22/06/2012

L’incertitude égyptienne

En Egypte, les élections présidentielles ont eu lieu mais le vainqueur n’est toujours pas connu, alors que le président déchu Hosni Moubarak se trouverait entre la vie et la mort. Selon une source judiciaire, après le décompte des votes, Mohamed Morsi a obtenu la victoire : en effet, le candidat de Frères musulmans battrait Ahmed Chafik, le dernier Premier ministre sous le régime de Hosni Moubarak, en gagnant environ 52% des votes contre 48% de son rival.

Mais le résultat est incertain puisque d’autres sources ont proclamé Chafik comme le vainqueur des élections. En attendant l’officialisation des résultats, au moment l’avenir de l’Egypte est incertain comme en témoigne les récents événements qui ont eu lieu dans le Pays, où les gens ont protesté contre la dissolution du Parlement et contre les modifications à la constitution transitoire introduites par la junte militaire, qui réservent aux généraux de l’armée égyptienne un ensemble de prérogatives. En effet, la junte militaire a approuvé une série d’amendements à la constitution, en vigueur depuis mars 2011, pour se protéger du transfert imminent de certains pouvoirs vers le président élu : une action que beaucoup d’ analystes ont défini comme un coup d’Etat constitutionnel, qui introduit la loi martiale et qui assigne au conseil suprême des forces armées le pouvoir législatif, le contrôle sur les lois budgétaires, la défense, la sécurité intérieure et le pouvoir de veto sur la nouvelle constitution.

L’incertitude et la confusion du peuple égyptien sont mélangées avec les dernières nouvelles sur Moubarak. L’état de santé de l’ancien président égyptien s’est aggravée au cours de la semaine dernière : après avoir été transféré d’urgence de la prison à l’hôpital militaire à la suite d’une crise cardiaque, des sources ont annoncé qu’il était cliniquement mort, mais d’autres, comme la chaîne de télévision al-Jazira, ont démenti ultérieurement cette affirmation, ajoutant que son état de santé s’était seulement détériorée.

Les rumeurs de la mort de Moubarak sont symptomatiques de la confusion dans laquelle le pays égyptien se trouve, au milieu d’une impasse institutionnelle provoquée par la lutte entre les Frères musulmans et l’armée. En outre, les résultats des élections auraient dû être officiellement annoncés hier (jeudi 21 Juin), mais le peuple égyptien devra encore attendre, l’annonce ayant été repoussée sine die. La Commission Électorale, en effet, a annoncé qu’il faudra plus de temps pour examiner les recours déposés par les deux parties en conflit. Selon les Frères musulmans, en cas de victoire de leur candidat, l’armée serait prête à faire un réel coup d’État. Dans ce cas la « Révolution du Nil » du 2011 n’aura été que « beaucoup de bruit pour rien ». Les conditions pour qu’un tel scénario se réalise sont réelles et le peuple égyptien, quant à lui, reste tiraillé entre le désir de célébrer une nouvelle vie politique « normale » et la crainte de retourner se battre.

GIACOMO MORABITO

Université de Messine