29/06/2012

Syrie : la crise turco-syrienne sera-t-elle un tournant définitif ?

Depuis le déclenchement du « Printemps Arabe », l’ONU estime que le nombre de victimes du conflit en Syrie est de plus de 10 mille morts. La Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France tentent d’éviter que ce nombre augmente en proposant la mise en place d’un gouvernement de transition. Toutefois, le Président syrien, Bachar el-Assad, n’a pas l’intention de renoncer à son pouvoir et, en attendant, il a mis en garde le peuple syrien que leur nation vit dans un véritable état de guerre sur tous les fronts. En effet, au-delà de la guerre civile, la situation en Syrie est susceptible de changer suite à la destruction le 21 juin dernier par les forces syriennes d’un F-4 Phantom II turc, qui aurait violé l’espace aérien syrien. La réaction turque, comme un avertissement après cet événement, a été de déployer des soldats et des véhicules de l’armée sur les zones frontalières entre le deux Pays.

Pendant ce temps, l’OTAN et l’UE se sont limitées à condamner fermement la destruction de l’avion militaire, en le jugeant comme un acte « inacceptable ». Le Secrétaire Général de l’OTAN, Anders F. Rasmussen, et le Haut Représentant de l’Union Européenne pour les Affaires Etrangères et la Politique de Sécurité, Catherine Ashton, ont exprimé leur soutien à la Turquie, lui demandant cependant d’adopter une réaction modérée. Le gouvernement syrien a alerté la communauté internationale sans hésitation, en soulignant que l’espace aérien, le territoire et les eaux syriennes sont « sacrés » pour son armée, et que l’espace aérien, le territoire et les eaux sont les mêmes pour l’armée turque. En outre, il a remarqué que l’avion militaire détruit avait violé clairement la souveraineté syrienne. Bien qu’il y a eu une réaction immédiate et violente à cette violation, la Syrie a initialement présenté ses excuses pour l’incident et s’est engagée à de « bonnes relations » avec le gouvernement turc, qui a accusé la Syrie d’avoir commis un acte d’hostilité, en soutenant que l’avion militaire avait violé l’espace aérien syrien un court instant et par erreur.

Il convient de noter que la Turquie a été un allié de la Syrie mais, après le déclenchement du « Printemps Arabe », elle en est devenue très critique. Et, surtout après avoir détruit le F-4 Phantom II, les relations entre les deux Pays sont encore plus tendues. La réaction prise par le gouvernement turc pour répondre à toute menace à la frontière syrienne pourrait modifier la donne dans la crise syrienne actuelle. En effet, de nombreux rebelles de l’Armée Syrienne Libre sont réfugiés dans les régions frontalières turques, avec l’accord de cette dernière. À l’endroit même où des soldats et des véhicules militaires turcs ont été déployés récemment : selon les agences de presse en Turquie, dans les territoires de Sanliurfa et de Hatay, des lance-roquettes, de l’artillerie antiaérienne et des ambulances militaires ont été déployés le long de la frontière. De son côté, la Syrie  a déployé 170 chars au nord d’Alep, près de la frontière avec la Turquie.

Pendant ce temps, le « fidèle » allié de la Syrie, la Russie, envisage la proposition de l’envoyé spécial de l’ONU et la Ligue Arabe, Kofi Annan, qui sera discuté demain, 30 juin, par l’Action Group de l’ONU en Syrie : cette proposition vise à créer un gouvernement mixte en Syrie, formée par des membres de l’actuel exécutif et d’autres des rangs de l’opposition. Toutefois, le gouvernement russe, au travers de son Ministre des Affaires Etrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que l’avenir de la Syrie doit nécessairement être assuré dans le pays par un « dialogue » entre les représentants de la société civile syrienne.

 

GIACOMO MORABITO

Université de Messine