan).
  • Il développe une discussion historique sur les évènements du monde arabe, basée sur les suivants axes de sa recherche.

3)     L’expansion et la décadence du monde arabe

  • L’influence historique du monde arabo-musulman a été très importante, surtout dans la zone méditerranéenne. La naissance de l’Islam est tracée en 622, avec le début de l’émigration de Mahomet et de ses compagnons de La Mecque à Médine et, pendant les suivants huit siècles, on assiste à une ascension de l’influence du monde islamique, guidé par l’Empire Ottoman, dans la Méditerranée. Toutefois, depuis quelques siècles, on assistera plutôt à sa décadence.
  • Le cycle de vie d’un empire ou d’une civilisation est comme celui d’un homme. Les raisons de la décadence du monde arabe sont : a)  économiques, parce que les découvertes maritimes des XVe et XVIe siècles ont marqué le début du déclin des routes commerciales, qui avaient fait la force de l’Empire Ottoman ; b)  géographiques, parce que les dimensions de l’Empire étaient trop grands pour être contrôlés et unifiés et, en conséquence, il a été aussi fragmenté par des conflits internes ; c)   culturelles, parce que la fragmentation et le repli sur soi, marqué par la fermeture et le retour à une lecture rigide des textes typique des phases de récession, a fini par affaiblir l’Empire et permettre la colonisation européenne du monde arabo-musulman.

4)     Le « Printemps Arabe »

  • Aujourd’hui, le monde arabe est dans une phase de renaissance ? Le « Printemps Arabe » amène un vent de liberté qui a surpris tout le monde par sa soudaineté et par l’enchaînement rapide des événements. On peut noter des facteurs communs des révolutions qui ont marqué le « Printemps Arabe » : l’existence de disparités sociales et régionales au sein des Pays ; des populations très jeunes confrontées à un fort taux de chômage ; la permanence des régimes dictatoriaux vieillissants dans des Pays jeunes.
  • Cependant, bien que les problèmes aient été similaires, les conditions sociales, politiques, économiques, régionales et les positions des divers Pays dans la géopolitique mondiale sont très différentes et, en particulier, cela a été déterminant dans le niveau de violence des révolutions : par exemple, on peut rappeler la question libyque.

5)     La nouvelle coopération euro-arabe

  • Pendant les dernières années, l’Union Européenne avait négocié avec les gouvernements dictatoriaux arabes, en oubliant les sociétés civiles ce qui était prévu dans le cadre de la Politique européenne de voisinage ou du Processus de Barcelone (Union pour la Méditerranée).
  • Toutefois, aujourd’hui la Commission Européenne semble faire son « mea culpa » et propose une nouvelle politique européenne dans la Méditerranée, en promouvant le dialogue avec la société civile mais, au moment, c’est plus un changement dans le verbe que dans le contenu.

6)     Le conflit arabo-israélien

  • Il ne peut y avoir de paix en Méditerranée sans la résolution du conflit arabo-israélien. Quel est la crédibilité du message de défense des droits de l’homme si l’Union Européenne accepte la politique d’Israël sur l’occupation des territoires palestiniens ? En effet, si on ne résout pas la question de la Palestine, l’Union Européenne perdra sa crédibilité internationale.
  • Depuis deux ans, il n’y a pas de référence à la Palestine dans les journaux alors qu’il faut dénoncer les violations des droits d’Israël et ses colonies.

7)     Questions avancées à M. Bichara Khader

  • L’actuelle situation égyptienne. Le monde arabe est dans une phase de transition et d’élan révolutionnaire, comme dans le cas de l’Egypte : c’est une phase où tous les risques sont envisageables (militarisation, islamisation, etc.). En Egypte, le problème c’est que l’armée joue un rôle important dans l’économie et la production industrielle nationale : pourtant, elle a la capacité de confisquer le pouvoir en faisant approuver des lois la protégeant du contrôle de la société civile.
  • L’actuelle situation syrienne. En Syrie il y a un conflit auquel la communauté internationale n’est pas intervenue. Pourquoi ? Entre les cas de Syrie et de Bahreïn il n’y a pas beaucoup différences de politique internationale : la Russie et les Etas Unis, en effet, veulent défendre « leurs » territoires géostratégiques sans conditions extérieurs.
  • L’actuelle génération arabe. Les jeunes arabes ont cassé deux clichés : le cliché de l’ancien Président étasunien, George Bush Jr., qui prônait la démocratisation du monde arabe par un effet domino après la « libération » de l’Irak ou de l’intérieur ; le cliché d’Al-Qaïda, qui prône le changement par la violence suicidaire.

 

GIACOMO MORABITO

Institut de Recherche sur la Coopération Méditerranéenne et Euro-Arabe (MEDEA)

MATILDE PINAMONTI

Mouvement Européen International