05/06/2012

Liban : situation encore sous contrôle malgré le risque de « contagion »

En mai dernier, des affrontements entre miliciens sunnites et alaouites ont fait au moins quatre victimes à Tripoli lors d’une manifestation organisée par ces derniers pour exprimer leur solidarité avec le gouvernement syrien et dénoncer l’ingérence étrangère en Syrie. Selon les alaouites, une telle ingérence vise à favoriser les monarchies sunnites du Golfe Persique en renversant le régime de Bachar el-Assad, qui joue un rôle clé dans l’internationalisme chiite, entre l’Iran et le Liban des Hezbollah. Pourtant, le résultat de l’insurrection contre le régime d’el-Assad semble destiner à remodeler plusieurs équilibres dans la région, influençant les ambitions d’hégémonie régionale de l’Iran et de l’Arabie Saoudite. D’autres affrontements ont eu lieu à Beyrouth, au cours desquels deux cheikhs, membres du parti d’opposition de l’ancien Premier ministre Saad Hariri, ont été tués. En réponse à ces incidents, des centaines de partisans de Hariri sont descendus dans les rues, bloquant des routes et brûlant des voitures. En outre, selon le rapport récent de l’UNHCR, le Pays de la « forêt des cèdres de Dieu », a accueilli environ 26 milles réfugiés des provinces syriennes de Homs et Idlib.Dans ce scénario obscur, le Président de la République du Liban, Michel Sleiman, continue d’affirmer que les récents affrontements armés à Tripoli et à Beyrouth ne sont pas liés à la crise syrienne et ne déstabiliseront le Pays. A Tripoli, la deuxième ville du Liban, sont exposés les drapeaux syriens révolutionnaires et des salafistes radicaux : ainsi, on assiste à une lutte entre deux blocs politiques qui pourrait influencer la société, en créant des affrontements semblables à ceux de mai 2008.Les gouvernements de Beyrouth et de Damas ont constamment eu des destins politiques qui s’entrecroisaient : la relation entre le Liban et la Syrie, qui a maintenu jusqu’en 2005 des contingents militaires sur le territoire libanais pendant 29 ans, est marqué d’une profonde influence politique. Toutefois, selon certains analystes, il semble peu probable que la violence en Syrie et les tensions périodiques au Liban, surtout dans certaines zones des régions frontalières de la plaine de la Bekaa, pourrait conduire à une nouvelle guerre civile pour certaines raisons.Tout d’abord, le Liban est dirigé par un gouvernement proche des positions politiques syriennes et iraniennes et, par conséquent, une nouvelle guerre civile endommagerait la fiabilité politique et militaire de leur allié du Hezbollah. En fait, le déclenchement d’une guerre civile libanaise ne profiterait qu’un court instant à la Syrie : une guerre civile au Liban déplacerait l’attention de la crise en cours en Syrie, en la transformant en une question de sécurité et de stabilité régionale et internationale. Toutefois, l’objectif des principaux acteurs de la communauté internationale, y compris l’Iran et la Russie, est de garder le Liban comme une zone sans risque de tensions graves, comme cela s’est produit au cours des dernières vingt années, suite aux accords de Taëf qui ont mis fin à la guerre civile libanaise (1975-1990).Une autre raison est que le peuple libanais n’est plus disposé à détruire son pays après quinze années de conflit et vingt autres de reconstruction : malgré les assassinats sporadiques de libanais à la frontière par l’armée syrienne et le haut nombre (officieux) de réfugiés syriens, entre 2011 et 2012, le Liban fait face à une période de plus grande stabilité et la sécurité comparé à la période 2004-2006, c’est-à-dire les années de la Révolution du Cèdre et de le troisième guerre israélo-libanaise. Et, finalement, seul un conflit entre le Liban et Israël permettrait au régime de Bachar el-Assad de « reprendre son souffle », permettant de rebattre les cartes dans la communauté internationale.

GIACOMO MORABITO

Université de Messine