14/06/2012

Tunisie: la crise de la violence entre les salafistes et le projet politico-religieux d’Ennahda

Actuellement, la Tunisie est prise en otage par une terrible tension politique et sociale: une partie de la population tunisienne est l’objet d’un véritable processus de radicalisation religieuse et cela ne peut pas manquer d’inspirer la peur. En outre, les forces de sécurité ne semblent pas avoir des lignes directrices sur la manière d’intervenir, comme dans le cas de l’apparition de la “police salafiste”, qui a battu des gens dans les rues d’un quartier à la périphérie de la Tunisie menaçant les propriétaires des bars et les filles qui ne portaient pas le niqab.

Dès la fin du mois de mai, il y a eu plusieurs manifestations pour protester contre les violences de salafistes et beaucoup de gens  y ont participé: les propriétaires des hôtels et des bars, accusés de vendre des alcools, les artistes, les représentants de l’Assemblée nationale constituante et  de la société civile. Ces  manifestations qui, malheureusement, n’avaient pas empêché de nouvelles attaques des salafistes,  n’ont même pas épargné une galerie d’art à Tunis, pour dénoncer l’exposition des œuvres considérées comme immorales et corruptrices. La situation s’est récemment aggravée: en particulier, depuis lundi dernier, les salafistes ont attaqué des postes de police, le siège du syndicat de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et les locaux des partis Pôle démocratique moderniste, Congrès pour la République et Mouvement des patriotes démocrates. A la suite de ces accidents, qui ne semblent pas s’arrêter, le ministre de la Justice, Noureddine Bhiri, a annoncé que, jusqu’ici, 65 policiers ont été blessés et 162 personnes ont été arrêtés , pas seulement aux salafistes, mais aussi des membres du Rassemblement constitutionnel démocratique (c’est-à-dire le parti de Zine el-Abidine Ben Ali, maintenant dissout par décision du Tribunal de première instance de Tunis), des extrémistes de gauche et des militants du mouvement Ennahda.

À cet égard il convient de noter que, bien que le premier article de la Constitution tunisienne de 1959 stipule la laïcité de la Tunisie, le même mouvement Ennahda est apparemment disposé à reconnaître le rôle de la charia comme source de toutes les lois du Pays. En outre, des rumeurs confirment que le mouvement, c’est-à-dire le plus grand parti au sein de l’Assemblée nationale constituante, semble être en train de former des militants, en cas d’un affrontement physique avec les partisans du régime de Ben Ali. Certains disent que déjà dans certains quartiers des grandes villes tunisiennes des milices d’auto-défense se sont constituées contre ce qui sera la guerre menée par les salafistes. Confirmant ce climat tendu, le syndicat UGTT a exhorté ses partisans à surveiller partout ses locaux,  alors que, de l’autre côté, l’imam Soufiane Abou Ayub a invoqué à la révolte après les prières du prochain vendredi. Pendant ce temps, la violence de ces dernières semaines a obligé les autorités tunisiennes à imposer le couvre-feu dans huit gouvernorats de l’Etat, comme Ariana, Ben Arous, Jendouba, Le Manouba, Médenine, Monastir et Sousse, en plus de Tunis. Après le déclenchement de la Révolution de jasmin, c’est la plus sérieuse des sauvegardes de l’ordre public prises en Tunisie.

GIACOMO MORABITO

Université de Messine