18/06/2012

Sahara Occidental. Le risque d’une absence de solution

Selon certains analystes, l’événement qui a provoqué le Printemps Arabe semble remonter à novembre 2010, ou à Laayoune, la capitale du Sahara Occidental, l’armée marocaine a détruit un camp monté par les sahraouis pour protester contre leurs conditions de vie. En 2009, plusieurs représentants des États-Unis ont officiellement demandé au Président Barack Obama de prendre un engagement fort sur la question du Sahara Occidental : cette demande dérivait de préoccupations d’une éventuelle propagation du terrorisme islamique au sein du peuple sahraoui. En effet, bien que les négociations entre le Maroc et le Front Polisario, l’organisation politico-militaire de la population sahraouie, ne sont pas jusqu’ici terminés, Des membres de la Chambre des Représentants des États-Unis se sont inquiétés qu’une telle situation pourrait pousser les sahraouis à soutenir diverses organisations terroristes dans le Sahara, telles que Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI).

  •  Un problème ancien

Les problèmes entre le Maroc et la population sahraouie remontent à plus de quarante ans. En effet, en novembre 1975, le gouvernement marocain a organisé une véritable marche sur le Sahara Occidental, connu sous le nom « Marche Verte », avec le but de prendre le contrôle du territoire. En plus des contraintes de la communauté internationale, la mort de Generalísimo Francisco Franco et la crise politique qui suivi favorisaient la conception espagnole du Maroc et la mise en œuvre des Accords de Madrid (1976), permettant l’annexion du Sahara Occidental par le Maroc et la Mauritanie. Cependant, le Front Polisario, fondé en 1973, s’opposa aux accords et proclama l’indépendance de la République Arabe Sahraouie Démocratique, dirigé par le Président Mohamed Lamine : les conflits se développaient, ainsi, contre l’armée marocaine et mauritanienne. Bien qu’en 1979 la Mauritanie prit sa retraite de conflit, le Maroc et le Front Polisario s’affrontèrent jusqu’en 1991, suite à l’adoption de la Résolution 690 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui créa la MINURSO, c’est-à-dire la Mission des Nations Unies pour le Référendum au Sahara Occidental. Ce référendum devait avoir lieu dès 1992, mais la résistance du gouvernement marocain généra plusieurs reports. Dix ans plus tard, en 2002 et 2003, l’ancien Secrétaire d’Etat américain, James Baker, proposa deux plans de paix, qui ne furent pas acceptées en raison des divergences entre le Maroc et le Front Polisario : en effet, le royaume marocain proposait l’autonomie du Sahara Occidental avec un gouvernement local et un parlement sous sa souveraineté, tandis que le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, soutenait le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.

  •  La communauté internationale : alliances et intérêts

La France a toujours soutenu la position du Maroc quelle que soit la réalité historique qui relie les deux pays. Un tel soutien vient principalement de raisons économiques : en effet, les eaux du Sahara Occidental sont riches en ressources halieutiques, et les sols en ressources naturelles, particulièrement en phosphates. Toutefois, les États africains et les autres Etats européens, tels que le Royaume-Uni, soutiennent l’auto-détermination du peuple sahraoui. À cet égard, selon des révélations de Wikileaks, qui a publié des documents confidentiels du gouvernement américain concernant précisément la question du Sahara Occidental, il est apparu que le gouvernement espagnol s’opposait dès le début à la proposition de faire du Sahara Occidental une région autonome du Maroc et proposa, selon le ministre des Affaires Étrangères de l’Espagne, Miguel A. Moratinos, une solution similaire à celle accordée à la Catalogne, en Espagne.

La résolution de la question du Sahara Occidental ne semble pas possible à l’heure actuelle, entre autres à cause des « blocs » d’alliances qui se créent entre le Maroc et le Front Polisario, mais aussi les contrastes au sein même de ses « blocs » : en effet, en 2011, s’est formé une première coordination de sahraouis opposée au Front Polisario, accusé d’incapacité de gestion sur la question de l’indépendance du territoire.

  •  Le rapport du Secrétaire Général

En avril 2011, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté une résolution qui prorogeait d’un an le mandat de la MINURSO, en raison de l’échec des négociations tenues à New York en juin de la dernière année, ce: il y a quelques semaines seulement, le mandat a été renouvelé pour une autre année et le rapport rédigé par le Secrétaire Général, Ban Ki Moon, a créé de fortes discussions, puisque il a dénoncée l’incapacité de l’ONU d’exercer pleinement les fonctions de surveillance et d’observation, principalement à cause de la forte interférence du Maroc. Le gouvernement de Rabat n’a pas bien accueilli la critique reçue et, par conséquent, a décidé unilatéralement d’annuler la confiance à l’envoyé de l’ONU pour le Sahara Occidental, Christopher Ross, qui a été accusé d’être « partial et insuffisant ». Le rapport démontre la volonté du Secrétaire Général de l’ONU et du même Christopher Ross de surmonter l’aspect immobile pris par le conflit, en le positionnant dans la nouvelle dynamique régionale connue sous le nom « Printemps Arabe ».

Le rapport met l’accent sur le peuple du Sahara Occidental, comme une entité libre et autonome qui ne peut plus être marginalisée ou exclue des négociations, et cherche à surmonter les positions figées des protagonistes. Par conséquent, non seulement les reproches faits au Maroc provoquent le ressentiment de Rabat, mais aussi l’intention exprimée par le rapport de l’ONU de vouloir expérimenter de nouvelles solutions pour sortir de l’impasse. Cependant, On peut mettre en doute la volonté de la monarchie marocaine de remettre en question ce qu’elle considère comme son unité nationale. En Effet, durant les années 1980, la monarchie marocaine a décidé d’intégrer le territoire du Sahara Occidental au reste du Pays : cette intégration a été confirmée par l’extension des élections nationales et le plein exercice du Ministère des Affaires Intérieurs sur le territoire du Sahara Occidental. Elle a donc tout intérêt à préserver l’impasse qui s’est développé depuis la signature du cessez-le-feu de 1991. Aujourd’hui le Maroc veut continuer avec ces pratiques alors que le Secrétaire Général les considère aujourd’hui inacceptables. Selon la presse marocaine, profitant de son statut de membre non-permanent du Conseil de Sécurité et de la disponibilité des socialistes français, le Maroc vise aujourd’hui à adopter une résolution pour fermer toutes les portes au référendum de l’indépendance du Sahara Occidental.

  • Un conflit à la dimension régionale

Cependant, le conflit du Sahara Occidental ne constitue pas seulement un problème pour la population locale, mais est devenu une question géopolitique régionale. D’une part il empêche la coopération contre le terrorisme, étant un facteur qui augmente la rivalité entre l’Algérie et le Maroc, de l’autre il est en train de devenir un bassin de recrutement pour les organisations terroristes qui sont déjà dans une phase d’expansion et, contre lesquels la coopération entre l’Algérie et le Maroc serait particulièrement nécessaire. En effet, le mouvement terroriste Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) se propage dans toute la région du Sahel et est soupçonné d’avoir des liens avec Front Polisario, selon un rapport de l’Intelligence Stratégique Européen et le Centre de Sécurité (ESISC). Les liens entre AQMI et le Front Polisario peuvent être liés au développement de la contrebande et le trafic de drogue, qui semble être utilisée par le Front Polisario comme une source de financement. Les anciens combattants du Front à la recherche de nouveaux gains s’appuient sur l’expérience acquise dans l’armée pour participer à ces activités illégales en collaboration avec les mouvements terroristes qui utilisent les mêmes moyens. Enfin, la collaboration entre AQMI et le Front Polisario serait mutuellement bénéfique: les besoins d’AQMI de bases locales à élargir leurs activités, mais le Front Polisario y gagnerait en visibilité et il pourrait surmonter à la carence d’idéologie qui est actuellement confrontée.

  •  Conclusions

Les problèmes entre le Maroc et le Front Polisario remontent à plus de quarante ans : le royaume marocain a proposé l’autonomie du Sahara Occidental avec un gouvernement local et un parlement sous sa souveraineté, mais la communauté internationale, particulièrement l’Algérie, soutient l’auto-détermination du peuple sahraoui. Selon le récent rapport du Secrétaire General, la MINURSO n’a pas eu la capacité à exercer pleinement ses opérations sur le territoire, à cause du Maroc qui semble déterminé à continuer avec des pratiques désormais considérés inacceptables. Le seul espoir du Maroc est de profiter de son statut de membre non-permanent du Conseil de Sécurité et du soutien de la France pour adopter une résolution fermant la porte à un référendum sur l’indépendance du Sahara Occidental. Si cela arrive, l’armée marocaine devra se préparer à de possibles affrontements contre les forces proches à l’AQMI, qui semblent avoir des liens avec Front Polisario. Pourtant, un éventuel échec de l’autodétermination du peuple sahraoui sera malaisément toléré tant par la communauté internationale que par les organisations terroristes. Quelle peut-être une possible solution diplomatique ? Soit l’autonomie territoriale du Sahara Occidental comme proposé par le Maroc soit l’enlisement de la situation actuelle qui pourrait à terme mener à un conflit armé qui ferait perdre au Maroc le contrôle de la situation. En effet, bien que le régime marocain a démontré dans un passé proche une certaine flexibilité dans ses choix politiques, le conflit marocain-sahraoui peut se placer, comme l’indique le rapport de l’ONU, dans la dynamique régionale du « Printemps Arabe ». Le déclenchement d’un éventuel conflit armé au Sahara Occidental, qui supposerait une éventuelle alliance de circonstance entre les mécontents du régime et les sahraouis, affaiblirait considérablement le régime marocain dans le contexte du « Printemps Arabe » et compliquerait encore la résolution de la question du Sahara Occidental.

GIACOMO MORABITO

Université de Messine